B. Weiss, 627; Sciianz
boliquement toutes les apparitions du Christ ressuscité, avec TAscension et la Pentecôte, une apparition qui est un fait traditionnel, maintenant impossible à définir, mais où il est encore assez facile de reconnaître la première des apparitions connues dans la tradition apostolique.
L'indication : « pour la troisième fois », a donc une portée purement rédactionnelle et littéraire : elle sert à souder le récit de la pêche miraculeuse et tout le chapitre à ce qui précède; on ne peut ni ne doit la transformer en donnée d'histoire. Dès qu'il voulait ajuster cet appendice à l'Evangile, le rédacteur n'avait pas d'autre moyen à sa disposition ; ses habitudes d'esprit ne lui permettant pas de dire que l'apparition sur le lac était la première dans tel ou tel document plus ancien , il ne pouvait insérer le récit de la pêche miraculeuse qu'en manière de supplément. Et pour qu'il l'ait ajouté ainsi, il faut que ce récit ait joui d'une assez g-rande autorité traditionnelle. Les critiques qui soutiennent que la pêche miraculeuse était racontée dans la finale primitive de Marc trouvent là un argument solide en faveur de leur hypothèse.
XXI, 15. Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci? » Il lui dit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » 16. 11 lui dit : « Pais mes agneaux. » 11 lui dit encore une seconde fois : « Simon fils de Jean, m'aimes-tu? » Il lui dit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » 11 lui dit : « Pais mes brebis. » 17. Il lui dit une troisième fois : « Simon fils de Jean, m'aimes-tu? » Pierre fut affligé de ce qu'il lui disait pour la troisième fois : « M'aimes-tu ? » et il lui dit : « Seigneur, tu sais tout, tu connais que je t'aime. » Il lui dit : « Pais mes brebis. 18. En vérité, en vérité je te (le) dis, lorsque tu étais jeune, tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, un autre te ceindra et te mènera où tu ne veux pas. » 19. Et il dit cela pour indiquer par quelle mort il (Pierre) devait glorifier Dieu.
Le repas fini, Jésus dit à Pierre : « Simon fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ^ ? » Rien ne prouve que ces paroles soient les premières que Jésus adresse au prince des apôtres, et que le Sauveur
1. V. 15. St'fxojv ''Iwavou, àyaTira; ijls tiXsov toutwv ; Ss. : « Simon fils de Jona, m'aimes-tu? » Il lui dit : « Oui, Seigneur. » (Jésus) lui dit : (( Pais mes agneaux ». De même, au v. 17, Pierre répond simplement : « Oui, Seigneur. »
SIMON-PIERRE ET LE DISCIPLE RIEN-AIMÉ
rompe ainsi un long- silence à Tégard du disciple qui l'avait renié K Le silence ne serait long que si l'apparition sur le lac avait eu lieu réellement après celles du chapitre xx, et si Jésus n'avait rien dit à Pierre quand celui-ci est arrivé près de lui sur le rivage. Mais le rédacteur lui-même n'a pas voulu signifier que Jésus n'avait pas parlé à Pierre avant la fin du repas ; il rapporte ce que Jésus a dit, le repas terminé. On sait d'ailleurs qu'il a transposé le récit de la pêche et supprimé probablement les paroles échangées entre le Christ et Pierre, quand ce dernier a rejoint son Maître au bord du lac. L'énoncé du nom complet : <( Simon fils de Jean », marque la solennité de la question. On se rappelle aussitôt l'apostrophe : (( Heureux es-tu, Simon fils de Jona », dans le premier Evangile. La foi de Pierre n'est pas en cause, et il ne l'avait jamais perdue; il avait manqué seulement de courage pour la professer. C'est ce courage, dont l'amour est le principe, que Jésus veut exciter et affermir dans son apôtre. Si l'on tient compte des antécédents de Pierre, l'interrogation : « M'aimes-tu plus que ceux-ci? » n'a rien de blessant pour les autres disciples Il est peu probable cependant qu'elle eût été rapportée, et, à plus forte raison, conçue par l'auteur du quatrième Evangile, qui a voulu certainement représenter le disciple bien-aimé comme le mieux aimant, et qui a pris soin, en plusieurs occasions, de le mettre avant Pierre. Le dialogue entre Jésus et Simon a donc quelque chance d'avoir été emprunté à la source qui a fourni la pêche miraculeuse, et cette source ignorait le disciple bien-aimé. Quoique les paroles de Jésus puissent faire écho à la déclaration de Pierre : « Je donnerai ma vie pour toi 3 », elles correspondent bien mieux à ce que l'apôtre dit dans Marc : (( Quand même tous tomberaient, je ne tomberais pas ^ ».
Pierre, instruit par une douloureuse expérience, répond, avec une sincérité exempte de présomption : (( Oui, Seigneur, tu sais bien que je t'aime. » Il ne se vante pas de ses sentiments; il en appelle à la connaissance que Jésus doit en avoir. Comme s'il voulait récompenser un amour que l'humilité rend parfait et préservera maintenant de défaillance, Jésus dit à Pierre : « Pais mes agneaux '\ » L'apôtre