VIII, 44. Cf. supr. p
LE CHRIST ET PILATE
s'accomplir. « Nous n'avons pas d'autre roi que César », équivaut à : (( Son sang- soit sur nous et sur nos enfants ^ h
Certes, une ironie amère, indéfinissable, est au fond de cette scène ; mais il faut la chercher surtout dans la pensée de l'évangéliste et dans le sens mystique du récit. La chétive et imaginaire royauté de Jésus figure la royauté immortelle du Christ, dont la puissance romaine se trouve être le témoin, presque Fag-ent inconscient. C'est pourquoi Fauteur tient tant à montrer son Christ douloureux sur le siège de Pilate, comme sur un trpne royal, et indique avec tant de soin le lieu, le jour, l'heure qui ont vu ce fait si bizarre en apparence, si plein de signification providentielle. Pilate prophétise encore mieux que Caïphe, et, comme lui, sans le savoir -, lorsqu'il dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Car Jésus est le Messie promis par les Ecritures, atten-du impatiemment par les Juifs, l'espérance d'Israël. Et les Juifs osent répondre : « Ote-le, ôte-le ! Crucifie-le ! » Ils ne veulent pas de lui pour roi, pour Messie ; ils veulent que le vrai roi, le vrai Messie, le vrai Sauveur, non seulement des Juifs mais de tous les hommes, soit détrôné, soit crucifié. Et comme on ne les satisfait pas assez vite, ils iront jusqu'à prononcer, par la bouche de leurs prêtres, cette parole de solennelle apostasie, qui n'a même pas le mérite de la sincérité : « Nous n'avons pas d'autre roi que César! » Il en sera comme ils Font voulu. Ils n'auront pas de part au Messie qu'ils ont rejeté ; ils auront César, qu'ils détestent, César qui détruira la ville et le temple. César qui ne cessera pas de les mépriser, après les avoir écrasés. Maintenant le mystère d'iniquité est consommé ; le salut du monde est assuré dans la réprobation des Juifs.
L'auteur du quatrième Evangile est un merveilleux artiste qui atteint aux plus grands effets par les procédés les plus simples. On voit le parti qu'il a su tirer de cette combinaison presque enfantine : Jésus dans le prétoire, les Juifs dehors, et Pilate allant de l'accusé aux accusateurs. Il a rempli ce cadre artificiel avec des éléments pris de côté et d'autre dans les Evangiles antérieurs, il a orné son récit de paroles profondes, et il en a fait un tableau où Fhistorien aurait tort de chercher le moindre renseignement pour compléter ou corriger les Sj^noptiques, mais qui est, en un sens, plus vrai que l'histoire, parce qu'il en contient la philosophie et qu'il est plus riche d'instructions.