Luc, XXIV, 16. Cf. IIOLTZMANN, loC. cU
LE CHRIST RESSUSCITÉ
disciples et Marie elle-même accèdent librement au tombeau. Peutêtre aussi l'erreur matérielle de Marie sig"nifîe-t-elle une grande vérité spirituelle, le Christ étant le vrai jardinier, qui veille sur la plantation du Père céleste.
Au lieu de répondre directement à la question posée par Jésus, Marie suit son idée : « Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dismoi où tu l'as mis, et je l'enlèverai. » Elle parle comme si la pensée de son interlocuteur devait être préoccupée de l'objet qui remplit la sienne ^, et le prétendu jardinier est censé avoir entendu ce qu'elle a dit aux anges. Les interprètes se demandent si elle voudrait emporter le cadavre toute seule, et si elle a bien mesuré ses forces Mais Marie ne dit pas qu'elle se chargerait elle-même de trouver une autre sépulture à Jésus. Voyant que le corps a disparu, et supposant que le jardinier l'a jeté dans un endroit quelconque, elle s'informe ; quand le jardinier l'aura renseignée, il sera encore temps d'aviser aux moyens d'ensevelir convenablement les restes du Maître bien-aimé. Sa supplication demeure sans réponse, et sans doute elle se retourne vers le tombeau, désespérée de ne rien savoir. Alors Jésus l'appelle par son nom : « Marie ! » A ce nom, à l'accent de cette voix, et parce que Jésus veut se faire ainsi reconnaître, elle reprend ses sens; elle a entendu le Sauveur; elle se tourne, et c'est bien lui maintenant qu'elle voit; elle s'écrie : « Maître », et Jean rapporte le mot hébreu dont elle s'est servie en cette occasion.
Tout en poussant ce cri de joie, elle a fait un mouvement vers Jésus et tendu les bras pour le toucher 3. Le geste est tout naturel, et il doit amener la leçon de théologie que l'évangéliste a conçue. On suppose volontiers, à cause du récit parallèle de Matthieu que Marie veut rendre hommage au Sauveur en embrassant ses pieds ou ses genoux ^, et on se la représente prosternée devant le Christ. C'est ce que le texte ne dit nullement. 11 faut se la figurer debout àl'entrée du sépulcre, et tournée maintenant vers Jésus, tendant les mains vers lui, comme pour reprendre, en le touchant, possession de sa