Matth, xxviii
mis K )) Ce disant, elle se retourne et aperçoit Jésus devant elle, sans le reconnaître. Les commentateurs ne voient pas pourquoi elle se retourne, et ils supposent, fort gratuitement, qu'elle a entendu quelqu'un derrière elle, ou qu'elle a eu l'impression d'une présence étrangère -, ou bien qu'elle est avertie de cette présence par l'attitude des anges ^, ou qu'elle regarde hors du tombeau comme si elle espérait découvrir le corps dans les alentours ^. Les plus sages déclarent ne pas saisir la raison de ce mouvement ^. La vraie raison est que Marie a besoin de se retourner pour que le Christ lui apparaisse hors du sépulcre. Mais il n'est pas difficile d'expliquer ce geste : on l'a montrée se penchant sur l'ouverture, comme si elle gardait encore quelque espoir de retrouver le cadavre ; assurée une fois de plus que le corps a disparu, elle se relève et se détourne un peu pour se livrer à son chagrin. C'est alors qu'elle voit Jésus,
Pourquoi ne le reconnaît-elle pas d'abord? A cause de son trouble et de ses larmes, dit l'un 6. Parce que l'extérieur du Christ n'était pas le même après sa résurrection qu'avant sa mort, dit l'autre ^. Parce qu'elle ne s'attendait pas à le voir vivant, dit un troisième ^. Le texte suppose que Marie voyait fort bien Jésus et qu'elle ne le reconnaissait pas du tout; mais puisqu'elle le prend pour le jardinier, c'est que son extérieur était celui d'un homme ordinaire. Le cas est le même que celui des disciples d'Emmaûs ^ : les yeux de Marie sont provisoirement empêchés de reconnaître le Sauveur. « Femme, lui dit à son tour Jésus, pourquoi pleures-tu ? Qui cherchestu? » Marie se persuade que son interlocuteur est le jardinier, le gardien de l'endroit où se trouve la caverne sépulcrale, le seul homme dont on comprenne la présence en ce lieu, à cette heure matinale. Il est donc sous-entendu que l'enlèvement du corps n'aurait pu se faire par les disciples, mais par le jardinier seul. Et pourtant les
i. Y. 13. ojx oI§a Tcou sOrj/av aùrov. Cf. f;iipi\ p. 902 n. 3. Le ms. D et d'autres témoins ajoutent à la question des anges : « Qui cherclies-tu ? » Cf. v. 14.
. 2. HOLTZMANN, 221.