Cf. IV, 52; supr
5. B. Weiss [loc. cit.) et même Holtzmann, 214, pensent que Pilate a enveloppé sa décision dans les paroles : (( Voici votre roi. » L'évangéliste a-t-il pu prêter pareil enfantillage à un magistrat romain ?
roi? » Mais on sait que la condamnation n'a pas de place marquée dans notre récit ; on peut la mettre immédiatement avant cette présentation du Christ à ses accusateurs ; peut-être vaut-il mieux la sous-entendre dans la formule de conclusion : « Alors il le leur livra pour être crucifié. » Quoi qu'il en soit, l'historien ne doit pas admettre qu'elle ait été prononcée autrement que dans les formes ordinaires des tribunaux ro nains. « Voici votre roi ^ » correspond à (( Voici l'homme ». Bien loin que ces mots renferment la condamnation du Christ, ils sig-nifient plutôt une dernière tentative de Pilate pour vaincre l'obstination des Juifs. L'ironie n'est pas où les commentateurs la supposent. En tant qu'il s'agit de Pilate, celui-ci ne se moque pas des Juifs et ne feint pas de leur attribuer un roi ridicule : ne voit-on pas que, dans cette hypothèse, Pilate se moquerait bien plus encore de Jésus que des Juifs, ce qui est en contradiction avec le rôle qu'on lui prête et avec l'esprit du quatrième Evang^ile? Selon la lettre, les paroles de Pilate signifient : « Voilà le roi que vous voulez condamner ; vous savez et vous voyez qu'il ne l'est pas, au fond, et qu'il ne veut pas l'être. » Les Juifs ne répondent pas simplement : « Crucifie-le » ; ils disent d'abord : « Ote-le, ôtele » 2, ce qui se comprend très bien si Jésus est assis sur le siège du gouverneur. Pilate ne cède pas encore à cette clameur. Il demande : « Faut-il que je crucifie votre roi », c'est-à-dire : faut-il crucifier cet homme qui ne vous a fait aucun mal, et dont la manie, peu dangereuse, de se dire roi des Juifs, ne porte préjudice à personne? Les Juifs protestent qu'ils n'ont pas, qu'ils ne veulent pas avoir d'autre roi que César. Ils ne veulent pas reconnaître que les prétentions royales de Jésus n'ont aucune signification politique, et ils continuent de défendre la majesté de César contre Jésus, et contre Pilate, l'avocat de Jésus. Cette fois, Pilate a épuisé tous ses moyens de résistance. Il se voit contraint délivrer le Christ à ses accusateurs, ne pouvant effacer l'objet de la plainte. Il abandonne l'accusé à son sort, et comme il ne le déclare plus innocent de tout crime, les Juifs se chargent de l'exécution. Néanmoins il est sous-entendu que Pilate a dû condamner, et les bourreaux seront des soldats romains agissant, en quelque sorte, sous la direction et la responsabilité des Juifs, véritables auteurs, avec leur père le diable 3, du crime qui va