IIOLTZMANN, II, 4GÎ
INTRODUCTION
une sorte de synthèse réelle, qui n'aboutit pas à un système logiquement défini ^
L'antithèse paulinienne de la chair et de l'esprit, pour figurer l'homme naturel et l'homme régénéré, a été reprise et développée dans le quatrième Évangile 2. L'humanité y est partagée en deux catégories qui semblent irréductibles, les hommes de la chair, qui sont aussi les hommes de ce monde, des ténèbres et de Satan, et les hommes de l'esprit, qui sont les hommes nés d'en haut, enfants de lumière et enfants de Dieu. L'homme naît de la chair et appartient à la terre par cette origine; pour qu'il s'élève de la sphère inférieure où sa naissance l'introduit, à la sphère supérieure du monde spirituel et divin, une intervention d'en haut, que l'on conçoit comme une nouvelle naissance, d'ordre surnaturel ^, est indispensable. Rien de plus mystérieux que cette régénération et la loi qui préside au choix des élus ''. L'idée de régénération, de renouvellement moral de l'homme se rencontre dans les Synoptiques et dans saint Paul. Ici l'attention ne se porte pas seulement sur la nouvelle naissance, mais encore et principalement sur son caractère transcendant. Être régénéré par l'eau et par l'esprit, c'est être né d'en haut, né de Dieu, non par une simple rénovation morale, mais par une communication réelle d'esprit divin, qui est, de la part de Dieu et dans l'homme, une véritable génération. La génération naturelle n'est qu'une faible image de cette génération surnaturelle, qui se rattache au même ordre que l'incarnation du Verbe. C'est l'œuvre du Verbe-Christ, et il ne semble pas que l'évangéliste ait songé, comme beaucoup de ses commentateurs, à des enfants de Dieu qui auraient été faits tels par le Verbe avant l'incarnation ^. Par le Christ on apprend à connaître Dieu comme Père, et les autres initiés comme frères. La loi d'amour est l'élément moral qui complète la théorie de la filiation divine.
Mais ne deviennent enfants de Dieu que ceux qui sont de Dieu. Bien qu'il conserve pratiquement le principe de la liberté humaine, l'auteur du quatrième Evangile s'exprime souvent comme si la grâce de la filiation divine était un privilège réservé à un petit nombre de prédestinés
4. « Les théologiens alexandrins, comme d'ailleurs les philosophes platoniciens en général, n'ont pas une notion précise de ce que nous appelons l'individualité ou le moi. Il ne faut pas trop presser ces distinctions de personnes dans leurs écrits. Aussitôt qu'on les serre de près, elles s'évanouissent. » J. Réville, 254.
2. Voir HoLTZMANN, II, 19, 466-467, la table des termes antithétiques de Paul, qui sont repris par Jean.