f Sit sine labe toga sit laîita maniisque
Stiria nec naso pendeat ulia luo...
Exprime nec pulices. nec coram <|uîLTe pediclos
Et scabiem ve.\es...
Seii spdis aut mungis mites nulasve mémento
Post tua connissum vcrtere terga caput.
.Nec mucus manibus fangas, spiitum ne resorbe,
Panniciilo nasiim miinjL:il<) sive toga.
Et ruclare cave cum ora in terga rellectas,
Stringe os et crepitum coge tenere nates... »
Yrrolaxo, De Morihxis in mensa informandis. fV. lurxico BAitio, Triplex Commenlatii}. Milan. 1507.)
4. Antonio Bonora. Atlveisaria. Plaisance, 1889. îi. Baldassah C.\stigliox8, Del Corlef/iano.
ciens. Aux noces d'Elisabeth Gonzague « un homme alla sur une corde tirée d'un bout à l'autre de la salle, aussi haut qu'il put aller, et attaché à elle, tantôt avec les pieds, tantôt avec les mains, il fit des choses admirables^ ». Le jeudi, après avoir dansé, on fait un chevalier de la chatte. « Le jeudi, on dansa, et un qui désirait être chevalier de la chatte, en eut la grâce, parce qu'on assura et lia une chatte sur une planche faite exprès; et lui, avec sa tête rasée, la tua, non sans grand dommage, parce qu'il fut très bien martyrisé et mordu. Pour cette chevalerie, il fut habillé de neuf par le seigneur duc... et ce spectacle ne fut pas de moindre agrément que les autres représentations -. »
Il faut lire les Nove/lieri, Arienii, Sermini, Masuccio, pour savoir quelles histoires sont les bienvenues et à quelle source de comique lubrique ou féroce l'on s'égaie. Hommes et femmes, appartenant au monde le plus relevé, se tiennent les côtes de rire pour des aventures de viols, de rapines ou de claques. A tout coup la haute société bolonaise que Sabbadino degli Arienti nous dépeint dans ses Pon^ettane^ s'esclaffe, «et qui se penchait en avant, et qui en arrière, et d'autres se mettaient la main sur l'estomac, et beaucoup essuyaient, de leurs doigts ou de leurs mouchoirs, les larmes venues à leurs yeux pour la trop grande passion du cœur'^». Parmi les facéties qu'il est d'usage de se conter pour passer
1 . « Uno altro homo andù sopra una corda tirata da uno capo a Valtro délia sala, alto quanto puotè andare, et attacato ad essa hora con le inani, hora con li piedi face de mirabili atti, che a tutti noi a guardarlo in servitio suo facea paura. » (A. Luzio, R. Renier, Maiilova e Urbino. Turin, 1893, p. 24.)
2. « Zobia se ballô e uno che bramava d'essere cavalere délia gatta ebbe la gratia, perché se conzigno una gatta ligata a traverso a un asse suso uno tribunaletto iatto a posta ; e con la testa rasa l'amazù non sanza suo danno. perché fu niolto ben da li denti e zangue suo martîrizato. Per questa cavaleria fu vestito de novo dal S. Duca... e non fù el spectaculo suo di minore piacere che siano state le altre representazioni. » (76., p. 23.)
3. « E chi innanzi e chi indietro piegandosl, e chi ponendosi la mano allô stomaco per il dolce dolore sentivano dentro per il soperchio riso, e molti asciugandosi con le dita e con li fazzoli le venute lagrinie alli occhi per la lieta passione del cuore. » (Akienti, le Porrettane, Vérone, 1S40, p. 7.)
le temps et chasser l'humeur noire ^, celles qu'on attribue au Piovano Arlotto, curé de campagne de la Toscane, remportent un grand succès; cependant le Piovano Arlolto y apparaît surtout comme glouton, bouffon et fripon de la meilleure espèce, quoique cœur charitable et esprit coupé à droit fil ; il vole quatre tanches à un Siennois, du fromage Maj'zoliiio à un capitaine de galère, une boîte de ferrailles à un confrère; se feignant lépreux, il se couche sur sa marchandise de contrebande et met en fuite les gabelous ; il décharge son ventre dans la botte d'un compagnon de route; il verse de l'huile dans les bénitiers de son église, pour friper les habits de ceux qui viennent l'entendre et se venger de leurs larcins ; et un tel luron fréquente chez les Médicis, chez le pape Nicolas V, chez le cardinal Ammanati qu'il met en joie*. Les farces qu'on ser narre ou qu'on se joue, les énigmes et devinettes qu'on se pose, les coq-à-l'âne qui sont courants, semblent échappés de quelque almanach populaire d'aujourd'hui. A ces divertissements, ces attitudes, ces mœurs, on reconnaît une société encore à l'enfance, que nulle complication n'a altérée.
Et pourtant, avec la richesse qui déborde, l'antiquité qu'on découvre, et cette nouvelle assiette donnée aux relations sociales, l'esprit intervient.
Il ne s'agit plus de s'imposer aux autres par son rang, son titre ou sa couronne, il s'agit de séduire les autres, de les grouper et garder autour de soi par son charme. Une politesse rare, encore qu'un peu obséqui<'use et maniérée, s'ingénie, aussi bien dans les lettres que dans les rapports journaliers, à découvrir des attentions délicates, des soins empressés, des expressions et des façons choisies d'urbanité et de civilité. C'est de cette époque que l'italien excelle dans
1. V. entr'autres recueils de Facéties, Facezie e molli dei secoli XV e XVI, Bologne, 1874.
2. Le Facezie del Piovano Arlollo, pub. par G. Baccim. Florence,
l'art subtil déco qu'il appelle, en des mots intraduisibles, la genti/ezzael la piacevolezza^.W se montre aimable, intéressé, caressant, enveloppant envers chacun, même envers les enfants. Borso d'Esté, pour mieux accueillir et honorer le petit Galea/zo Maria Sforza, qui lui rend visite à Ferrare en 1457, se transforme incontinent en gamin. «Et ayant oublié, écrit Soncino à Francesco Sforza, toute sa dignité et gravité habituelle et invétérée, et s'étant fait un autre homme, s'adaplant en tout aux divertissements juvéniles et y mettant son talent et sa pensée, il semble que sa Seigneurie ne sache penser à autre chose qu'à faire chose agréable et qui donne délectation et plaisir îi votre angélique fils bien-aimé^. »
Il ne s'agit plus de pérorer à l'assemblée, d'endoctriner à l'école, de disputer ou de commander; il s'agit, entre égaux réunis pour le plaisir, de causer avec mesure et opportunité ; l'art de la causerie s'inaugure et requiert une place entre la harangue, la dispute et la leçon; svelte, ailée, au service de la fantaisie et de l'àpropos, elle se développe au détriment du parler grave, soutenu et apprêté, jette des étincelles et des saillies, invente des facéties et des traits, et Pontano réclame, pour ce nouveau genre d'éloculioii, la vérité et la grâce.
Il s'agit, dans cette concurrence ouverte à la libre manifestation de chacun, de conquérir sa place à force de talent personnel, d'être plus brillant, mieux appris, mieux disert que les autres : le courtisan apprend à danser sans laisser choir son soulier, à toucher des ins-
1. On apprend à faire dos mensonges agréables. Un proverbe romain contemporain dit : « So clie tu menti per la gola. ma pur mi giova. » Poggio le relate de la sorte : « Sed ut liodie Romani soient dicere, cum qui eos pr.eter modum laudat : «Quamviste plane mentiri sciam, inquiunt, tamen me tuif laudes deleclant. » (Poggio, Epist. III, 2.)
2. « Scordatosi anchora ogni sua dignità gravita consueta et invelerata, et factosi uno allro homo, adaptandosi a piaceri giovenili in tutto e a quelli ponendo Tingegno et lo pensiero ; né altro pare che sapia pensare sua Signoria che di far cosa erata et che porga piacere et dilecto al prelibato vostro angelico figliolo. »(A. Cappelli, Guiniforle liarzizza maestro di Galeazzo Maria Sforza. Arch. stor. lomb. XXI, 399. Milan, 1894.j
truments d'une main légère, à entrer dans un tournoi avec élégance, à faire volter son cheval devant une femme, à s'habiller, à saluer, à présenter une fleur, à paraître toujours et en tout naturel, aisé, à sa place. Un nouvel art est inventé : celui du monde.
L'antiquité que l'Italie est en train de retrouver participe àcetaffinement : elle révèle à ce peuple de chasseurs de marchands et de brigands l'idéal d'une société supérieure, où les manières sont plus nobles, les jouissances d'un ordre plus relevé, le rôle de l'esprit plus considérable. En même temps le paganisme réhabilite l'univers, qui n'est plus considéré comme un lieu d'exil et de pénitence, mais comme un jardin de délices rendu à l'homme oublieux de son péché. Au goût du ciel succède le goût de la terre. La tristesse n'est plus «. sainte », et la chair n'est plus « fétide ». On n'a jamais fini d'admirer les merveilles d'ici-bas, qu'on avait trop longtemps condamnées. « Nos ùmes, écrit Leone-Battista Alberti, se réjouissent à voir peints des paysages charmants, et des ports, et des pêcheries, et des chasses, et des scènes de bains, et des jeux de bergers, et des choses fleuries et pleines de feuillages. » « Les couleurs pures, ajoute Marsile Ficin, les lumières, les voix, la splendeur de l'or, la blancheur de l'argent, la science, l'âme, ces choses nous les appelons belles. » On ne saurait trop exulter cette demeure terrestre. Les fêtes, plus fréquentes, sont plus splendides. La maison, quittant son air refrogné de citadelle ou de boutique, se pare, s'égaie, s'ouvre au luxe et à la joie, devient le palais, comme la chambre familiale est devenue le salon'. La beauté pare et ennoblit la vie : elle est partout requise, partout présente, à la cuisine comme à l'église, dans la paix comme dans la guerre. Le manche d'une guitare, la couverture d'un livre de comptes, la poignée d'une arme de combat, un cure-dents, un bou-
1. Qu'on compare le palais Rucellai, construit à Florence par Leone- Battista Alberti aux palais du siècle précédent.
ton, une lettre onciale, un caractère d'imprimerie, l'objet le plus humble constitue une œuvre d'art, u Je puis vous faire, écrit Léonard de Vinci à Ludovic le More, dos canons, mortiers, engins à feu de forme utile et belle. »
Maintenant, qu'on joigne cette finesse et cette barbarie, ce pressentiment d'élégance et ce souvenir de férocité, ce soin des lettres antiques et ce goût des viandes grosses, on aura la bonhomie. Au point de vue social, le Quattrocento est un siècle bonhomme, domestique, familier, qui tient le juste milieu entre les manières trop exquises et les manières trop brutales. Il est autant distant de l'animalité de tueurs de loups qui s'ivrognent et se cognent que de l'afFectation anémiée de courtisans qui se pomponnent et saluent en trois temps. L'esprit travaille la matière sans réussir à l'appauvrir; il corrige, mitigé et atténue la rudesse demeurée dans les complexions et les relations, sans prétendre à trahir la nature. La politesse tempère l'instinct, qui ne s'asservira jamais à l'artifice. La grâce éduque l'appétit, qui reste solide et bien portant. Les joies sont modestes, les rapports faciles, les habitudes campagnardes et savoureuses.
Ici les traits abondent. Ce n'est pas seulement ceci ou cela qui est significatif, c'est tout l'ensemble de cette vie sans apprêt et sans fard largement déroulée au soleil.
Mœurs cordiales. Détails intimes. Soins ménagers, et quelles personnalités rurales, candides, toutes de bonhomie et de simplesse !
C'est le duc de Ferrare qui offre gracieusement une provision de viande salée à Laurent de Médicis^. C'est la marquise de Mantoue qui se met en quête de belle toile de Reims pour les chemises de son époux'-. Et c'est la vieille Alessandra Strozzi qui coud à son fils, à
1. A Cappelli, Lellere cli Lorenzo il Magnifico. Modène, 1863. 2 l.uzio-Renier, Il lusso di Isabella d'fiste. Nuova Antologia, Rome, 1896,
ce marchand millionnaire qui bâtira dans sa ville de Florence le plus somptueux des palais, « quatre grands essuie-mains pour tenir à la toilette et deux petits pour les épaules, quand vous vous peignez, et des essuiemains ronds et un peu rudes qui enlèvent le mieux la crasse du visage* ».
Point d'embarras. Point d'alTaires. Les choses sont dites par leurs noms et les respects ne sont jamais exagérés. Il y a des vieux exquis, depuis le chapelain Matteo Franco qui soigne à Rome Madeleine do Médicis malade et entre dans les minuties les plus précises de sa garderobe et de sa santé-, jusqu'au chancelier Galandra, à qui il est commis d'instruire une petite Gonzague, à la veille de ses noces, des réalités de l'existence conjugale. Quant à Alessandro Picenardi, la nuit du mariage de Léonore Gonzague et de François-Marie de la Rovere, il n'a pu fermer l'œil, « tant il était rempli d'angoisse, de douleur et d'épouvante ». « Le matin, je me levai de bonne heure et j'allai dans la cour, soufflant comme font les braques, et allant de la sorte, je rencontrai la pauvre duchesse mère qui venait de voir sa fille, et lorsque Son Excellence me vit, elle dit : « Ah ! mon pauvre Alessandro! » et elle ouvrit les bras, et elle m'embrassa, et moi elle, et elle me dit : « Les choses ont bien été, que Dieu en soit loué^! »
Sur les routes d'Italie, le fils du rude condottiere Francesco Sforza, lit les beaux romans de France qu'il a pris dans l'armoire dont son père lui a remis la clef ' ;
1. Alkssandha tJTKozzi, Letlerc di una ffenlildonna fiorenlina. Florence, 1877.
2. « Esce di rado, è sticliissima, et certi cacherellini di topo sechi e riarsi comedi ruggine. \on vuol cristei.non vuole untioni... E tuttoper non puzare nel letto al marito. » (G. Volpi, Ln Corliqiano di Lorenzo il Maqnifico, p. 260 )
3. « La uiatina a honhora fui in piede e andai in corte sausando come fanno i bracchi. et cosi andando iscontrai la poverina matre Duchessji che yeniva da vedere la sua figliola e come sua Ex"* uii vide disse: Alex" mio caro, et apersi li brazi. et abrazomi et io lei. et mi disse : le cose sono andate benc, che Dio ne sia laudato. » ^Luzio- Henier. Mantova e Urbino, p. 195.)