HOLTZMANN, loC. cit
LE QUATRIÈME ÉVAiNGILE
écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, croyant, vous ayez la vie en son nom. »
L'évang-éliste déclare lui-même qu'il a fait un choix parmi les matériaux traditionnels, et il se met ainsi en règle avec la tradition synoptique : qu'on ne lui reproche pas de n'avoir pas tout raconté ; ce n'était pas son intention. Il a pris parmi les « signes^ » ceux qu'on peut dire les plus significatifs, et l'on remarquera qu'il range dans la même catégorie les miracles de Jésus, les incidents de la passion et les apparitions du Christ ressuscité. Tout cela est « signe » pour lui, c'est-à-dire fait divin, réalité symbolique ; les discours se rattachent aux signes parce qu'ils en sont l'explication et le commentaire. Le livre tout entier, la vie et l'enseignement de Jésus comme il les représente sont donc un grand symbole et doivent être interprétés comme tels. Les anciens Pères l'avaient bien compris ; mais la plupart des exégètes modernes l'ont oublié. Les signes dont il s'agit se sont accomplis « devant les disciples », non que la présence du peuple en soit exclue 2, et qu'il faille voir seulement dans les signes les apparitions du Christ ressuscité mais parce que les disciples seuls ont profité des signes pour l'affermissement de leur foi, qu'ils en étaient les témoins prédestinés en vue de l'apostolat évangélique, et que, par eux, ces signes sont venus à la connaissanee de tous les fidèles. En parlant des « signes » qui ne sont pas écrits dans « ce livre », l'auteur ne se réfère pas à d'autres livres où on les trouve et que lui-même se proposerait de compléter ; il prévient seulement une objection que la comparaison des anciens Évangiles avec le sien pourrait provoquer. Il a choisi ce qu'il a jugé le plus propre à l'édification du chrétien.
« Ceux-ci, dit-il aux lecteurs, ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu », au sens johannique, au vrai sens du mot Messie et Christ, que Thomas vient de proclamer. Aussi bien tout l'ouvrage a-t-il plutôt la forme d'une instruction que d'une démonstration comme on en a tant fait depuis, et comme on en fait encore, pour prouver la divinité
1. crrifXcTa. Ss. lit : a a montré (ïtei^vj; cf. x, 32) à ses disciples »,au lieu de : <( a fait (£7ro''/,acv) devant les disciples. »