Meyer, np. Weiss, loc. cit
SIMON-PIERRE ET LE DISCIPLE BIEN-AIMÉ
rapportée dans le Canon de Muratori ^. Les commentateurs qui veulent que TEvangile tout entier ait été composé par Tapôtre Jean, disent que Févangéliste associe à son propre témoignage celui des autres disciples et de tous les fidèles ~. Parlant de lui-même à la troisième personne, l'auteur prendrait tout à coup la première du pluriel et se ferait Eglise, sauf à se désigner toujours par la troisième en tant qu'objet de son propre discours. Une construction logique aussi singulière ne pourrait être admise par conjecture que si le chapitre entier ne donnait lieu à aucun doute. Mais puisque ce chapitre n'a pas été rédigé par l'auteur de l'Evangile, puisque la mort du disciple bien-aimé, qui est présenté comme auteur, est supposée dans les versets précédents, il n'y a pas la moindre raison d'écarter le sens naturel du passage et de contester que le disciple dont on exalte le témoignage soit une personne absolument distincte du groupe qui recommande son écrit.
Pour finir, le rédacteur n'a rien trouvé de mieux que de copier en la modifiant, la conclusion du livre primitif ^. Il observe que Jésus a fait bien d'autres choses qui ne sont pas dans cet Evangile, mais qu'il était impossible de tout raconter, parce que l'univers n'aurait pas suffi à contenir les livres où l'on aurait tout mis. L'imitation n'est pas heureuse, et la finale détonne. Si l'auteur du quatrième Evangile se répète volontiers, il ne lui arrive jamais de se copier si maladroitement. Les nombreuses choses quin'ont pas été écrites ne sont pas seulement des miracles, mais les faits, censés incalculables, de lavie de Jésus. On excuse l'hyperbole par l'enthousiasme du rédacteur qui tenait la plume au nom des autres, et qui dit « je pense » en son nom personnel'^. Mais l'enthousiasme ne corrige pas le mauvais goût. Bien que ce verset manque dans le manuscrit Sinaïtique 5, l'authenticité n'en est pas suspecte, et l'on n'a aucune raison de
1. HoLTZMANN, loc. cU. L'hypotlièse contraire paraît aussi admissible. Cf. supr. p. 31, n. 2.