Luc, XXIII
ce silence. La majesté du Christ johannique y est intéressée. Jésus ne laissera pas de parler à Pilate pour lui signifier que, malgré le pouvoir politique dont il est investi, il n'est pas comme il le croit l'arbitre de son sort. En mentionnant à cet endroit le silence du Sauveur, l'évangéliste veut rencontrer la tradition synoptique; mais tant s'en faut, au point de vue de l'histoire, qu'il explique mieux que ses devanciers ^ l'attitude de Jésus devant le magistrat romain. Si Ton considère comme réels les entretiens particuliers qui ont été déjà racontés, on ne voit pas pourquoi Jésus se tait sur son origine et se montre si explicite sur le caractère surnaturel de sa royauté, sur la nécessité providentielle de sa mort, choses que Pilate n'entend pas davantage. Mais ces déclarations ont un intérêt pour le lecteur, qui n'a plus rien à apprendre touchant l'origine divine du Christ. Reste l'instruction du silence, où se manifeste l'indépendance souveraine du Christ-Dieu à l'égard de son juge ; et cette indépendance ressortira encore plus clairement des dernières paroles que Jésus adressera au procurateur.
Le silence de l'accusé provoque le mécontentement et l'impatience de Pilate. Celui-ci fait observera Jésus, pour l'effrayer et, en même temps, le décider à parler, combien ce silence est maladroit à l'égard d'un homme qui a seul tout pouvoir pour l'absoudre ou pour l'envoyer au supplice. Et le Christ parle, afin de ramener à de justes limites les prétentions de celui qui croit tenir dans ses mains le sort du Verbe incarné. « Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, s'il ne t'avait été donné d'en haut 2. » Si Pilate est chef et juge, c'est par la volonté de Dieu ; s'il lui est donné, en particulier, autorité sur le Christ, c'est par une disposition spéciale de la Providence; selon sa condition originelle et par la dignité de sa personne, Jésus ne serait sujet d'aucune puissance terrestre ; l'économie des décrets divins exige que, pour la consommation de son ministère en ce monde, il soit soumis à l'autorité romaine, que Dieu a faite maîtresse de la Judée. La légitimité du pouvoir politique n'est pas autrement visée, bien qu'elle soit admise implicitement. 11 s'agit moins de l'autorité considérée dans son principe supérieur, que de la faculté accordée à Pilate d'user de cette autorité à Tégard de Jésus. On peut dire néanmoins que Pilate, dans la situation que la Providence lui a faite, a