‹ Le quatrième évangileChapitre 770 sur 857 · Irénée, Ilaer. I · texte numérisé non relu

Irénée, Ilaer. I

LE CHRIST EN CROIX

On voit, parla suite ^, que les exécuteurs furent des soldats romains, et non les Juifs, mais le récit est conduit de façon à faire peser toute la responsabilité du fait sur ces derniers L'évangéliste s'abstient de dire que les deux autres crucifiés étaient des voleurs ; il ne mentionne pas leur présence comme une injure au Christ, mais par égard pour la tradition historique, et il supprime le côté infamant du fait. Ce n'est donc pas pour accuser les Juifs qu'il montre Jésus entre les deux autres suppliciés 3; ceux-ci font, pour ainsi dire, cortèg-e au Sauveur, dont la croix devient un trône. Jésus continue à y être proclamé roi.

Pilate, en effet, qui est censé avoir suivi les Juifs au Calvaire % fait rédiger, pour la mettre en haut de la croix, une inscription ainsi conçue : (( Jésus de Nazareth, roi des Juifs ^ ». Le texte est pris des Synoptiques ^, sauf l'addition du mot « nazaréen ». Comment Pilate sait-il maintenant que Jésus est de Nazareth ? C'est que Jean fait du mot « nazaréen » une sorte de défi aux Juifs. Ils ont reproché à Jésus son origine galiléenne : le Nazaréen n'en était pas moins leur roi, le vrai Messie. Pilate proclame inconsciemment cette vérité sur son écriteau. Que le gouverneur ait voulu insulter Jésus c'est une hypothèse contraire aux dispositions que le narrateur suppose chez Pilate, et à l'esprit du quatrième Evangile ; qu'il ait voulu se moquer des Juifs on pourrait l'admettre, si le texte donnait quelque appui à cette conjecture. Mais, dans ce tableau, comme dans celui de jugement, une ironie transcendante, habilement conçue par l'écrivain, se dégage des faits, sans que Pilate le veuille et sans qu'il prétende à autre chose qu'à se conformer aux lois. L'écriteau doit reproduire le motif de la condamnation, sans phrases ni atténuations : Pilate le rédige ainsi.

2. Jean suit Luc, xxiii, 26 (J. Réville, 273), ou la source dont il a été parlé plus haut, p. 867, n. 4. Cf. Marc, xv, 20; Matth. xxvii, 27-31, où ce sont les soldats du gouverneur qui mènent Jésus au supplice.

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