Sonati sono i corni
D'ogni parte a ricolta :
La stagione è rivolta, Se tornerà non so. ma credo tardi. »
Au début du Quattrocento, l'àme italienne subit une diminution, parce qu'eUe éprouve une fatigue. EUe a, dans les quelques siècles qui viennent de s'accomplir, tant lutté, tant rêvé, tant produit! Elle a Henri d'une végétation si luxuriante ! Elle a brillé d'une lumière si radieuse! Le moment titanesque de l'Italie, son moment épique, n'est pas la Renaissance; c'est la lin du moyen-âge. c'est l'heure levée avec le xii* siècle, qui fut toute remplie d'efforts grandioses et de créations sublimes, qui a fait la commune, qui a fait la ligue lombarde, qui a bâti les cathédrales, qui a peuplé l'univers de comptoirs, qui a donné à la pensée un saint Thomas d'Aquin, au christianisme un saint François d'Assise, à la papauté un Innocent III, à la poésie un Dante, à l'érudition un Pétrarque, à l'art un Boccace et un Giotto. Qu'on réfléchisse à la somme de vitalité, au jaillissement de substance humaine qu'il a fallu, pour créer à quelques lieues de distance, ces génies et ces géants! Qu'on rélléchisse aux efforts inédits, aux forces inconnues, au travail obscur, perdu pour la gloire, qui dut s'accumuler pour les permettre! Nous voyons les cimes brillantes : qu'on songe à l'espace de montagne qui les enveloppe!
L'humanité sort brisée d'une pareille dépense. Il est lemps qu'après autant donné, l'esprit récupère. Il est lenii)s qu'après avoir autant agi, il se repose. Et l'humanité se repose chez les humanistes.
D'autant plus que les prédécesseurs immédiats des humanistes, Dante, Pétrarque, Boccace, n'avaient pas été que des artistes et des poètes. Ils avaient été encore, ils s'élaient glorifiés d'être surtout, des savants. Ils avaient écrit des vers en latin. L'antiquité, allumée devant leurs yeux comme un phare, mar(}uait, selon eux, la route nouvelle. Elle représentait le modèle imprescriptible et la beauté indiscutable. Déjf» méprisai(Mit-ils leur univre vulgaire qu'ils considéraient comm«» un accident dans I histoire de leur pensée et
110 LE QUATTROCKN'TO
comme une concession accordée à la nuit des temps. Dante, s'il n'avait point songé, comme on l'a prétendu, à écrire sa Comédie en latin, avait, après cette Comédie, écrit en vers latins ses Eglognes. Pétrarque appelait ses sonnets des bêtises. Boccace rougissait comme d'une honte de ses contes. Le Quattrocento, incapable de concevoir une Béatrice, de chanter une Laure, de conter une Griselda, composera des Africa, des Genealogia deorum, des compilations. Essoufflé comme un homme qui a trop chanté, il reprendra haleine en écoutant les chansons des autres. Epuisé, énervé dans sa force créatrice, il se restaurera dans l'étude. Ceux que Salutati appelait les « triumvirs » avaient été à la fois fourmis et cigales; le Quattrocento ne sera plus que fourmi. Les triumvirs avaient amassé pour eux-mêmes et transformé inconLinent le butin amassé en monuments de jeunesse et de vie : le Quattrocento amassera pour l'avenir. 11 accomplira en un siècle, mais avec plus de sûreté et de profit, ce qu'unhommedeTrecento accomplissait génialement en une vie, et pour le livrer aux poètes de demain, petitement, patiemment, miette à miette, il recueillera, cataloguera et disposera sur des tablettes ordonnées et accessibles, le glorieux héritage du passé.
Cependant l'antiquité, que le Quattrocento va restaurer, n'avait jamais disparu de l'horizon intellectuel de l'Italie'.
Durant tout le moyen âge, le latin littéraire avait été cultivé et enseigné, non seulement dans les écoles ecclé-
1. Muratori, Antichilà italiane, Munich, 1765,3 vol. — Giesebrecht, De litlerarum studiis apud Halos primis maediiœvi seculis, Berlin, 1845. — Ozanam, le Scuole e l'isiruzione in llalia nel medio evo (traduction italienne, Florence, 1895j.
siastiques, mais dans les écoles privées. En l'an 1000, s'il en faut croire le chroniqueur frani^ais Glaber, un grammairien de Ravenne, du nom de Vilgardo, voit en rôve les démons, sous la forme des poètes Virgile, Horace et Juvénal, se présenter à lui et lui rendre des grâces infinies du culte qu'il leur voue ; « et il commença à enseigner fastueusement des choses contraires à la foi, et il assurait qu'il fallait croire en tout les propos des poètes* ». Au xi" siècle, le péripatéticien Anselme, obligé, dans l'angoisse d'une vision, à choisir entre la compagnie des Muses et la compagnie des Bienheureux, opte pour la compagnie des Muses. Vers la même époque, le poète de cour Wippo exhorte l'empereur Henri III d'imiter l'Italie, qui travaille, étudie, fréquente les gymnases : « Au sortir de la petite enfance, écrit-il, il n'y a pas d'Italien qui n'observe ces usages, et toute la jeunesse est envoyée suer dans les écoles*. » Et le mouvement est si général, si évident, que l'Eglise, prise d'inquiétude comme au temps où le pape Grégoire condamnait dans la môme bouche l'éloge simultané de Jupiter et de Christ, élève la voix et proteste ; que l'évéque de Vérone, Raterio, s'irrite contre certains docteurs qui prennent leur sottise pour la vraie science et préfèrent les fables antiques à l'histoire sacrée; que l'évéque de Mantoue, Gumpoldo, condamne avec véhémence ceux qui, négligeant les lettres divines, s'adonnent aux sciences profanes ; que Pierre Damien s'aperçoit tristement « que les moines, moins curieux des règles de saint Benoît que des règles de Donalo se précipitent avec insolence parmi l'auditoire théîitral des grammairiens et soulèvent de
i. « Cœpit raulta turgide docere fidei contraria, dictaque poetarum per omnia credenda esse asserebat. »