On n'est pas oblige d'expliquer ce passage par xvi
SIMON-PIEKRE ET LE DISCIPLE BIEN-AIMÉ
ciple bien-aimé. La triple question correspond certainement au triple reniement, non pour en réparer la faute ou en effacer les suites, mais pour amener Simon à la perfection d'humble dévouement qui convient à Pierre.
L'idée de la charge que le Christ impose à son apôtre domine tout le dialogue, bien que les interrogations du Christ aient égard aux dispositions et à la conduite antérieure de Simon. Pas plus que dans les passages parallèles des Synoptiques il n'est dit que le rôle de Pierre doive passer à des successeurs; mais la pensée du besoin actuel de l'Église n'est pas étrangère aux évangélistes, non plus que l'idée d'une tradition où Pierre se survit, pour ainsi dire, à lui-même. 11 est très significatif que le rédacteur de ce chapitre se soit senti obligé de compléter le quatrième Evangile par des récits où Pierre tient une si grande place. Ne serait-ce pas qu'il a dû compter avec la tradition romaine, et que le sentiment de la primauté de Pierre, subsistant dans l'Eglise de Rome, l'a contraint à couronner l'Evangile de la charité par un supplément qui sauvegarde le droit de la tradition apostolique, en même temps que les souvenirs galiléens touchant le Christ ressuscité ^ ?
La rédaction accuse l'intention didactique de compenser par une triple profession de dévouement le triple reniement. Mais, sous l'arrangement, qui vient de la tradition orale ou écrite, on devine le sens qui a dû s'attacher d'abord à la vision de Simon : le prince des apôtres a été réintégré dans son ministère par le Christ lui-même. Peut-être y avait-il déjà une part d'interprétation dans cette façon de représenter les choses. Le fait traditionnellement certain est que Pierre avait vu le premier Jésus ressuscité, qu'il avait cru à la résurrection et qu'il avait confirmé la foi de ses frères.
De la mission du prince des apôtres le narrateur passe au terme de sa carrière : « Je te le dis en vérité -, lorsque tu étais jeune tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux , tu étendras les mains , un autre te ceindra et te mènera où tu ne veux pas. » Le style et la manière johanniques sont imités dans ce discours. On doit supposer que Simon, marié depuis assez longtemps, semble-t-il, lorsqu'il s'attacha au Sauveur, était