I. ÉflLISE
l'épilhète de/or/?20jfO, homme bienfait. Paul II recueille des monnaies, des bijoux et des pierres gravées; donne la gualdrape rouge aux chevaux cardinalices, donne du pain et des jeux au peuple pour qui il fait courir dans des Palii tour à tour les Juifs, les adolescents, les adultes, les vieillards, les chevaux, les ânes, les buftles^ Dans les fûtes du carnaval qu'il institue, on voit figurer l'Amour ailé, Diane à cheval entourée de nymphes, Cléopàtre réduite par Octavien, Mars, Bacchus, les Faunes, les Etendards, les Aigles. Sixte IV fonde la chapelle Sixtine, Sainte-Marie du Peuple, Sainte-Marie de la Paix, l'hospice de San-Spirito. Il promulgue un concours de peinture. Il emploie tous les grands fresquistes contemporains, depuis Perugin, Pinturicchio, Cosimo Rosselli jusqu'aux Signorelli, aux Ghirlandajo, aux Botticelli, aux Lippi ; et lorsqu'il se fait représenter lui-même par Melozzo di Forli dans une image éternelle, ce n'est pas lorsqu'il bénit ou qu'il prie, c'est lorsqu'il confère à l'humaniste Platina les fonctions de préfet de la Bibliothèque Vaticane qu'il a ouverte au public. Innocent VIII achète des joyaux, pour 5.248 ducats une première année, pour 12.Û00 ducats en 1487 ; en 1488, il n'a plus d'argent, de sorte qu'il met en gage la tiare pontificale.
Ou traite ce monde comme il le mérite. On lui offre les civilités qui lui sont chères. En 1459, lorsque Pie II vient à Florence, Florence lui donne un tournoi, ime lutte d'animaux où dix lions, trois loups, quatre taureaux, deux buffles, une vache, un sanglier, un veau et
1. « Romanis ludns ac proemia ludoruin plurimuni auxit. L't enim oiunes, ex quibus KespuMica rom.ina coalescere videbatiir. ludos suos. prœmi.ique liidonim sortirentiir, priiiiuiii Hebr;i'is. tiim adolesceiitibiis. îlehinc udiiltioribus, postrciuo senibtis, pédestres liidos prœiniaquc ludoruin addidit. Pallia vero hactenus currentibus equis in pr(i>niiuni dari consueta niulto ampliuris pretii nobiiiorisque textura* dilar(;itns est. Et q«o fcstivum Populo «■nuclis ludricorum diebus spectaculuni exhiberet, aliud sei|uenti die post equoruui eursuni asinis, aliud auteui bubalis, alteru die currentibus palliuui condecens .-idjunxit. » ((iASPAHK Vkhonesk, /'<■ ^f.v/i* l*(niU II, Miir.i tiifi, Heruin, l. III. part. Il, p. I«.l2.}
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une giraf(3 sont mis anx prises; et elle lui donne « un magnifique bal sur le marché vieux, fermé d'une palissade recouverte de ratine, avec, autour, des bancs recouverts de tapisseries ; et il y fut à danser soixante jeunes hommes florentins des premiers citoyens et des plus aptes à danser, richement ornés de perles et de joyaux, et beaucoup de gentilles lillcs et jeunesses aptes à danser; et ceux qui dansaient changèrent souvent d'habits pendant la journée, et vinrent regarder tous les seigneurs ambassadeurs ; et une partie des cardinaux s'y trouvaient'... »
On le voit, il n'y a plus à Rome d'autre pouvoir que le pouvoir temporel. La religion est une discipline, l'Eglise un gouvernement, et les papes sont des tyranneaux.
Au siècle suivant, raconte Vasari, comme Michel- Ange avait terminé la statue de Jules II et qu'il avait représenté le pape, une de ses mains levées « pour bénir ou maudire, » le sculpteur demanda au pontife ce qu'il devait faire de l'autre main, s'il y devait placer un livre. « Mets-y une épée, lui répondit Jules II, je ne sais pas les lettres-. »
Au siècle qui nous occupe, les papes tiennent déjà à la main l'épée de Jules 11. Et cette épée nue n'est pas le glaive flamboyant de l'archange, c'est l'arme de combat du condottiere, trempée dans tous les crimes,
1. « Un magnifico ballo in siil Mercato vecchio, chiuso da uno steccato e di sopra coperto di rovesci con palchetti attorno coperti d'arazerie. e furono a danzare 60 Giovani (iorentini dei primi ciptadini e dei più atti aballare, adornati riccamenle di pelle e ^loie e moite gentile fanciulle e giovane atte a danzare, e mutoronsi el di moite veste ciascuno di que' danzavano : e fuvvi a vedere tutti i signori imbasciadori e parte di cardinali ci si trovava. » (Giovanni Cambi, Stoiie, Delizie degii eruditi toscan!, vol. XX, a69.)
2. « Gondusse Michelagnolo questa statua finita di terra innanzi che il papa partisse di Bologna per Roma, ed andato sua Santità a vederla non sapeva che segli porre nella man sinistra, alzandola destra con un atto fiero, che il papa dimandù s'ella dava la benedizione o le maledizione. Rispose Michelagnolo ch'ella avvisava il popolo di Bologna, perché fosse savio; e richiesto sua Santità di parère, se dovesse porre un libro nella sinistra, gli disse : Mettivi una spada, che io non so di lettere. » (Vasaki, Vie de Michel-Ange.)
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dans toutes les souillures et les passions des princes du siècle.
Arme dangereuse, car elle est à deux tranchants, et celui qui en frappe, le premier en sera frappé. Les papes qui l'ont tirée tombent au rang de ceux qui la manient et, pour l'Italie, ils ne valent pas mieux que « le moindre baron. »
Personne, en effet, n'a dit plus de mal de l'Eglise italienne que les Italiens.
Vue à sa distance, simplifiée et agrandie par le lointain, l'institution formidable peut exercer son prestige ; vue de près, comme tout ce qui est humain, elle ne produit plus d'illusion. Les Italiens sont sur les lieux; ils sont, comme on l'a écrit, dans les coulisses *; derrière les portants, à l'envers de la comédie ou du drame qui se joue, ils connaissent le secret des licelles, l'agencement des poulies, ringéniosilé et la facilité des trucs ; ils assistent à la fabrication des tonnerres. Aussi bien, là où le public tremble, eux sourient ou se fâchent.
Lorsque Giovanni Villani, rigoureusement guelfe et d'ailleurs bourgeois cauteleux, parlait de l'Eglise, il assourdissait et précautionnait sa verve. Dante Alighieri, avec l'audace et l'insolence du génie, met bravement la papauté en enfer. Nicolas IIL Clément V, Boniface VIII, les successeurs presque immédiats du géant de Canossa, mis en enfer, dans la holgia des simoniaques, les corps fichés dans des trous, la tête en bas, les pieds en l'air, les pieds cuits par du feu! Ils ont renversé l'ordre établi par Dieu : ils sont renversés à leur tour; ils ont oublié de regarder le ciel : ils mordent la terre; ils ont piétiné sous leurs pieds la sainte tlamme de l'esprit: la sainte flamme brûle leurs pieds en retour! L'Eglise vient d'essuyer un affront plus sanglant que celui