‹ Le quattrocento (volume 2)Chapitre 35 sur 77 · Valla, Anlidolum m Poggium · texte numérisé non relu

Valla, Anlidolum m Poggium

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Mais les hommes qui ne venaient pas pour lire, encofô qu'ils fussent les plus considérables et les plus distingués, étaient exclus. La lecture finie, on apportait à boire au roi, selon la coutume des rois d'Espagne. De sa main, le roi distribuait au précepteur soit des fruits, soit des sucreries, et, après que les courtisans avaient bu, une question, le plus ordinairement de philosophie, était proposée aux disciples. Certains hommes des plus savants et des plus illustres étaient présents, et le bruit de ces conversations très suaves et très honnêtes se prolongeait jusqu'à la septième heure. Alors chacun regagnait sa maison, joyeux et rempli de la bénignité du roi*. »

Pour louer et exalter un prince aussi magnanime, tous rivalisent. Valla écrit la Vie du père d'Alphonse; Beccadelli, la Vie d'Alphonse ; Fazio, la Vie d'Alphonse ; Porcellio, le Triomphe d'Alphonse et la guerre des Vénitiens, alliés d'Alphonse avec Milan. Les belles périodes latines se déroulent au soleil. Les invectives éclatent. Toutes les activités de l'humanisme sont en jen. Et si ce premier groupe est un groupe d'occasion, de passage et d'étrangers, — Valla est Romain, Fazio, Génois, Manetti, Florentin, — Beccadelli demeure à Naples et en détermine le climat intellectuel.

Antonio Beccadelli, dont on ne saurait, selon Valla, prononcer le nom sans demander excuse, était né, en 1394, à Palerme; d'où cette appellation qui lui demeura : le Panormita. De Palerme, il avait mené

1. « Memini quum aliquando Messanae Virgilium legeremus; pueros vel humilissiniiB conditionis, qui discendi animo accédèrent, usque interiorem lociuii, ubi post cœnam legebatur edicto régis, oinnes admisses fuisse, exclusis eo loco, ea hora, amplissimis atque ornatissiinis viris, omnibus denique qui legendi causa non adessent. Finita vero lectione, potio Hispanise régi regum more oEFerebatur. Ministrabat rex sua manu preceptori ipsi, seu poma, seu confectiones zaccharias. Condiscipuiis vero, purpuratorum, maxime post potionem, qmestio proponebatur, ut piurimum philosophife. Aderant quidam doctissimi atque clarissimi viri ; extendebatur vox suavissimis atque honestissimis coilocutionibus usque ad horam septimam. Exinde suam quisque domum repetebat, lœtus et régis gratia, et benignitatis plenus. » (Antonio Beccadelli, De Diclis et Faclis Alphon$i régis. ; IV, 18.)

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une existence d'étudiant vagabond, courant les Universités sans rien faire, dépensant ses florins et ses années : à Sienne, à Pistoie, à Florence, à Padoue, à Bologne, à Pavie; à trente-deux ans, il s'asseyait encore sur les bancs de l'école. A Sienne où il était arrivé on 1420 et où il avait trouvé, avec ^neas-Sylvins et Giovanni Marrasio, toute une bande d'écervelés qui aimaient le vin, l'amour et les lettres latines, il avait composé son petit livre de Y Hennaphroditus qui, à proprement parler, célébrant la sodomie, le rendit célèbre, le fit appeler à l'Université de Pavie et lui valut une acclamation si unanime qu'un charlatan, s'étant donné pour lui, fut publiquement baisé par le podestat de Vérone'. De Pavie où il resta de 1429 à 1435, menant joyeuse vie, flânant, riant et datant ses lettres rapides et accortes ex mediis poculis^ il avait passé au service d'Alphonse d'Aragon et était entré avec Alphonse d'Aragon a Naples, en 1443. Et ce Sicilien voluptueux se reconnut si bien et se complut si fort dans cette ville de beauté qu'il n'en bougea plus jusqu'à sa mort.

Devenu très vite un gros personnage, marié richement avec Laura Arcelli, heureux dans sa famille et dans sa villa, il jouit de la vie douce près de la baie divine. Il lit au roi une page de Tite-Live ou de César, lui fournit un renseignement savant, lui compose une lettre ou un distique, et, à temps perdu, il compulse les gestes de sa vie en un livre d'anecdotes et de détails, fait de petites touches et de petits chapitres, qu'on peut reprendre et abandonner à sa guise. D'agréables amitiés alternent avec ces occupations reposantes. Aurispa, Poggio, Filelfo, témoignent à Beccadelli une admiration d'autant plus empressée qu'elle peut leur être davantage utile, et envers eux il se montre bon prince, puisqu'envers lui son roi se montre bon roi. Il pose des questions érudites à la jeunesse qui l'entoure, fait des

1. Rosmini, Viln e Disciplina di Guarino Veronese e di suoi discipoli. Bresria, 1805, 2 vol. vol. ; 11, p. 43.

bons mots, fredonne des chansons, baguenaude dans la rue et, vieillard souriant, aimable et gracieux, il meurt à soixante-quinze ans. « Qu'y avait-il, écrit Pontano, de plus charmant qu'Antonio dans les choses joyeuses, de plus agréable dans les choses âpres et troublées^?» Et s'il n'a laissé qu'une œuvre écrite qui tient dans la main, son Hermaphroditus^ son livre sur Alphonse, quelques lettres, il a laissé plus et mieux, un exemple, des élèves et une académie. Ce qu'Alphonse avait fait avec son argent, Panormita le fit avec son talent. A son arrivée à Naples, il n'avait trouvé, dans cette ville illettrée, ni César, ni Tite-Live, ni Lucrèce, ni Térence. Lorsqu'il mourut, Pontano et Sannazar étaient nés.

Giovanni de Ponte — en littérature et en diplomatie Gioviano Pontano — naquit, le 7 mai 1426, à Cerreto, petite ville de l'Ombrie. Sa famille était noble et nombreuse. Lodovico Pontano est un jurisconsulte de renom. Ottavio Ponlano est employé à des ambassades par Pie 11. Tommaso Pontano enseigne les lettres latines au Florentin Piero de' Pazzi, et Jacopo Pontano, son père, est citoyen riche, beau et influent 2. Ce dernier étant mort dans une émeute, sa jeune veuve Cristina se transporta avec toute la famille à Pérouse et se montra, pour ses nombreux enfants en bas-àge, une mère remplie de sollicitude et de tendresse. Elle suivait les études de ceux-ci et les excitait au travail par des apologues et des récompenses. Elle disait à Giovanni : « Je t'avais promis une tartine de miel dans l'espoir que tu serais le premier au concours de littérature. Tu reviens battu. J'enverrai ce que je t'ai promis à celui qui t'a surpassé 3. ') Ou bien : « Il y avait un père qui avait deux

1. « Quid enim erat Isetis in rébus Antonio jucundius?Quid rursusin turbatis atque asperis gratins? » (Pontano, Opéra, p. 1197.)

2. Carlo Maria Tallarigo, Giovanni Pontano e i suai tempi. Naples, 1879, 2 vol. Vol. I, p. 3 et sq.

3. « At ego meliitum tibi edulium paraveram, quod sperarem te victorem literaria e concertatione rediturum. Redis victus? Quod igitur tibi paraveram, ad eum sum, qui te vicit, missura. » (Pontano, Opéra, p. 1739.)

fils et qui leur laissa, outre beaucoup d'affaires, une bonne quantité d'huile pour les employer à des œuvres nocturnes. H arriva que l'un d'eux, ayant consommé toute l'huile dans les banquets et réjouissances, se réduisit brièvement à la misère, tandis que l'autre, usant l'huile dans ses lectures de la nuit, se procura une grande richesse. C'est pourquoi on commença à chanter d'eux par la ville : l'un s'est perdu et a perdu son huile en banquetant aux lumières, l'autre s'enrichit et enrichit son coffre en lisant à la lampée » A Pérouse, où Pontano connut peut-être Gabriele Altilio et eut pour maître Guido Vannucci de Trasimène, l'enfant apprit le rudiment avec des grammairiens dont il ne semble pas avoir gardé bonne mémoire. « Ci-gît Pasquale qui enseignait la grammaire et qui, ne sachant rien, m'enseigna petit enfant ignare. L'inepte Melchior lui succéda et à lui Cataldo. C'est à peine si un seul tombeau peut supporter ces trois hommes. L'un vaut par ses poings, l'autre à la lutte, l'autre, en criant, surpasserait les grues et les canards. Muses, passez-. •) De Pérouse enfin, le jeune homme prit son vol pour le vaste monde. En 1447, il arrivait à Naples et comme Panormita, il n'en devait plus bouger.

Il y a chez Pontano deux hommes superposés, tous

1. « Narrare quoque solila est Christiana mater, cum noctu adolescentiilus lectitareui arl randelam. extitisse patrcm familias, ciii peitiini cssent lilii. inorientemque illuin. tiim supcilectileni multuin illis reliquisse, tuin ulei non modiocreni suiiiinaiii. qiio nocturne uterentur ad opéra, tencbrasque evigjlandas. Altcriini itaque ex iis in conviviis ac cœnis oleuni consumpsisse, exqiie eo brevi in inopiaui redactum. AUerum vero dédisse operam litleris, oleoqiie nocturnis in lectionibus usus quod esset, pervt-nisse ex eo ad summas divitias. Ca'ptuui ipiliir cantari per urbeni de utroque hujusmodi carmen : Ilic oleuni et se perdit, dum ad candelas cenitat ; iiie arcani et se ditat, dum ad lucernas lectitat. » (M., p. 1117.)

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