‹ Le quatrième évangileChapitre 822 sur 857 · B. Weiss, loc. cit · texte numérisé non relu

B. Weiss, loc. cit

ait touché le Sauveur, et les commentateurs qui l'affirment ^ sont bien hardis. Le Christ va dire : « Parce que tu m'as vu, tu as cru ». C'est que le disciple n'a pas eu l'audace de persister dans ses premières exigences, et que Jésus lui en a fait reconnaître à lui-même l'inutilité, l'inconvenance, on pourrait dire l'impiété, avant de définir les conditions normales de la vraie foi. La vue de Jésus et ses paroles sont bien suffisantes pour changer les dispositions de Thomas et lui faire honte de son attitude antérieure : on ne voit pas que la vraisemblance du récit demande autre chose. Au contraire, le personnage de Thomas deviendrait odieux, la majesté du Christ serait diminuée, si le disciple ne s'était pas contenté de la proposition qui lui est faite, et l'évangéliste l'a fort bien senti.

Il va sans dire que les paroles : « Mon Seigneur et mon Dieu », ne sont pas une simple exclamation adressée au Père céleste ^, mais une apostrophe au Sauveur, le cri d'une conscience éclairée subitement de la lumière divine, la profession de foi où l'auteur a voulu mettre la conclusion et la clef de son livre. Thomas sait maintenant, il croit et il proclame que Jésus est allé à son Père, qu'il est entré, ou plutôt qu'il est rentré en participation de la gloire divine, qu'il est et Seigneur et Dieu. La foi de l'apôtre rencontre la doctrine énoncée dès le commencement de l'Évangile : « Le Verbe était Dieu ^ », et la fin de l'ouvrage répond ainsi au début. Dans les deux apparitions du Christ ressuscité, l'auteur a condensé tout le travail de la pensée chrétienne depuis la passion, pendant les premières années de l'Eglise, et jusqu'à son temps. Seigneur et Dieu sont les titres qui conviennent maintenant à Jésus, et non plus celui de Maître, que voulait encore lui donner Marie de Magdala. L'Eglise primitive, en effet, cessa d'appeler le Christ (( notre Maître », pour ne l'appeler plus que « Notre Seigneur ^. Jean l'instruit à dire a notre Dieu ».

Le Christ accueille cette déclaration, il l'accepte comme devant régler la foi de tout chrétien, et, dans une dernière leçon à Thomas, il va instruire toutes les âmes de bonne volonté. « Parce que tu

1. Par ex., Schanz, 579, après Maldonat et j3lusieurs Pères. Knabenbauer, 573, combat cette opinion.

2. Opinion de Théodore de Mopsueste, condamnée par le cinquième concile œcuménique, loc. cà.

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