Luc, XXIV
LE CHRIST RESSUSCITÉ
dans les Synoptiques, les disciples ne s'attendent à la résurrection; du moins ils n'y croient pas d'avance, et Ton a d'autant moins lieu de s'en étonner que l'annonce de la résurrection est moins précise dans le quatrième Evangile que dans les trois premiers, ayant toujours été faite en termes figurés ; mais ils sont plus prompts à croire, puisqu'ils croient avant les femmes et sans hésitation, le doute devant être individualisé, pour ainsi dire, en la personne de Thomas, tandis que, dans les Synoptiques, ils traitent de rêverie ce que les femmes racontent du tombeau vide et du Christ ressuscité ^
Les interprètes ^ supposent généralement que le disciple bienaimé courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau, parce qu'il était plus jeune. Comme on ne sait rien de son âge, l'explication est peut-être risquée. Il est vrai que la jeunesse du disciple pourrait avoir aussi sa signification. Mais son empressement est plutôt une marque de zèle et d'amour pour le Christ. De même, s'il n'entre pas tout de suite, ce n'est pas sans doute qu'il ait peur; et si Pierre le précède dans le tombeau, ce n'est pas que Pierre soit d'un caractère plus hardi que lui Le disciple s'arrête à l'entrée du tombeau, et Pierre y pénètre avant lui, parce que Pierre représente le christianisme primitif, le judéochristianisme, et que le disciple représente le christianisme plus récent, contemporain de l'évangéliste, l'hellénochristianisme. Pierre représente un groupe de croyants plus ancien et d'une foi moins parfaite que le groupe figuré par le disciple. Le commentateur s'égarerait en voulant scruter les sentiments des personnages mis en scène, au lieu de rechercher les intentions de l'évangéliste. Bien que Pierre, selon la tradition la plus ancienne, ait été favorisé de la première apparition, et qu'il ait confirmé les autres disciples dans la foi notre auteur n'insiste que sur la foi du disciple, qui a cru sans avoir vu, comme si la mention de Pierre n'était faite que pour rejoindre la tradition historique. La circonstance des linges déposés à terre doit démentir la conjecture de l'en-
1. Luc, XXIV, H ; cf. Marc, xvi, 11. Et c'est par là sans doute qu'il fautexpliquer la leçon oùx sTîîaTsuaav, au v. 8, dans le supplément du ms. D. Cf. p. 90^ n. 4. Le V. 9 (p. 902 n. 5) n'explique pas l'incrédulité, comme le veut Blass (préf. lix), mais l'indépendance de la foi à l'égard des preuves extérieures. Cf. v. 29.