B. Weiss
suppliciés demeurassent sur la croix pendant la nuit de ce sabbat solennel.
Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut entendre ce « grand jour » d'un sabbat ordinaire : c'est le premier jour de la fête, ou le dernier et il est certain que ce n'est pas le dernier. Les Juifs donc, pour que la présence des cadavres ne souille pas leur grande fête, demandent à Pilate que l'on brise, avant la nuit, les jambes des crucifiés, pour les faire mourir plus vite, et qu'on enlève aussitôt leurs corps. Ainsi le jour est près de finir, et Jésus vient seulement d'expirer; la passion a duré aussi longtemps que dans les Synoptiques, environ six heures 2, mais elle a commencé plus tard et se termine à l'heure fixée par la Loi pour l'immolation de l'agneau pascal, « entre les deux soirs ». Jean n'insiste pas sur cette circonstance , afin de ne pas contredire ouvertement les Synoptiques; il l'insinue de façon assez claire pour qui veut comprendre, et de nouvelles conformités avec le rituel pascal achèveront d'instruire le lecteur, ou plutôt de lui rappeler le mystère enveloppé dans le récit. Le crurifragium était un supplice distinct du crucifiement; son application dans le cas présent ne peut avoir le caractère d'une atténuation de peine ; c'est plutôt une substitution, afin d'obtenir plus promptement la mort des condamnés.
Pilate agrée la proposition des Juifs, et les soldats viennent exécuter ses ordres^. Sont-ce de nouveaux soldats, autres que les quatre qui ont réglé le crucifiement? Tel commentateur répond négativement^, parce que le narrateur, en disant (( les soldats », paraît avoir en vue le groupe dont il a parlé plus haut. D'autres répondent affirmativement ^, parce que les premiers ne devaient pas avoir les masses de fer indispensables pour le crurifragium. A la première opinion l'on peut objecter que les soldats « viennent )>, tandis que les premiers étaient arrivés. Contre la seconde, on peut dire que l'argument, tiré de la vraisemblance historique, n'a pas grande portée dans un récit tel que le nôtre. Il est vrai que « les