Rossi, n Quatlrocenlo, Milan, 1897, p
2. Voir G. Voipt, Die Wiederbelebiinr^ des klassischen Allerl/nims, II, liv. vil, chap. V;
l'école de l'antiquité 239
A les regarder dans leur ensemble, ce sont autant de variations plus ou moins fidèles et plus ou moins mélodieuses sur le thème de Plutarque, traduit en latin par Guarino, et sur le thème de Quintilien, découvert par Poggio, à Saint-Gall. A la vérité, pour les humanistes, l'éducation est surtout une institution oratoire. Leurs livres pourraient porter le titre générique de celui de Niccolô Perotti, De pueroi'um ei'uditione.
Mais à part ces livres, les humanistes ont encore ouvert des écoles. Trois de leurs écoles furent particulièrement renommées au Quattrocento. Si nous savons peu de chose de celle de Gasparino da Barzizza qui, entre 1407 et 1422, tint à Padoue une sorte de collège privé, celles de Guarino de Vérone à Ferrare et de Vittorino de Feltre à Mantoue nous sont beaucoup mieux connues.
Guarino avait cinquante-cinq ans, lorsqu'en 1429 il fut appelé par Niccolô d'Esté à Ferrare où il semble avoir fait trois choses : entrepris l'éducation du jeune marquis Lionel, ouvert une école particulière et professé à l'Université, aux beaux appointements de quatre cents ducats ^
Sans doute que, dans son système d'éducation, Guarino fait une large part aux exercices physiques. 11 veut qu'on chasse : Xénophon recommandait la chasse. Il veut qu'on joue : Alexandre et Scœvola jouaient bien. 11 veut qu'on se promène, car « Scipion et Lélius allaient sur la plage de Gaële recueillir des coquilles d'huîtres et accomplir mille folies- ». Il veut qu'on nage ; combien d'illustres personnages de l'antiquité nont-ils pas su nager •^? Quelquefois toute l'école j)art pour la campagne, et la foule des élèves autour du vieux
1. Sabbadini, /.a Scuola egliSludidi Guarino Cuarini. Catane, 1S9G, p. 26.
2. Clarissimos homines Scipionein et Lfplium iinitans quos per interluissas reipiiblic!!' curas et onera isto more rusticari solitos et in C^iietu' littore conchiilas iuiibilit'os(|ue jactnsse feriint. » {Ih.. p. 208.)
3. « Nain ah re et inniitm-rnbiles superiuris et hujus letalis pcrniultos principes natandi perilissimos aut vides uut legis. » (//>., p. 2U7.)
maître est si nombreuse que « tu aurais dit un essaim d'étourneaux et de sauterelles ». Un jour, Guarino se rendant de Padoue à Venise par voie d'eau emmène avec lui ses disciples, Barbaro, Giustinian, Giulian ; sur la barque, la bande joyeuse avise un vieux maître d'école, l'entoure, le houspille, le fait jaser, s'amuse sur son dos; et la plaisanterie termine par une savante dissertation du ni(mera7neIio7'e lapillo du poète Perse ^ Le spectacle est charmant : il est dommage que le mimera meliore lapillo arrive toujours. Guarino reste un humaniste. Il a beau proclamer la gymnastique qui profite à l'étude et la piété qui profite àl'àme, nous ne lisons pas que la piété fut beaucoup répandue dans une école oij, s'il en faut croire Giano Pannonio, Silvia venait rechercher de quel étudiant elle était grosse 2. La gloire littéraire demeure le meilleur stimulant, et c'est pour acquérir de la réputation que Pannonio et Galeotto veillent jusqu'à minuit dans la même chambre et quittent, trois heures avant le jour, « la douce tiédeur du lit ». Ce que Guarino inculque de préférence dans son enseignement réparti en trois degrés — élémentaire, grammatical et théorique — c'est à bien décliner les substantifs, à bien conjuguer les verbes, à bien prononcer et à bien lire. « Quand tu lis, ne mâchonne pas les phrases, mais prononce à haute voix, car outre que cela aide la digestion, cela imprime mieux les pensées dans l'esprit-^. » Saidant des Regulœ qu'il a publiées, du Doctrinale de Villedieu, des Erotemata de Chrysoloras, il apprend les règles des verbes, les flexions irrégulières, les principes de la métrique et de la prosodie, les éléments du grec. Il veut qu'on mette le verbe à la fm, ut oratio plerumque verbe claudatur ; qu'on sache Virgile par cœur; qu'on se frotte de bonne heure à Cicéron ; qu'on pratique Valère Maxime, Justin,
2. GiANio Paxxonio, Poemata. Traiecti ad Rhen., 1784. Epist., 1,147.