‹ Le quattrocento (volume 2)Chapitre 23 sur 77 · Macaulay · texte numérisé non relu

Macaulay

qii'olle a reçu de Philippe le Bel ; elle a été gifflée par la pensée. Et le coup est si vigoureux, porté d'un bras si titanesque, qu'elle en restera à jamais chancelante. Depuis Dante jusqu'à Machiavel, jusqu'à Guichardin, jusqu'à tous, c'est une voix pour ainsi dire unanime de colère, de mépris, d'ironie et de protestation qui s'élève. La nation est catholique sans doute, jalousement attachée à un dogme qu'elle respecte et qu'elle veut respecté; en môme temps, dans toute sa pensée, elle est foncièrement anticléricale. L'avarice de l'Eglise, l'intempérance de l'Eglise, la sensualité de l'Eglise, l'ambition de l'Eglise, sont presque des lieux communs de l'opinion italienne. Il faut penser à ces caricatures d'ecclésiastiques, successeurs des fratre Cipolla et devanciers des fratre ïimoteo, qui émaillent les contes des novellieri et entretiennent la verve des écrivains. 11 faut penser à ces rcqjpresentazioni sacre, émanées du clergé pourtant, élaborées pour l'édification des fidèles, jouées dans la nef même des églises, qui ne craignent pas de tourner en ridicule la prélature, de l'humble frère de l'Observance au cardinal pourpré. 11 faut recueillir dans tous les cercles, dans toutes les classes, dans toutes les villes, les échos de cette raillerie ou de cette indignation qui frappe à la même place, ne se lasse jamais de frapper et témoigne d'une virulence et d'une acrimonie qu'on chercherait vainement en d'autres pays. « Si au sermon, dit san-Bernardino, le peuple souffre de l'ennui, du chaud ou du froid, et que le prêcheur profère ou seulement annonce un petit mot contre les prêtres, contre les prélats ou contre les cardinaux, aussitôt les dormeurs s'éveillent, les ennuyés s'égaient; pour ceux qui souffrent du chaud, la chaleur s'est changée en fraîche rosée; pour ceux que l'hiver tourmentait, à l'hiver a succédé l'été ou le printemps ; on oublie la faim, on oublie la soif^ »

1. « Si populus in sermone ta>dio, calore, seu frigore cruciatur, et praedicator conlra sacerdotes et pnelatos seu religiosos verbulum pro-

Plus on so rapproche de Rome, plus la voix devient acerbe. Les humanistes appelés par la Curie, nommés par la Curie, se montrent sans pitié pour elle; placés comme ils sont mieux que personne pour en connaître tous les défauts. « Dans la curie, dit Poggio, tout est tourné au siècle, et peu de choses sont rapportées à la religion'.» «Dans la curie, ajoute-t-ii, les vices de l'univers viennent affluer, de telle sorte qu'elle en est comme le miroir-. » « Dans la curie, dit Lapo de Castiglionchio, on trouve seulement la superbe, l'insolence, l'avarice, la simulation, la jactance, la gourmandise, la luxure, la perfidie, la lâcheté, la fraude et la fausseté. » « On y vend les églises, dit Accolti, tous le bénéfices, les indulgences, jusqu'à la justice, et il s'ensuit que nous avons des loups pour pasteurs ^ « « Les prêtres, dit Leone-Battista Alberti, sont les hommes les plus cupides du monde ; ils rivalisent l'un l'autre k qui aura le plus, non de ce qu'ils devraient avoir, de la vertu et des lettres ; mais ils veulent surpasser les autres par la pompe et par l'ostentation ; ils veulent de belles montures grasses et ornées ; ils veulent se montrer en public avec une armée de mangeurs ; et de jour en jour, à cause de leur paresse et de leur absence de vertu, leurs penchants se font plus lascifs, plus téméraires et plus inconsidérés''.» Et

ferat, aut annunciet se dicturum, statini evigilant dormientes, affecti tu'dio hiiarescunt, calore insuper iestuanles aut frigore cniciati, in auditu talis obluculionis in rorem eis vertilur calor, in temperiem •'Bstus et in veris aniœnitatem horridum frigus, famés quoque et sitis a menioria evanescunt. » (San-Bernabdiso, Opéra, Lyon, 1650, 2 vol. I, p. 101.)

1. « In ea ad serulum omnia, ad religionem pauca referuntur. » (Por.Gio, Epislolœ, VI II, 29.)

2. « llac in curia multa innotescunt qua? sunt apud alios ignota. Omnium enini vitia hue confluunt, ut sit tamquam spéculum. »

.}. « Prœripua cura est avaritia', cruileiitati, gula', luxuriu! inhîvrere; Ecclesias, Bénéficia, omnia. indulgentias. justilianj ipsam venaiia habere. » (Benf.iif.tto Accolti, Ui<ilv</us de prxstanlia virorum sui œvt. Parme, 1689. p. 14.)

4. « I preti sono cupidissiuii. quali insieme l'un con l'allro "areggiano non chi più abbia. quale ei debba, virtù e letlera, ma vogliono tutti soprastare agii altri di pompa e ostentazione ; vogliono molto numéro di grassissinie e ornatissime cavalcature, vogliono uscire in publico

encore : «Penses-tu que ce soit royal chez un pontife, de se revêtir pour se faire adorer, ainsi qu'un dieu, d'un long manteau de femme, comme en portaient les elîéminés et les luxurieux de Babylone? Penses-tu que ce soit martial de cheminer au milieu d'un bataillon carré escorté d'un long cortège? Et penses-tu que ce soient des préteurs véritables, ceux qui, par lucre, s'intéressent aux affaires de parjures, d'usures, de testaments, de mariages, de territoires et d'églises^?» Gristoforo Landini, fait dire à Leone-Battista Alberti, dans ses Dialogues des Camaldules : «Je suis écœuré, je suis dégoûté de ceux en barrette noire et en barrette rouge. »

Ce qu'il y a de significatif, c'est que la protestation ne part pas seulement du dehors, elle part du dedans. Les cardinaux eux-mêmes s'indignent contre la pourriture d'un monument au sommet duquel ils sont pourtant placés. « Tu exposeras ton fils à un grand péril, écrit, dès le début du siècle, le cardinal Giovanni Dominici, si tu l'envoies étudier chez les religieux et les clercs ; ils sont comme ça, et il y apprendra peu; jadis, avec eux, grandissaient les bons fils, et on faisait les braves gens. Aujourd'hui tout est fumier-. » « Le vrai patrimoine de l'Eglise, écrit le cardinal Giuliano Cesarini, est de gagner les âmes. L'Eglise n'est pas une masse de pierres et de murs. Le Christ ne vous a

con molto esercito di mangiatori ed insieme hanno di di indi voglie per troppo ozio e per poca virtù lascivissiiiie, temerarie, inconsulle. » (Leone-Battista Alberti. Opère volg., II, p. 403.)

1. « Regium in pontiflcibijs esse putes, quod ad instar Babylonuia luxuriosissimorum regum et elfcminatorum, muliebri prœlongo amictu parati sese ut deos adorari patiantur... Ducis autem illud fortassis est, quod agmine quadrato et longo ordine progrediantur... Quos eosdem quoque, si quando perjuriorum, usurarum, testamentorum, matrimonioruni aut agroruui a'diumque sacrarum caussas quiestus sint gratia cognituri, quis tamen veros esse praetores illos dixerit? » i Leone-Battista Albehti, Opéra inedila, pub. par Mancini. Florence, 1890, p. 73.)

2. « Il figlio porrai a gran pericolo se il mandi ad imparare con religiosi o cherici ; son tali quali e poco v'imparerà. Anticamente con questi crescevano i buoni figlioli e facevansi i buoni uomini. Ora ogni cosa è terra.» ^Giovanni Do.minici, Rerfolailel governo di cura familiare. Florence, 1860, p. 138.)

pas fait gardiens de forteresses et de camps ; il vous a fait pasteurs d'âmes ^)) «Ecoute l'Evangile, écrit le cardinal Jacopo Ammanati à Paul II, tiens-la constamment sous les yeux, alors que tu cherches à acquérir de la réputation. »

Laissons de côté la pluie d'épigrammes, de quolibets et de traits sur les moines faiseurs d'oreilles, sur les évoques simoniaques, sur l'ignorance des ordres, sur la charlatanerie du clergé, sur les scandales des couvents. Le chef visible de l'Eglise, le successeur de saint Pierre, est pris directement à partie. Personne ne l'épargne.

« Rappelle-toi, écrit en toutes lettres le pieux Marsile Ficin à Sixte IV, que tu es le vicaire d'un Christ rempli de mansuétude et de douceur. Le divin empire que Christ ta concédé est moins l'empire des armes que des âmes; Christ t'a donné les clefs, il ne t'a point donné le casque et lépée ; il ne t'a point donné la verge pour frapper les brebis égarées; il t'a donné de douces paroles pour les ramener bienveillamment à l'élable. Uieu ne t'a pas fait mercenaire, il t'a fait berger. Et ton troupeau, berger, gît loin de ta vue; il est dispersé parmi les forets et les roches. Si tu voulais lui jeter un regard, tu ne pourrais considérer, les yeux secs, une si grande ruine des tiens. Oh ! douleur, ton troupeau est tourmenté de toutes les maladies et de toutes les misères; partout on accuse le berger, partout on le méprise, et je me plains de ton infamie, et je pleure sur mon infortune... Efface, efface du livre de honte, ton nom que Dieu a écrit sur le livre de vie -. »

1. « Hoc est vorum patrimonitim ecclesiit' lucrifacere animas. Non enim ecclesia est congeries iapidum et murorum. .Non ciistodem vos fecit Christuscastroruni et niijeniutn, sed pastoreiuanimarum. »(-£.\eas- SvLViirs, Opéra, p. 64.)

2. « Mémento esse te Cbristi mansuetissimi clemcntissiniique vicariuni. Divinum tibi Christiis in primis concessit iniperium, non armoruin pra'cipiio sed aninionim. Claves pra-tereu dédit, non galeaiu aut ensem. Son dédit virganj alinuam qua dévias oves percuteres, sed et btanda potius verba, quibus oenigne ad steîbula vocares. Non nierce-

Sannazaro compose cotte épitaphepour la tombe d'Innocent VIII : «11 est juste que les anciens Quirites soient reconnaissants à Innocent : il leur rend une patrie épuisée par sa progéniture'. » Pontano réserve celle-ci à la tombe de Lucrèce Borgia : « Ici gît celle qui fut Lucrèce par le nom, Thaïs par le fait, iille, épouse, bru d'Alexandre 2, » Sur Alexandre Borgia : «Alexandre a vendu les clefs, les autels, le Christ ; il les avait achetés, il pouvait bien les vendre-'.» Et sur la famille Borgia : « La perfidie des Scythes et des Carthaginois, la férocité bestiale d'un Caligula ou d'un Néron, sont dépassés par un Borgia. » Dans un dialogue de Pontano, Caron, le nocher de l'enfer, est représenté charriant, ajournée faite, des papes et des prêtres. « Quoique, dit-il, je passe chaque jour des hommes de toute sorte et de tout rang, je ne vois personne qui soit marqué de signes plus infâmes! — En effet, lui répond Mercure, personne n'est moins soucieux que ceux-ci de la véritable religion; leur grande atfaire est d'augmenter leurs biens domestiques, d'amasser de l'argent et de s'occuper à engraisser leur ventre ; et quoique tous soient avares, personne ne mange plus grassement, personne ne s'habille avec plus d'élégance'*.» «Le

narium te Dominus constituit, sed pastorem... Latet oculos tuos grex tuus, o pastor, sylvis rupibusque dispersus. 0 iitinani hune parumper aspiceres, non enim posses cladeni tantam ociilis siccis aspicere. Proh dolor, grex tuus omnibus undique morbis malisque vexatur. Passini incusatiir pastor, passini vituperatur... Ilinc infaniiam tuam dnieo, hinc lugeam meam niiseriam... Dele de infamiie libro noinen tuuni, jamdiu scriptum a Deo in libro vita». » (Marsiuo Ficino, Opéra, p. 108.)

1. « Innocuo priscos a'qnum est debere Quirites. Progenie exhaustam restituit patriam. »

2. « Hoc tuniulo dormit Lucretia nomine, sed re Thaïs, Aiexandri filia, sponsa, nurus.

3. « Vendit Alexander claves, altaria, Christum ; Emerat ille prius, vendere jure potest. »

4. « Quamquam ex omni hominum numéro atque ordine quos ipse quotidie transveho fœdioribus compunctum notis video neminem. Mekcirus. Nulli de vera religione sunt minus soliciti, quippe quorum studiorum est ampliare rem familiarem, congerere pecuniaui atque in saginandis corporibus occupari ; et cum nimis improbe avari sint omnes, nemo cœnat lautius, nemo vestit elegantius. » (Poxt.^no, Opéra, p. 1157 )

l'église iOl

pape, écrit Lorenzo Valla, n'a pas seulement trafiqué de la chose publique, ce que ni un Verres, ni un Catilina, ni aucun spéculateur n'aurait osé faire, il trafique de la chose ecclésiastique et de l'Esprit-Saint^ » Valla ajoute : « 11 n'y a plus de religion, plus de sainteté, plus de crainte de Dieu; et ce qui est horrible à rapporter, les impies s'excusent de tous les crimes par l'exemple du pape '. » Plus loin : « Avec Esaïe et Paul, nous pouvons dire au pape et à l'entourage du pape : Le nom de Dieu est blasphémé parmi le monde par votre bouche-^ ! » Plus loin : « Nous en attestons Dieu, que c'est l'injure qui nous a été faite qui nous force à nous révolter comme jadis Israël se révolta contre Roboam. Et quelle fut cette injure? Une fraction seulement du malheur qui nous atteint : payer de plus lourds impôts. Qu'en serait-il si notre république était épuisée? Tu l'as épuisée. Si nos temples étaient pillés? Tu les as j)illés. Si les vierges et les mères étaient violées? Tu les as violées. Si la ville était inondée du sang des citoyens? Tu l'en as inondée. Pouvons-nous continuer à supporter ces choses? Ah ! si tu désirais être notre père, nous n'oublierions pas d'être tes fils! C'est comme père, souverain pontife, ou, si tu préfères, comme maître, que ton peuple t'a appelé, non comme ennemi et bourreau^. »

Il sérail superllu de grossir la liste de ces injures, qui

1. « Papa non modo rem publicam. quo<l non Verres, non Catilina, non (niispiam peculatur anderet, sed eliam rem ecclesiasticani et Spiriluni sanclum qua^sliii habet. » (Lome.nzo Vali.a. Opéra, p. 794.)

2. « Nnlla itai|ne unquani relij;io, nul la sanclitas, nullus doi tinior, et quod refcrens quoqne horrcsco, omnium sccicrum impii homincs a papa sumunt excusationem. » {Ih.)

.i. « Cum'Ksaïa et Paulo, in papam et papa' proximo dicere possumus : Nomen Dei per vos blasphematur inter génies. » (Ih.)

i. « Deum testaniiir, injuria cogit nos rebellare ut olim Israël adversns Hoboam fecit. Et qua- tanta fuit illa injuria, quanta portio nostra* calamilatis fj;raviora solvere tributa?Qui(lenim sirempublirnm noslran» exhaurias ? Exliausisti. Si tiMupla s[)olias ? Spoliasli. Si virginibiis uiatribusque familia' stuprum inferas? In'rlisti. Si urbcui sanguine civili perfmidas ? Perfundisti. Ha'c iiobis sustinenda sunt ? An potius, si tu nobis pater esse dcsieris, nos fjuoque (iiios esse oblivisceinur ? Pro paire, Smume ponlircx. nul si hue te uiagis invat pro domino, hic te populus advocavit, non pru hoste atquc carnilice. » (Ih.)

émaillent toute la littérature quattrocentiste et qu'à la lin du siècle Savonarole résume avec remportement du génie. Elles sont connues; elles sont banales et se répètent. Elles disent impertubablement la même chose, et les protestants trouveront peu à y ajouter. Car Luther a beaucoup moins innové qu'on a cru, n'ayant fait que ramasser en Italie des idées qui traînaient par terre, et auxquelles la dogmatique réformée ne vint s'adjoindre que plus tard. I^e conteur Masuccio voudrait supprimer le Purgatoire. Le pape Pie II est pour le mariage des prêtres^ Le savant Galateo, dans son dialogue de VHercmila^ n'admet d'autres sources que les Evangiles, combat les subtilités de la scolastique inutile, refuse à l'Eglise le droit de condamner'. Et Lorenzo Val la lance contre le pouvoir temporel son fameux livre de la Donation de Constantin, que publiera Ulrich de Hutten,

Seulement, tandis que les protestants rompent nettement et ouvertement avec l'Eglise, les Italiens s'y accommodent et prétendent seulement l'améliorer. L'Eglise catholique, le dogme catholique, la fonction éminemment cultuelle et pratiquante de la religion leur conviennent, sont faits pour eux, sont faits par eux; et s'ils voient les tares et les déchets du système, ils songent à le réformer, non à le détruire. Il faut remarquer que jamais, d'aucun pays de l'Italie moderne, il n'est sorti une hérésie viable. Il n'en est sorti qu'une protestation.

Au Quattrocento, cette protestation est si valide, si unanime, élève si haut la voix et l'élève si librement qu'elle montre combien l'Eglise est déchue de sa prétention à la dictature des consciences. Elle n'a pas seulement perdu le gouvernement des âmes ; elle a perdu

I. Cette opinion fait un tel chemin que. sous Sixte IV, parait un livre intitulé Conira Impugnalorem celibatus et castilalem presbylorum.

•1. Sur YHeremila de Galateo et ses conformités avec la doctrine protestante. V. E. Gothein, Die Ciillur-Enlwickelung Sud-Italiens, Breslau, 1886, p. 462.

le gouvernement des esprils, La doctrine la préoccupe moins que les intérêts de Rimini ou de Faënza, et si elle s'inquiète, ce n'est pas d'une pensée trop libre et trop téméraire, c'est d'une foi trop exacte. Celui qu'elle brûle, ce n'est pas Lorenzo Valla, c'est Jérôme Savonarole. A Rome, on est libre. On peut croire et agir comme il vous plaît. Filelfo aimait Rome pour l'incroyable liberté qu'on y pouvait trouver : Increr/ibilis quaedam hic libertas est^ disait-il. Et la preuve frappante est que Lorenzo Valla qui a insulté le pape, attaqué le pouvoir temporel, ravalé Aristote, raillé les ordres, et dont toute l'œuvre et toute l'existence jettent l'anathème à la papauté, non seulement vit à Rome, mais y vit vanté, acclamé, assuré, professeur, chanoine et curial. Regardons dans ce siècle grouillant d'idées et de germes, où tout est remis en question, où l'humanité intellectuelle recommence à nouveaux frais, où la scolastique est tombée, où la théologie devient platonicienne, où l'esprit critique est fondé, les entraves que l'Inquisition cherche à apporter à une pensée, qui chaque jour se libère, s'affranchit, gagne en hardiesse et en insolence. Moins que de persécutions, il s'agit de quelques tentatives isolées, sans portée comme sans lendemain. Si Paul II enferme et torture les membres de Y Acadéinie romaine^ il est surtout poussé à cette résolution par un mobile politique, sévissant moins contre des païens que contre des conspirateurs; et d'ailleurs, à peine le procès instruit, relàche-t-il Platinaqui devient préfet de la Vaticane et relàche-t-il Pomponio Leto, qui est réinstallé dans son enseignement. Si Sixte IV, ému par des quérimonies de moines, consent à examiner le médecin de Narni, Galeolto Marzio, qui, dans son livre, Vulgo de incognUis^n soutenu quelques hérésies de la pire sorte, il accomplit en quelque sorte un acte de condescendance, et Galeotto Marzio est libéré par lui, comme Leto l'avait été par Paul IL Enfin, si Innocent VIII défend à Pic de la Mirandole de publier

ses neuf cents thèses et le fait arrêter en Dauphiné et emprisonner à Vincennes, il est à remarquer que le jeune comte lui a ouvertement désobéi, qu'il trouve en Italie, dans la Florence du Médicis, la sécurité que la France lui a refusée et qu'un des premiers actes du successeur d'Innocent VIII, Alexandre VI est de lever la condamnation dont ses conclusions restaient frappées^

Ces quelques velléités de rigueur ecclésiastique, éparpillées dans un siècle comme le Quattrocento, font d'autant mieux ressortir l'esprit de tolérance ou plutôt d'indifférence, dont l'Eglise est animée à l'égard d'une pensée, dont nous nous proposons, dans ce livre, d'étudier la manifestation littéraire.

1. Léon Dorez et Louis ïhuasne, Pic de la Mirandole en France Paris, IS'JT.

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