Cf. Luc, v, 2, 7, 9-11, et Marc, i
LA PÊCHE MIRACULEUSE
peut bien n'avoir pas été conçu pour redresser le récit de Luc, dont il ne semble pas que Jean dépende, ni pour faire oublier des divisions dont le souvenir devait être déjà bien effacé.
Le passa g"e de ce chapitre le plus conforme à la tradition primitive est incontestablement celui où il est dit que les disciples n'osaient pas demander à Jésus qui il était, sachant bien que c'était le Seigneur. Cette observation n'a de sens que s'il s'agit d'une première rencontre avec le Christ ressuscité. Elle ne manque pas d'une certaine finesse psychologique. Les disciples ne peuvent pas douter que ce soit Jésus ; et pourtant leur étonnement fait qu'ils n'en croient pas leurs yeux, et qu'ils auraient envie de faire des questions, de vérifier ^ que c'est bien le Maître qu'ils avaient perdu; mais je ne sais quelle crainte les retient, respect de Jésus, hésitation causée par la surprise, espèce d'effroi devant un mort ressuscité. Le texte rend aussi fidèlement que possible cette impression indéfinissable de gens partagés entre une certitude imposée par le cœur en même temps que par les sens, et un doute suggéré par la raison. Cet état d'esprit serait inconcevable après les deux apparitions qui ont été racontées dans le chapitre xx, d'autant que l'auteur du quatrième Evangile n'a pas coutume d'analyser ainsi les dispositions intimes de ses personnages, et qu'il n'attribue aux apôtres, lors de leur première entrevue avec le Christ glorieux, d'autre sentiment que celui de la joie. Il est possible, d'ailleurs, que ce trait n'appartienne pas à la première apparition galiléenne, mais à une autre qui aurait eu lieu pour les onze apôtres et qui devait suivre l'apparition à Pierre, comme on le voit dans la première Epître aux Corinthiens ^. Ce qui est dit du repas, avec le pain et le poisson, conviendrait mieux à cette seconde apparition, quoique la conversation qui suit le repas se rattache à la première.
Les disciples se tenaient à une certaine distance, retenus par la crainte qui les empêchait de parler. C'est pourquoi le Christ, après les avoir invités à manger, s'approche et prend le pain afin de le leur donner ; il fait de même pour le poisson. La fin du récit paraît écourtée. On dirait que le repas n'est mentionné que pour introduire la conversation qui vient ensuite Ce n'est qu'une apparence ;
1. V. 12. oùoelç 8s izôXixoL twv [j.aOr]TÔJv èÇîtaaai aùxov* aù xlç, el ; le mot sÇsTocaai signifie plus qu'une simple interrogation.