Luc, XXIV
LE CHRIST RESSUSCITÉ
que donnerait celui de Jean, s'il était pris à part, un des disciples était absent lorsque Jésus vint et leur donna le Saint-Esprit. En acceptant ces descriptions comme lettre d'histoire, il faudrait admettre qu'un apôtre n'a pas reçu le Saint-Esprit, ou qu'il a dû le recevoir après les autres. Ce disciple était Thomas, le Didyme, dont on a déjà fait connaître l'humeur particulière i. Pourquoi n'était-il pas avec les autres? On ne le dit pas, et il est superflu de le conjecturer 2. Dans l'économie de l'enseig-nement johannique, c'est un hasard providentiel, qui provoque une seconde apparition du Sauveur ; au point de vue de la rédaction, c'est le moyen d'amener une dernière et importante leçon, avec la profession de foi qui clôt dignement tout le livre. Lorsque les autres disciples lui disent qu'ils ont vu le Seig-neur ^, Thomas répond qu'il ne croira pas, à moins de mettre son doigt à la place ^ des clous et de palper avec sa main la blessure faite par le coup de lance ^.
Voilà donc un des compagnons de Jésus, un apôtre, qui ne veut pas croire à sa résurrection sur la parole des témoins oculaires, mais qui veut la vérifier par lui-même. Lui seul doute, et il doute avec assurance, pour que l'inanité de son doute soit plus manifeste. La tradition synoptique gardait le souvenir de ces hésitations, les attribuant à tous les disciples, ou du moins à certains d'entre eux ^, et même au plus grand nombre On irait contre toute vraisemblance en supposant que les doutes du seul Thomas sont à la base de l'ancienne tradition ^ ; c'est cette tradition qui s'individualise, en