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Alberti, Opère volgati, I, p

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lûmes de désorganisation cérébrale. Les suicides sont si rares que les Diorii les consignent comme ils consignent la naissance d'enfants monstres ; les afflictions si légères qu'une grosse facétie suffit à les dissiper. L'acte est à la hauteur du désir; la puissance d'accord avec la volonté; le pouls paisible ; le geste calme; l'etfort joyeux; et l'attention si facile, si longuement soutenue, si universellement sollicitée, qu'on dirait une force vierge qui n'a jamais servi.

L'homme, ainsi constitué, non seulement isolé, mais aussi différent, est deux fois seul.

Il n'a personne autour de lui, avec lequel il soit uni par la communauté de l'intérêt ou du devoir, et il n'a personne comme lui de son esprit et de son format. Pour qu'il se révèle à lui-même, qu'il se compare et qu'il se mesure, qu'il puisse exprimer des idées qui lui appartiennent et qu'il puisse manifester une individualité qui s'est formée dans la solitude, il faut qu'il se produise, il faut qu'il se rapproche et se lie d'autant qu'il s'est écarté et libéré davantage. Il faut qu'il crée à nouveau et de toutes pièces des groupements propres à rem])lacer les cadres rigoureux et imposés que son indépendance a rompus. Et que si le moyen âge, avec son régime de classes, d'ordres et de corporations, avait été l'époque des sociétés, la Renaissance italienne, qui initie des relations sociales indépendantes, non plus officielles, basées sur des étiquettes déterminant les positions et sur des règlements légiférant les rapports, mais sur le besoin spontané et réciproque de se connaître, de se pratiquer et de se répandre, est l'époque de la société. La société ne naît point de la similitude des espèces, mais de leur diversité. Au moyen âge, on n'avait pas à se réunir, puisqu'on était lié, et on n'avait pas a échanger des idées, puisque les idées étaient pareilles. A la

Renaissance, au contraire, Textrême variété des personnages et des types engendre, avecle désir sociable, le plaisir sociable.

Le coin du feu Thiver, quelque chemin ombreux l'été, Téglise toujours ouverte en Italie à la nonchalance des promeneurs, deviennent des lieux de rendezvous désignés. On se réunit sous l'arcade d'un portique, autour d'une table bien servie, entre les manuscrits et les marbres de quelque homme accueillant. Les artistes florentins se retrouvent le dimanche. Les humanistes disputent, le soir, au coin d'une rue. Les villas, ornées de fontaines et de loggias, rafraîchies d'ombrages et de pelouses, abritent des sociétés choisies et d'honnêtes divertissements. A Rome, à Florence, à Naples, à Milan, des académies se fondent. Des compagnies de rir.% de comédie, d'érudition, s'établissent à la place des anciennes confréries, et, quand ces confréries sont dévotes, elles ne sont plus obligatoires, mais de libres associations. Dans la rue, dans la boutique, au palais, des groupements inédits s'improvisent. La société moderne, telle que nous la comprenons, avec sa liberté d'allures et son absence de statuts, se pressent.

Cette société est à moitié barbare. Elle sort à peine du moyen âge dont elle garde la rude empreinte. Elle ressemble aux lits de cette cour somptueuse de Ferrare', dont on nous dit qu'ils étaient décorés de lambrequins précieux, de tapisseries savantes, de couvertures en damas, en velours, en brocarts lamés d'or et d'argent. Levons ces étoffes pompeuses : les draps sont troués et la paille affleure. 11 suffit d'observer dans la riche galerie des portraits contemporains tant de laideurs paysannes, tant d'ossatures massives, tant de physionomies de botes ou d'oiseaux de proie, pour deviner combien la race s'est mal dégagée des raidt'urs ou des pléthoies du passé.

1. A. Galandi. Tavola canlhia e cucina délia corlç di Ferrarn nel Quatlrocenlo. Modène, 1889,

L'humanité est encore brute, enfoncée dans la matière, épaisse de carrure, lourde de complexion. Elle marche d'une allure pesante. Elle sent Técurie. Elle aime les longues ripailles et les coups. Elle a de gros appétits, dit le mot cru, rit d'un rire physique qui part du venlre. Sa finesse ressemble à celle du renard; sa grâce à celle du paysan qui orne d'une plume son chapeau. Il lui faut des remèdes de cheval, des facéties énormes, des exploits de muscles, le plaisir et la santé à larges doses.

Les femmes les plus huppées se grattent devant le monde. Les humanistes les plus diserts se jettent à la tête des injures de mauvais lieu. Vittorino enseigne à ses élèves à ne pas cracher partout. San-Bernardino ne veut pas que le mari bûtonne sa femme quand elle est grosse'. Hercule d'Esté, pour honorer sa fiancée Eléonore d'Aragon, lui mande le portrait de sa fille naturelle, peinte par le Cosmé-. Le marquis Gian-Francesco Gonzaga donne des gifles et des coups de poing à sa fille Cécile qui ne veut pas se marier. Les frères du vieux Niccolô Niccoli s'emparent par surprise de sa maîtresse, la troussent et la fessent en public''. «Cette nuit, écrit Isabelle d'Esté à son mari, don Alfonso a dormi avec donna Lucrezia sa femme, sans autre cérémonie préalable, et, à ce que j'ai entendu dire, il a cheminé trois milles '*. » ^neas-Sylvius étant malade se relève quatre-vingt-dix fois la nuit"'; san-Bernardino, ayant pris médecine, va vingt-quatre fois du corps avant de prêcher". « Lorenzo Ridolfi, nous apprend

1. « E a te uomo, che mai tu non batfa la tua donna luentre che ella è gravida. » (San-Beknakdino, Pvediche, II, 103.)

2. A. Venturi, VArle ferrarese nel pcriodo di Evcole d'Esté. Bologne, 1890, p. m.

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