Aligliore. Firenze illuslrala. Florence, 1821. I
LA SIGNORIR 7
Un grand cœur composé de l'àme de citoyens unis ensemble en un seul vouloir, tel l'organisme social. II n'y avait pas plusieurs têtes pour dominer la foule et la réduire à leur horizon; il y avait un seul cœur l'ug^ueux et fort qui battait à grands coups. Tous voulaient la môme chose, et ils la voulaient d'une mc'rae volonté unie. VA si la cité était divisée eu factions et en fractions innombrables, ces factions et ces fractions savaient, au temps voulu, oublier la rancune et s'accorder devant l'effort. « Ceux qui s'appelaient guelfes, conte Malespini, aimaient l'Etat du Pape, et ceux qui s'appelaient gibelins aimaient lElat de l'Empire; mais, néanmoins, tous poussaient au bien commun, et le peuple se maintenait dans l'unité et le bien de la République. » Lorsque les cloches de la République sonnaient a parlamento, les citoyens revotaient leur Ikcco de laine rouge et s'en allaient sur la place conseiller l'Etat de leur prudence et d'un sens politique si développé et si universellement répandu qu'on peul, dès 1325, tirer les magistrats au sort. Lorsque les cloches de la République sonnaient l'alarme, les citoyens se groupaient autour du Caroccio, où lloltait l'étendard de la commune, où battait le tocsin de la commune, que des bœufs traînaient jusqu'au centre de la bataille, et ils allaient rougir de leur sang le fleuve Arbia. Lorsque la République projetait quelque édifice, elle conviait chaque citoyen à se prononcer sur la maquette et le devis du monument à construire. Et ces monuments, bâtis par l'intérêt de tous, étaient bâtis pour l'utilité de tous : c'étaient des murs d'enceinte, des canaux, des hôpitaux, des hôtels de ville, des églises. La beauté, comme la politique et la guerre, représentait l'œuvre commune.
La joie était publique. Le riche offrait au peuple le spectacle de ses fêtes de famille qu'il célébrait non dans des salles closes, mais dans des logyif^ ouvertes à l'air du ciel et ?iu coudoieipent dç la rue, C'était sur \tà,
place que les femmes dansaient, que les jeunes gens entraient au tournoi, et qu'au temps du printemps qui réjouit tout le monde, une bande joyeuse de mille individus, revôtus de rol)es blanches, guidés par le seigneur Amour, demeurait deux mois de l'année 1283 en festins, banquets, cavalcades, invitations, soupers et dîners K
Le travail restait la loi sacrée. Personne mieux que Florence n'en comprit la grandeur et n'en sanctifia le bienfait. Elle l'ennoblit : chez elle, un métier s'appelle un art. Elle l'imposa : pour naître à la vie civile, il faut être né a la vie laborieuse. Les grands et les nobles, s'ils méprisent le commerce, sont du moins contraints à en porter l'étiquette et à s'inscrire dans une corporation. Qui ne travaille pas, n'est pas. Aussi, du haut en bas de l'échelle, chacun travaille : lorsqu'on s'approche, on sent comme un bourdonnement de ruche immense.
Ainsi Florence, bâtie en granit au nom de Dieu.
Alors, devant ces vertus rigides de religion, de concordance dans le bien faire et le bien vouloir; devant ces mœurs frustes qui identifient, aux pieds de l'Eternel, un peuple de citoyens vêtus de poil et de femmes au front lissé d'eau ; et devant « ce vivre de citoyens si reposé et si beau, et cette bourgeoisie si fidèle, et cette hôtellerie si douce- » que les délices du paradis n'en avaient point fait perdre le souvenir à Cacciaguida, on se prend à songer d'une humanité héroïque, grande comme une épopée.
Quelqu'un l'écrivit : ce fut Dante.