‹ Le quatrième évangileChapitre 805 sur 857 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

LE CHRIST RESSUSCITÉ

en pleurant, elle regarde encore dans le tombeau, comme pour s'assurer de son malheur. Cette fois, elle voit deux anges en habits blancs, qui se tenaient à la place où avait été le corps, Tun à la tête et l'autre aux pieds. Ces deux anges sont ceux que le troisième Evangile ^ met en rapport avec les femmes galiléennes. Gomment les disciples ne les ont-ils pas remarqués tout à l'heure? Ils ne sont apparus probablement que pour Marie. Inutile de réfuter ceux qui voient dans le récit johannique la description exacte de l'hallucination moyennant laquelle Marie de Magdala commencerait par prendre les linges blancs pour des anges, et croirait ensuite voir et entendre le Sauveur lui même - : on suppose que la donnée du quatrième Evangile est primitive relativement à celle des Synoptiques, et c'est le contraire qui est vrai. Les anges sont mentionnés par égard pour la tradition, mais ils ne servent qu'à préparer l'apparition du Christ, où le lecteur recevra une leçon de théologie johannique.

Marie s'attend si peu à voir Jésus qu'elle parle encore aux anges du cadavre enlevé. On remarquera qu'elle n'a pas peur d'entrer en conversation avec les êtres célestes ; dans Luc les anges parlent aux femmes, mais celles-ci n'osent pas seulement les regarder. « Pourquoi pleures-tu? » disent les anges, comme s'ils ignoraient le sujet de sa peine. Marie était venue au tombeau pour pleurer ; elle pleure plus amèrement encore en trouvant le tombeau vide ; elle n'a pas apporté de parfums, comme dans Marc et dans Luc ^, et les anges n'ont pas à l'avertir que sa précaution est superflue, parce que le Christ est ressuscité. Ce n'est pas de la bouche des anges que Marie connaîtra la résurrection, mais de la bouche de Jésus lui-même : l'apparition angélique, qui fait double emploi, dans Matthieu avec celle du Christ, est complètement subordonnée à celle-ci, qui prend, dans le quatrième Evangile, un autre caractère et une autre importance. Marie sait qu'elle parle à des anges, et elle ne paraît attendre d'eux aucun soulagement à sa douleur ; elle leur confie sa préoccupation, mais ils ne lui apprennent rien.

« On a enlevé mon Seigneur, répète-t-elle, et je ne sais où on l'a

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