‹ Le quatrième évangileChapitre 791 sur 857 · B. Wkiss · texte numérisé non relu

B. Wkiss

6. HoLTZMANN, loc. cU. Pour apprécier la portée du mot « voir » dans le style johannique, cf. xiv, 0; supr. p. 747.

LE COUP DE LANCE

importance caj^itale que le témoignage est dit vrai, non qu'il fût faux s'il n'avait eu rapport qu'à un fait réel et sans signification ultérieure, mais parce que son contenu l'emporte sur celui du simple témoignage historique, étant une vérité supérieure, la substance de l'Evangile spirituel.

Faut-il admettre que l'auteur a été réellement un compagnon du Sauveur, un des douze apôtres, et qu'il a vu la scène qu'il décrit, tout en faisant entendre que cette scène est allégorique? Dans les occasions précédentes où l'on a rencontré le disciple bien-aimé, son personnage a paru figuratif et comme superposé aux récits transmis par la tradition synoptique. Ici même il intervient dans un tableau qui n'appartient pas à l'histoire et que l'on pourrait qualifier de peinture théologique. Comment l'auteur a-t-il pu s'identifier à ce personnage fictif et garantir solennellement la vérité d'une fiction? On sait déjà qu'il ne garantit pas la vérité de la fiction comme telle, mais en tant que symbole : ce qu'il atteste, au fond, est la réalité de la vie éternelle, communiquée au croyant par le Christ et les sacrements chrétiens. D'autre part, il a conçu lui-même le type du vrai disciple, du croyant parfait ; il le réalise autant qu'il est en lui ; il entre dans ce personnage qui n'est pas seulement le témoin du coup de lance et de son effet, mais de toute la doctrine, de tous les faits symboliques exposés dans le quatrième Evangile. Il perçoit avec le disciple et en lui toutes ces vérités célestes; il voit avec lui et entend comme lui les signes; il se voit lui-même dans le disciple, comme il voit sa doctrine dans l'histoire de Jésus. A cette hauteur de contemplation mystique, il ne discerne pas ce que le Christ historique a dit et fait, de ce que luimême fait dire et faire à son Christ; il voit comme réels les discours qu'il lui prête et les signes où il incarne la doctrine des discours ; il les voit et il y assiste dans ce disciple idéal qui ne se distingue plus de lui-même; les distances de temps et de lieu n'existent plus ; l'interprète des hautes vérités spirituelles devient le témoin de leurs symboles ; il assistait au dernier repas du Christ, à son interrogatoire chez Caïphe, à son supplice et à sa mort; il a tout vu, et il est sincère quand il le dit. Mais ce témoignage si ferme en lui-même et par rapport à son objet propre, la théologie johannique, est nul pour l'historien qui cherche à s'instruire de la vie de Jésus ; car il ne vient pas d'un historien, ne s'applique pas à l'histoire et n'est pas destiné à ceux qui ne cherchent pas autre chose que le fait

historique; il vient d'un voyant et d'un prophète, il s'applique à l'interprétation mystique du christianisme, aux expériences intimes et aux illuminations surnaturelles d'un croyant; il s'adresse à tout homme de bonne volonté qui est disposé à chercher son salut dans la foi. L'état d'âme que l'on suppose ici chez l'auteur du quatrième Evangile n'est pas invraisemblable ; il se déduit de l'Evangile même, qui n'est pas une relation historique ni l'œuvre d'un faussaire. L'évangéliste est un témoin spirituel, et ce qu'il dit est une partie du témoignage que l'Esprit rend au Christ ^

« Ces choses arrivèrent pour l'accomplissement » de deux prophéties, l'une qui dit : « On ne lui brisera pas d'os ~ », et l'autre : (( Ils regarderont celui qu'ils ont percé ^ ». La vérification de ces prophéties est une raison de croire. Il n'est pas douteux que le premier texte visé soit le passage de l'Exode concernant Fagneau pascal ^, et non le passage du psaume ^ où il est dit que Dieu ne laisse pas broyer les os des justes, quoique ce dernier texte ait pu exercer quelque influence sur la forme de la citation. Toute la passion johannique est dominée par le rituel pascal : l'évangéliste y a pris le jour et l'heure du crucifiement, la tige d'hysope ; maintenant il établit une correspondance entre la défense de briser les os de l'agneau, qu'il paraît rapporter à tort au mode d'immolation 6, et l'omission du crurifragium^ entre le coup de couteau par lequel on égorgeait la victime pascale, et le coup de lance donné à Jésus. Sa théologie ne lui permettait pas de faire mourir le Christ par le coup de lance ^. C'est peut-être encore pour faire droit au même rituel ^ que l'ensevelissement de Jésus a lieu sur place , <( dans l'endroit où il avait été crucifié », tandis que les Synoptiques ne marquent pas la distance de la croix au sépulcre.

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