XVII
8. D'après J. Réville, 326, « l'auteur a voulu prouver à ses congénères demeurés dans le judaïsme libéral et philosophique de la Diaspora, qu'en Jésus-Christ la révélation du Logos, admise par eux dans l'Ancien Testament... s'était pleinement et définitivement réalisée. »
traité polémique où l'on résout directement les objections des adversaires. Une préoccupation apologétique et polémique peut exister et existe d'un bout à l'autre du livre, mais subordonnée au but principal, qui est l'instruction du groupe fidèle dont l'évangéliste est le théologien, le docteur, le prophète. Celui-ci ne répond pas tant aux incroyants qu'il ne se défend lui-même et ne prémunit les fidèles contre leurs objections. Rien ne ressemble moins à un livre de controverse que le quatrième p]vangile, car l'auteur ne descend aucunement sur le terrain de ceux qu'il combat; il reste sur son propre terrain, part de son idée du Christ, la développe, et, par ce moyen, résout les difficultés qu'il rencontre sur son chemin. Sa conception du Messie ne se démontre pas d'abord par les prophéties admises des Juifs, elle s'affirme comme une définition authentique du Christ, provenant du Christ lui-même, ce qui ne l'empêche pas de s'être produite par une sorte d'opposition à l'idée purement juive et de se déterminer par rapport à celle-ci, ou plutôt contre elle. Elle est née dans un milieu et un temps où le christianisme, déjà tout à fait séparé du judaïsme, mais ayant le souvenir tout récent de son origine et du schisme qui l'avait détaché de sa source, ne plaidait pas encore sa cause devant les païens et sentait toujours le besoin de se démontrer à lui-même sa propre légitimité devant les Juifs et contre eux. Qu'il y ait eu, dans le voisinage de l'auteur, des sectateurs de Jean-Baptiste, indirectement visés dans les premiers chapitres, c'est une opinion probable ; mais il serait exagéré de chercher dans cette circonstance la clef de tout l'Evangile et le motif principal de sa composition ^. Si les disciples de Jean tiennent une place dans les préoccupations de l'évangéliste, les Juifs en ont une bien plus grande, et c'est le procès du judaïsme qui est instruit, bien plus que celui de la secte johannite, laquelle d'ailleurs n'était, pour l'auteur et dans la réalité, qu'une secte juive. Jean s'est proposé, comme il le dit lui-même, de former et d'instruire le croyant, le chrétien parfait, de le conduire au point où il montre que Jésus a conduit ses disciples, et cela devant le monde incrédule, païen ou juif, principalement juif, d'où le christianisme vient de sortir, en face duquel il se pose, contre lequel il a encore à se défendre, et que probablement l'évangéliste lui-même a dû quitter pour s'attacher à la foi du Christ.
Le but du livre est donc principalement didactique, mais non pas précisément dogmatique. Il ne s'agit pas de prouver la vérité d'une thèse théologique, mais de confirmer pratiquement le chrétien dans la foi. Et cette foi n'est pas la simple adhésion de l'esprit à des propositions doctrinales, mais l'adhésion de l'âme tout entière au Christ, la vie de l'âme dans le Christ conçu comme Verbe incarné, principe de régénération spiri-