Grill
peut dire que l'Église chrétienne a pris conscience de sa propre vie dans le quatrième Evangile.
L'auteur ne pouvait pas définir en ternies plus exacts et plus précis le but de son livre. Par cette réflexion, qui est un dernier avis au lecteur, il prend congé de lui. Les récits de la résurrection, où se trouve figuré tout ce que Luc a raconté des apparitions du Christ, de son ascension et de la Pentecôte, montrent les apôtres tout prêts pour leur mission providentielle. Il est visible que Tévangéliste a le sentiment très net d'avoir terminé son travail et l'instruction du chrétien. L'Evangile est fini, et très habilement, puisque la conclusion correspond au commencement, que la profession de foi de Thomas et la déclaration finale du rédacteur rejoignent le prologue. Le chapitre qui vient ensuite ne peut être qu'un supplément, et un supplément qui dérange la belle économie de l'œuvre primitive.
LA PÊCHE MIRACULEUSE
SIMON-PIERRE ET LE DISCIPLE BIEN-AIMÉ
(Jean, xxi)
Les récits contenus dans ce chapitre s'enchaînent régulièrement. II semble néanmoins que les deux premiers morceaux, l'apparition du Christ sur le lac ^ et la réhabilitation de Pierre 2, sont liés entre eux de façon plus intime qu'avec le troisième, les prédictions concernant la mort de Pierre et celle du disciple, bien que la prophétie relative à la mort de Pierre ^ semble destinée à introduire ce que Jésus dit ^ et ce que le rédacteur de ce chapitre a lui-même à dire du disciple bien-aimé ^. La plupart des critiques estiment avec raison que l'écrivain qui avait réglé avec un art si minutieux l'équilibre de son récit de la résurrection, couronné l'enseignement de son livre par la confession de Thomas et pris congé du lecteur à la fin du chapitre xx, n'a pas détruit lui-même l'harmonie de son œuvre par l'addition d'un appendice mal ajusté, qui est d'un autre esprit que tout le reste. D'ailleurs, la notice concernant le disciple bien-aimé fait assez entendre qu'il était déjà mort dans le temps où cette notice fut rédigée, et il est évident que ce n'est pas lui qui a écrit la conclusion du chapitre. Comme la notice se rattache, au moins extérieurement, à ce qui est dit de Pierre, il s'ensuit que le chapitre entier a été compilé par l'auteur de la finale , qui se distingue lui-même du disciple, en attribuant à celui-ci la composition de l'Evangile. Dans le récit de la pêche miraculeuse et de la réhabilitation de Pierre, le style offre certaines particularités qui ne sont point johanniques ^: