Matth. XXI, 2, 5. Cf. supr. p
Mais ce n'est pas seulement pour obtenir une correspondance plus rigoureuse entre le fait et là prophétie que Jean fait quatre parts des habits et met la tunique au sort, en observant qu'elle ne fut pas déchirée : il ne conçoit pas le récit en vue de la prophétie, mais il arrange le récit et il interprète la prophétie en vue du symbolisme qu'il découvre ou qu'il met dans l'un et dans l'autre. La tunique sans couture et que l'on ne déchire pas est-elle, comme dans Philon la figure du Logos, et signifîe-t-elle la contexture indissoluble de l'univers? Rien n'est moins vraisemblable, car le symbolisme du quatrième Evangile n'a pas ce caractère abstrait et philosophique. Ou bien, en tant que vêtement sacerdotal, indiquet-elle la dignité du Christ souverain prêtre ? Cela encore est douteux ; car il n'est pas autrement évident que l'évangéliste regarde la tunique sans couture comme un vêtement sacerdotal, et la mission du Christ johannique ne se définit pas ordinairement comme un sacerdoce. Les anciens Pères qui ont vu l'Eglise dans la robe sans couture, et les quatre parties du monde dans les quatre lots de vêtements^ ont probablement rencontré la pensée de l'auteur. L'Eglise, tunique du Christ, est sans couture, d'un seul tissu depuis le haut, parce qu'elle est une et d'en haut, dit saint Cyprien ^. En elle se rejoignent toutes les parties du monde que l'humanité habite. Idée analogue mais non identique à celle de Philon.
La valeur symbolique du récit est confirmée par le rapport que l'auteur lui-même a pris soin d'établir entre ce tableau et le suivant : « Les soldats donc, d'une part, firent cela. D'autre part, se tenaient, près de la croix de Jésus, sa mère et la sœur de sa mère ^ ». A ne considérer que la lettre, on ne voit pas l'analogie qui peut exister entre le partage des vêtements du Christ et ses recommandations à sa mère et au disciple bien-aimé. Ce n'est pas non