‹ Le quatrième évangileChapitre 759 sur 857 · HOLTZMANI*, loc. cit · texte numérisé non relu

HOLTZMANI*, loc. cit

LE CHRIST ET PILATE

notre passage, s'il fallait l'expliquer d'après l'histoire; mais il faut l'entendre d'après l'idée générale que l'évangéliste se fait de la situation, et cette idée ne correspond pas à l'état légal du judaïsme sous les procurateurs.

Pilate rentre dans le prétoire et il y fait ramener Jésus pour lui demander d'où il est ^ Ce n'est pas que Pilate n'eût pu faire cette question devant le peuple; mais la déclaration que l'évangéliste veut amener est mieux à sa place dans un interrogatoire secret; de plus, cette rentrée prépare la dernière sortie, la présentation de Jésus aux Juifs en qualité de roi. La question : « D'où es-tu? » est très johannique de forme ^; elle invite le lecteur à penser au delà de ce que veut dire Pilate. Celui-ci dit : « D'où es-tu? » comme il dirait : (( Qui prétends-tu être, d'où viens-tu? » et cela ne veut pas dire : « Es-tu d'origine céleste ou terrestre ? » Vu l'état d'esprit qu'on lui suppose, Pilate ne pouvait dire sérieusement : « Es-tu le Fils de Dieu? » et il ne songe pas à se moquer de celui qu'il interroge. Le cas n'est pas le même que pour la question : (( Tu es le roi des Juifs? » que Pilate pouvait faire dans le sens suggéré par l'accusation, sans ironie à l'égard de l'accusé. A la question : « D'où estu? » tout autre que le Christ johannique devait répondre : « Je suis de Nazareth en Galilée », et l'incident d'Hérode aurait pu être introduit ainsi^ à peu près comme il l'est dans Luc ^. Il semble que l'auteur y a pensé, qu'il s'inspire même de Luc, mais pour ne pas le suivre et pour remplacer l'incident galiléen par ce qu'on a le droit d'appeler un incident johannique.

Pilate ne cherche pas à renvoyer sur un autre la responsabilité du jugement; il s'informe des antécédents de celui qu'on lui dénonce comme un blasphémateur et un sectaire dangereux. Le Christ du quatrième Evangile ne peut pas répondre à Pilate par l'indication de sa patrie terrestre, et il parlerait inutilement de sa patrie éternelle. Le gouverneur ne comprendrait pas mieux ce que Jésus pourrait dire de son origine céleste qu'il n'a compris ce qui a été dit plus haut de la royauté spirituelle et du ministère de vérité. C'est pourquoi Jésus se tait. Le croyant sait bien comment il doit interpréter

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