Paschalis jacet hic, docuit qui grammata, meque
Instituit puerum nescius inscioluin, Melchior huic succçssit ineptus, et inde Cataldus,
Très hos vix unus ferre potest tunuilus. 111e valet pii^^nis; est aller robore luctiP,
Hic ciainore grues vicerit atque anates. lie procul Musie... >
{Ibid., p. 3406.)
Ô04 LE QUÀTtKOCËNTÔ
deux célèbres, mais bien distincts, le diplomate et le poète.
Accueilli à Naples par le trésorier royal Giulio Forte de Messine, qui le recueille dans sa maison, par le secrétaire d'Etat Giovanni Olzina, qui l'introduit à la chancellerie royale, par le conseiller Antonelli Petrucci,qui l'introduit à la cour, Pontano fournit une carrière politique des plus brillantes. Le roi Alphonse étant mort en 1458, ils devient le principal accolyte de son successeur au trône Ferrante d'Aragon, son compagnon dans la guerre contre Jean d'Anjou, son conseiller, son confident, son secrétaire; en 1487, son premier ministre. Sa vie se confond avec la vie publique. Il n'a point d'histoire ou du moins son histoire est celle-là même du royaume, de ses campagnes, de sa diplomatie, de sa cour. Il a assisté à la bataille d'Otrante. Il a négocié la paix de Naples avec Venise. Il anégocié la paix de Naples avec Innocent VIll. Il parle haut et clair. « Ne vous faites pas brebis, mande-t-il à F'errante d'Aragon, parce que les cochons deviendront loups. Ne vous fiez pas tellement à Dieu, parce que Dieu ne t'aide pas sans que tu t'aides. Ne veuillez pas enfin vous donner tout à la fortune, parce qu'elle a la coutume de tromper, et parce que les hommes ont en bonne partie leur libre arbitre'. » Les archives royales sont remplies de ses lettres, marquées au coin de la décision, du bon sens, d'une vue politique nette et saine. C'est un homme public, un homme d'Etat, une sorte de ministre des Affaires étrangères, et cela au premier chef. Entre temps et pour ainsi dire en sous ordre, c'est un humaniste.
Il n'a pas que trouvé des diplomates, des conseillers et des chanceliers à Naples; il a trouvé Beccadelli, qui
1. « Non vi fate pecora, perché li porci diventaranno lupi. Non fidate tanto in Dio, perche non te aiuta senza te, in li casi dove Tuornini se ponno ajutare. Non vogliate ail' ultime darve tiitio a lortuna, perché sole ingannare e pur liuoiiiini hanno inbona parte lo libero arbitrio. » {Letlere inedife di Joviano l'ontano lu nome de' lieali di Napoli, pub. par Gabotto. Bologne, 1893.)
lui a donné l'exemple de la hardiesse littéraire; il a trouvé Georges Trapezuntios, qui lui apprend le grec; il a trouvé la fièvre d'études répandue par Alphonse. Il a compris que les lettres latines sont un excellent échelon de fortune. Il s'y est adonné avec l'exubérance et la joie de sa jeunesse, de telle sorte qu'à vingt-quatre ans il se vante d'en savoir plus long que ceux qui ont vieilli sur les livres. Il peut non seulement diriger le roi Ferrante, mais faire l'éducation de l'infant Alphonse, réjouir une compagnie de poésies, discuter en une académie d'érudition. Et pour se reposer des affaires, peut-être bien pour les oublier, il écrit constamment jusqu'à la fin, jusqu'à sa mort, entre deux dépèches, deux ambassades et deux campagnes, avec la facilité et l'indépendance de celui qui ne fait pas de l'écriture son métier.
Au demeurant, c'est un caractère heureux, souriant, sachant prendre les choses comme elles viennent, se plier aux nécessités de la fortune, se maintenir en santé par l'équilibre d'une vie d'action dirigée dans tous les sens. Il est illustre, grand seigneur, opulent. Lorsqu'il entre dans la tente d'Alphonse, qui cause, entouré de ses généraux, celui-ci se lève et dit : « Le maître! » Il a des rentes sur la douane, des boutiques, un palais et une villa charmante, Antiniana. Son nom est inscrit sur le livre de la noblesse. Son maître Beccadelli s'incline devant son savoir : Ite ad Joviamtm, répond-il à ceux qui l'interrogent. 11 est marié. Il est père. H a toutes les joies, des satisfactions si complètes que l'adversité ne peut rien sur une àme aussi absolument résolue au bonheur. Sa femme Adriana Sassone meurt ; eh bien ! il se console de ce chagrin irréparable dans les bras de sa maîtresse Stella. Les Aragons, qu'il a servis pendant cinquante ans, sont chassés de Naples par les Français ; eh bien ! il remet au Bourbon les clefs de la citadelle, assure Charles Vlll de la révérence du peuple napolitain, jure fidélité au roi de France dans la cathé-
drale^ Les Aragons reviennent: il jouit d'être éloigné de la cour dans la paix de la campagne. Il est vieux, solitaire, porte des lunettes ; il jouit encore. « La vie m'a privé de mon fils, de chers petits enfants ; mais elle ne m'a pas privé de la force de l'esprit et de l'âme. Elle m'a privé d'un gendre, non de l'esprit et du cœur, j'ai perdu deux rois, éclat de l'univers, j'ai perdu la compagne de ma demeure, la maîtresse de mon lit, la meilleure part de mon âme ; mais le fracas de la guerre, la tempête des Alpes, la fureur française, ne m'ont point brisé. Nous rions des injustes embûches de la fortune. Bien mieux nous oublions les conjonctures pénibles et la vieillesse malheureuse avec la poésie et les modes des Piérides. Nous regardons près des eaux fraîches du Sébéthus jouer les Naïades accouplées et les jeunes filles, mouillées à la fontaine de Lucrin, nouer savamment leurs tresses blondes au miroir. Anliniana nous appelle dans ses verles retraites; l'enfant caressante nous appelle à cueillir les premières roses... Ici, parmi les corolles variées des Heurs variées, Stella lace doucement des couronnes à son amoureux". »
1. Sur la question du loyalisme de Pontano, voir Tallarigo, Op. cit., vol. 1, p. 210. — Gothein, Op. cit., p. 539. — Torracca, .S72/f/« di slor. letl. nap , Livourne. 1884, p. 301. — Percopo, Propugnatore, Bologne, 1888. N. S. Vol. 1, p. 1. — Rossi, Op. cil., p. 339.