HOLTZMANN
LA PÊCHE MIRACULEUSE
forme de ce récit, qui est secondaire, ne doit pas induire à illusion sur le fond, qui est primitif. On ne doit pas oublier que la tradition galiléenne des apparitions est plus anciennement attestée que la tradition hiérosolymitaine. S'il y a emprunt d'un côté ou de l'autre, c'est plutôt du côté de Luc et de la tradition plus récente. L'apparition aux disciples d'Emmaûs tient lieu de l'apparition sur le lac, celle-ci ayant toute chance d'être la vision de Pierre, qui vient en premier lieu dans la série chronolog-ique donnée par saint Paul ; et le poisson rôti que Luc fait présenter au Christ, dans l'apparition aux Onze ^, est beaucoup mieux à sa place près de la mer de Galilée qu'à Jérusalem.
« C'est ainsi, conclut le narrateur, que Jésus se manifesta pour la troisième fois à ses disciples, étant ressuscité des morts 2. n Les commentateurs qui attribuent une valeur historique à cette réflexion observent que des apparitions ultérieures ne sont pas exclues Mais le caractère artificiel de la computation n'a pas même besoin d'être démontré. Le rédacteur de ce chapitre a relié comme il a pu cette apparition à celles qui étaient racontées dans le chapitre xx ; et comme il y en avait deux, celle-ci fait trois. Pour soutenir qu'elle a été chronolog-iquement la troisième, il faudrait d'abord prouver que les apparitions du chapitre xx représentent une tradition purement historique, et que leurs dates appartiennent à une chronolog-ie réelle. Or les récits johanniques de la résurrection sont dominés par le même symbolisme que le reste de l'Evangile On n'a pas le droit de les opposer, comme un témoignage historique, à la tradition de Marc et de Matthieu qui ne connaissent pas d'apparitions devant les disciples à Jérusalem, le jour de la résurrection. Même appuyé par Luc, le témoignage de Jean ne l'emporte pas historiquement sur celui de Marc, parce que la relation de Luc, sans être symbolique au même sens que le quatrième Evangile, fait déjà rentrer dans un cadre artificiel toutes les traditions relatives au Christ ressuscité. Le cadre johannique, plus rétréci, s'éloigne encore plus de la réalité; l'appendice qu'y ajoute le rédacteur du chapitre xxi n'en modifie pas le caractère ; le résultat le plus net de la combinaison est de joindre à deux apparitions où l'auteur du quatrième Evangile avait résumé sym-