‹ Le quatrième évangileChapitre 837 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

du moins, il n'en était certainement pas ainsi dans la source. Le rédacteur a dû abréger ce qui était dit du repas, parce qu'il attachait plus d'importance k ce qu'il voulait raconter touchant Pierre et le disciple bien-aimé ^ . Il fait entendre cependant que Jésus a présidé comme autrefois à ce repas matinal, qu'il a rompu le pain pour le distribuer à ses apôtres , comme il est raconté dans l'histoire des disciples d'Emmaiis. Ce repas du Christ ressuscité rappelle aussi le souvenir de l'eucharistie. Le poisson était regardé, dans la plus ancienne tradition de l'Église, comme un symbole eucharistique, ainsi que l'attestent les récits de la multiplication des pains -, La foi à la résurrection et la foi à l'eucharistie se sont affermies et développées en même temps : la présence sensible du Christ ressuscité, aux repas de ses disciples, a garanti sa présence invisible dans toutes les réunions de la communauté où l'on accomplissait, à son exemple et en mémoire de lui, le rite de la fraction du pain.

Il est puéril de supposer que Jésus n'a pas béni le pain en cette circonstance 3, parce qu'il s'agissait seulement d'un déjeuner ^. La bénédiction devait être mentionnée dans le récit primitif ; en tous cas, elle est sous-entendue, et le rédacteur ne l'a omise que pour abréger. Il est pareillement oiseux de conjecturer que Jésus aura tenu conversation avec ses disciples pendant le repas, et de se demander s'il a mangé ou non ^. Enfin, pour admettre que l'invitation à manger, le pain et le poisson rôti ont été empruntés à Luc 6, il faut soutenir que tout le récit, à commencer par la pêche miraculeuse, vient de la même source. Or la dernière hypothèse est invraisemblable, attendu que la pêche miraculeuse n'est pas à sa place dans Luc, et qu'elle a dû être empruntée à la tradition d'où procède le récit johannique, La

1. On pourrait supposer aussi que les conditions matérielles de la rédaction commandaient ces omissions, l'espace libre qui restait pour l'appendice, à la fin du rouleau où l'Evangile étaitécrit, n'étant pas considérable. Mais les omissions sont plutôt commandées par le voisinage du c. xx.

2. Cf. VI, 9-11 ; xxi, 9, 13, et Marc, vi, 38-41 ; Matth. xiv, 17-19; xv, 34-36; Luc, IX, 13-16.

3. V. 13. spysTai 'l7]aouç xat Xa[j(.6àvei tôv àpiov xal ot'Bwaiv aùroï;, xai xô o<|iapiov ô[j.oto);. Cf. VI, 11. Ms. D . eùyapiaxrj'aaç 'eStoxsv auToiç. Ss. ' « Et Jésus prit le pain et le poisson, et les bénit, et il les leur donna. »

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