Sabbadini, p
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les grands historiens; qu'on étudie Virgile, Ovide et Stace; qu'on ne néglige ni Sénèque, ni Térence, ni Juvénal; qu'on termine enlin par Cicéron et Quintilien, et par Aristote et Platon. Des hommes ainsi préparés n'ont rien à craindre de la vie. surtout s'ils ont reçu le dernier poli à l'Université de Ferrare, où Guarinc leur aura dévoilé par surcroît le sens allégorique de \'Enéi<le et la signification de chaque parole dérivée. Ils seront capables de quelques erreurs de conduite; ils ne contristeront jamais personne d'aucun solécisme mal sonnant. Ils affluent des quatre points du monde, de Dalmatie, de Germanie, de Hongrie, de Bohême, de Pologne, de France, d'Angleterre, de Rhodes, de Chypre, tellement qu'on peut dire, comme Cicéron de Socrate, qu'il sortit autant de doctes et de poètes de l'école de Guarino que de Grecs du cheval de Troie. Ils s'appellent Lamola, Barbaro, Decembrio, Carbone, Pannonio- Guarini, tous excellents, tous grammairiens, tous orateurs. Et, si Lionel d Este n'a point été humaniste, ce ne fut point la faute de Guarino, c'est qu'il était prince et que la vie de cour l'arracha au joug de la profession.
Mais que si, à tout prendre, l'école de Guarino est un institut d'éloquence, l'école de Viltorino Rambaldoni de Feltre est plutôt un institut de vie.
Ce qu'il y a d'intéressant chez Vittorino, c'est que ce n'est point un humaniste, c'est un mathématicien. tsiimmus nialhcnmticus rt omnis huniunilutis imter, dit l'exergue de la médaille que lui frappa Pisanello. l^our la connaître et le connaître, il faut aller à Mantoue.
Là, au bord d'un lac et au sein d'une prairie réjouie d'arbres et de fontaines, s'élève une maison spacieuse, ornée de péristyles et de colonnades. Des fenêtres, les yeux ne perçoivent que de la verdure ; à l'intérieur, ils se reposent dans la contem|»lation de fresques agréables, rei)résenlant des enfants à jouer. La maison, soigneusemeul défendue des rumeurs vaines et des
contacts dissolvants do la foule, puisque un portier veille d'un soin jaloux à qui entre et à qui sort, est ellemême active et bourdonnante, remplie de livres de l'antiquité, remplie de maîtres de toute sorte, grammairiens, mathématiciens, musiciens, peintres, danseurs, écuyers, et remplie d'élèves qui appartiennent à tous les pays comme à tous les rangs, depuis les fils du prince Gonzague jusqu'aux pauvres inconnus hébergés « pour l'amour de Dieu ' ». Jadis cette demeure, réservée aux délices de villégiatures princicres, s'appelait la maison joyeuse, la Casa yioiosa. En changeant de destination, elle n'a pas changé d'appellation. Toute école qu'elle soit, elle ne présente rien de revêche. Le maître n'y brandit point de férule. Son visage est si ouvert « qu'il guérit les malades y. . Il semble qu'il sourie toujours, di natiira che "pareva cite sempre ridesse. C'est toujours la Casa giolosa-.
Platon avait dit que rien n'est durable de ce qui est inculqué par la force. Vittorino, qui a lu cette sentence, l'a faite sienne. Il veut que, loin d'être une pénitence, l'instruction soit un divertissement. Il rend la science aimable et il rend le jeu instructif, tellement qu'on ne sait pas si ses disciples travaillent, lorsqu'ils dansent, sautent, chantent, montent à cheval, courent les montagnes, ou s'ils s'amusent lorsqu'ils récitent du Virgile, écrivent du latin, et improvisent des discours. En etfet, Vittorino prétend que les diverses parties de l'être humain, l'àme, le caractère, l'esprit, le corps, soient développées pareillement, et qu'au lieu de s'astreindre à une seule discipline, l'éducation rationnelle les veuille toutes accueillir. « Vittorino, écrit son élève Platina, proposait aux entants plusieurs études en même temps,
1. « Aveva Vittorino molti scolari poveri, i quali teneva ia casa per ramore di Dio. » (Vesi'asiano, Vile, [>. 492.) — « At quanta faniilia! ad XL pleruiuque sunms oumes suniptii suo vestiti. » (Sassuolo da Prato, De Viclorini Feltrensis Vita ac Disciplina, Martene et Durand, CoUeclio a/nplitisima, Paris, 1724, 111, p. 843.)
2. «, Ilit'c jocosa dicta est a pictuni' varietate, quumin ea multcB ludentiuiu puerorum imagines videantur. »
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car il disait que, conini»» le corps se restaure par la variétt' des aliments, ainsi le font les âmes par l'alternance des matières d'étude. Il louait beaucoup ce (|ue les Grecs ont appelé encj/clopédii\ parce que la science et lérudition se composent de disciplines variées '. »
Son premier souci était de faire des ùmes droites, nourries de la crainte de Dieu et de l'amour du prochain. Il savait que l'éducation peut atteindre un tel but, puisque son propre caractère représentait une conquête sur la colère et la volupté, et qu'à force d'attention et d'efforts prolongés, il était devenu un homme empressé et joyeux, quoique taciturne, toujours égal à lui-même, ne perdant pas une minute de son temps, accomplissant sans défaillance les sept œuvres de miséricorde. Aussi bien ses élèves devaient fréquenter l'église, communier, jeûner, se confesser aux temps prescrits-, et ils devaient se montrer entiers et véridiqiies, ne jamais mentir, ni jamais blasphémer. Et un jour que, dans l'emportement d'un jeu, un juron échappa au jeune prince Carlo Gon/ague, Vittorino ne put se retenir de lui donner un gros soufflet.
Mais Vittorino ne s'occupait pas que de l'àme : il s'occupait aussi du corps et encore, ici, il prêchait d'exemple. Quasiment né d'un chêne, quasi ex quenn natus, dit un de srs élèves, endurci à toutes les fatigues, rompu à tous les exercices corporels, sachant jouter, monter à cheval, jouer à la paume, il exige que ses disciples se développent comme lui. « Jamais, écrit l'un d'eux, il ne laissa leurs corps négligés et incultes,
1. « Varia stiidia etiam eodem tempore adolescentibus proponebat, niiud diceret, ut corpus diversitate ciboruni. sic aninios alteriiatis stuoioriim geniTJbus refici. Lnudabat iilam qiiain Gr.iM-j 'KY/j/c/vTratô-tav
vocaut. qiiod »'x uiultis et variis disciplinis ficri doi-lrinam i-t eiuditionein dicebal. « [Uaktoi.ommko Platina, Commenlariutus île vilu Victoi-ini felttensis, Vairani, Cremonensium montnnenta. Home. 1778. p. 21.)
2. « Diceva o<:ni dJ tutti gli ufOci corne unu prête; digiunava tutte le vieille commandate. e cosi voleva che fares.sjno lutli i sua scolari clicranu iii ctà che fussiuu ubligati. . La casa sua era uno sacrariu di costuiui, di Tatti e di parole. » (Vespasiano, p. 492.)
parce qu'à peine capables de supporter la fatigu(% il les exerçait quotidiennement à lancer le javelot, lutter, tirer l'épée, tirer de l'arc, à la paume, à la course, et, avec ceux de leur âge, à se prendre à bras-le-corps, simuler les batailles, comme font les enfants, dresser le camp, assiéger les endroits, souffrir le soleil et la chaleur 1. » Un défaut physique lui répugne autant qu'une tare morale ; il met autant de patience à corriger, chez Lodovico Gonzague, une tendance à l'embonpoint qu'à corriger chez d'autres un mauvais pli de caractère; il veut que les mouvements soient gracieux, comme il veut que les actes soient honnêtes. Le corps est maté non selon l'ascétisme du moyen âge, mais s(>lon les gymnastiques des Spartiates. Et lorsquautour de Vittorino la poussière s'élève et les cris montent, il rit, tant il est content.
Quant au programme d'études proprement dit du bon maître de Padoue, il constitue, aux yeux des humanistes, un véritable retard. Leonardo Dati ne s'y était pas trompé, qui lui reprochait de cultiver l'arithmétique,bonne pour les artisans, etde cultiver la musique, qu'il faut laisser aux lupanars. Et, défait, Vittorino reste attaché au Trirhim et au Quadrivhu/t, mais à un Tinvium et à un Quadrivium, rajeunis, ranimés, comme filtrés par l'antique.
D'après le témoignage de son cher disciple Sassuolo da Prato, Vittorino fait d'abord lire aux adolescents Virgile, Homère, Démosthènes, et, lorsqu'ils en sont remplis u comme d'un lait pur » et « que leur estomac s'est un peu fortihé», il pense qu'on peut leur donner (( comme aliments plus solides les historiens et les autres poètes^ ». A la grammaire, succède la dialectique, « in-
1. Franc.fsco PuK.NDiLACQiA, tfad. par Brambilla. Côiiie, 1871, p. 38. — Bartolommeo Pl.itina dit pareillement: « Tempns ita partiebatur ut a studio ad exercitaliones corporis onines tradiiceret; quo et paceetbello, si opus esset, boni cives h.iberentur. Saltare enini, currere, fequitare, jaciiliim torquere, ensem rotare, arcum intendere non alienum a bono cive esse dicebat. » (P. 11).)
2. « Virgilium in primis, Homerum, Giceronem, Demosttieneui, ad-
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terprète et maîtresse de tout le reste » dont Vittorino se sert, non pour habituer les jeunes ^ens « aux petites questions captieuses et failaces et aux petites conclusions tordues », mais pour leur apprendre à bien délinir, bien discerner, enchaîner les conséquences etdroitenient cunclun*. A la diah'ctique, succède la rliétorique qui lui otrre roccasion d'introduire devant la classe, transformée en assembb'e, des procès qu'on plaide de part et d'autre : « Tu sais, écrit Sassuolo da Prato, que c'était chez les anciens l'habitude de former un orateur, de telle sorte que, disciplinés ainsi à la maison, ils se montraient plus habiles et plus rapides à bien dire, à la curie, au forum, à l'assembh'e ^ » Le Qiiadri.vium, enlin, qui s'impose de par l'autorité de Platon, et comprend quatre sciences, l'arithmétique, la géométrie, l'astrologie, la musique, « qui, de leur vrai nom, s'appellent disciplines, car seules entre toutes elles peuvent s'apprendre d'une manière sûre et certaine », couronne l'édilice où triomphent Platon et Aristote. Vittorino veut « que personne ne s'en aille de chez lui avant qu'il ait étudié diligemment leur philosophie ». Mais, alors il renvoie ses élèves, « aftirmant que, quelle que soit la discipline à laquelle ils s'adonneront, ou à la médecine, ou à la théologie, ou au droit civil, ils apprendront facilement ce qu'ils voudront- ».
desrentibus ediscenflum tradit. quo quasi lacté piiro atque incomipto iiubuli iiim fiieiint. et sloniaco jam roburis pauluin .ic linnilatis accesscrit. lune hisloricos, poet.is ceteros ut (Inriiisculoscibos tuto dari posse existimal, sicque in liis quatuor iila gr.iuinialicoruin officia explicat nccuratissime. Et cuin oninis vis loquendi in duas distributa sit partes Dialectiraui ft Ithetoricam, priorem iilani disserendi rationeuiel scienliaui auiplertendani censet; reiiquaruiu oniniinn quasi interpreteui et duceni, atqut; in e.i diligentissinie exerat adolescentes, nec capliosis interro<;atiunculis ac fallacibus tortuosisque conclusiunculis, qiiibns tantuH) hodie student, assuefacit. antequaui rem deflnire, gênera di-»pertire. sequentia adjungere, perfecta concludere didicerinl. » (Sa.ssloi.o DA Pkato.)
1. « liane enim nosti vetéreni fuisse consuetudinem oratoris instituendi. qua cuni cssent donii perbeile assuefacti, ad dicendinn paratiores ac promptiores in forum, in curiam, in concionem prodirenl. » (Sassi'ou) I)A Prato.)
2. « Undc ante neminem exire patiturquam eorum omnem philoso-
C'est ainsi que la grande dilTérence qui sépare l'école de Guarino de Técole de Viltorino est que Guarino faisait surtout des hommes de lettres, tandis que Viltorino fait des hommes tout court. Guarino apprenait à bien dire, Vittorino veut apprendre à bien vivre ; Guarino dirigeait ses disciples vers l'éloquence, Vittorino les achemine dans la direction où leur propre nature semble les appeler. Dès qu'un enfant lui est confié, il l'étudié et cherche à démêler ses facultés maîtresses, car, selon lui, « nous ne sommes pas tous bons à toute chose ; mais les âmes ressemblent aux terrains, dont les uns s'accommodent mieux aux pâturages et aux bestiaux, les autres au froment et à la vigne, et il n'y a point de terrain absolument improductif ». Ses éh>v( s seront ce qu'ils voudront, ce qu'ils pourront : des princes, comme les Gonzague et les Montefeltro, des condottières, comme Giberto da Correggio ; des prélats, comme Sassuolo da Pralo ; des pédagogues, comme Ognibene da Lonigo ; des humanistes, comme Gregorio Gorrer-; ils ne seront pas nécessairement, a pHo/i^ des humanistes; ils seront surtout de braves gens.
On remarque chez tous, au-dessus des diiïérences de condition et de destinée, une tendance commune, parfaitement marquée, A^ers le bien. Federigo di Montefeltro est le seul capitaine dn siècle dont l'épée n'ait jamais trahi. Sassuolo da Prato est un esprit charmant de sérieux et de fraîcheur. Gi'egorio Correr va jusqu'à abandonner ses études profanes pour se tourner complètement à Dieu. Et, pour les animer de la sorte,
phiam diligenlissime pertractarint, sicque a se dimissos facit, affirmans illos, cuicuriique se arti et disciplinis dederint, vel inedicinfe, vel juri civili. vel theologiie, quidqiiid de illis et quantum voluerint facile conseculuros. » (Sassuolo da Phato.)
■1. « K paragonava gl'ingegni aile terre di cui l'una meglio acconcia ai pascoh ed al bestiame; l'altre aile vite e al frumento ; nessuna pero ne! suo génère infruttuosa. » (Fhancksco PuKXDiLAcytA, traduit par Brambiila, p. 42.)
2. « Uscirono délia scuola di Vittorino uoraini degnissimi. cosi délia vita come délie lettere. Fuvi cardinali, vescovi e arcivescovi ; e cosi signori temporali e gentiluomini délia età sua. » (Vespasiano, 498.)
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Vittorino no disposait d'autres ressources que do la tendresse d'une âme fervente et d'un cœur joyeux.
Aimant tout le monde, il lui était facile de se faire aimer do chacun. Persuadé, selon Sassuolo da Prato, « que le g^onre humain était sa famille ot qu'il était né pour devenir le père commun de tous^ », il no s'était point marié, assurant qu'il avait assez de fils, «puisque tous SOS élèves étaient ses fils- », et ces fils le vénéraient d'un tel culte que leurs vrais parents les estimaient perdus. Contre eux, il n'employait cependant point de verg;es ou il ne les employait que bien rarement, et encore, dans ces cas extrêmes, l'honnotelé lui défendait de jamais trousser personne. Ses récompenses, comme ses punitions, s'adressaient à la conscience. Le coupable devait demeurer agenouillé au milieu de l'école; et à celui qui s'était bien comporté, Vittorino donnait quelque livre orné d'une petite dédicace de sa nuiin. La Laurcntiennc de Florence garde un pareil ouvrage. 11 porte cette inscription : Hiinc librum Sassftnlo pratPiisi, et diiicipulo^ et fî/io, dono dedi^ ciim a me duccdcrct^ lit essel monumentum atnoris nostri. Ego Victorinus Ftdfrensis manu propria scripsi et donum ohluli.
xVinsi faite l'école de Vittorino, qui s'efTorce do produire des hommes normalement et harmonieusement développés, sains, complots et parfaits, est le type de l'école de la Kenaissance en mémo temps qu'elle est le premier exemple d'Institut d'éducation contemporain.
Par la série complète de ses branches d'activité, par ses disciplines de joie et les heureux tempéraments que l'élude apporte au jeu et le jeu à l'étude, j)ar le respect qu'ello professe de chaque individualité particulière, on momo temps que par la communauté d'un onsei-
\. « rniversiini peniis hiiin.inum simni esse familiain seqiie communem n.'itmii parentem omnibus. » (Sassl'oi.o oa Phato.)
i'. « liilerro^ntiis ab amicis, cur filios non procrcarel,respondit, quia multos (loini habeo, coetum adolescentium ostendens. » (Iurtolommeo Platina, p. 26.)
248 LE QT'ATTROCENTO
gnement en quelque sorte gratuit et public, elle inaugure, en dehors du cloître et de la cour, un système pédagogique inédit. Ainsi que le désirait Platou, riiomme libre est éduqué librement.
Vittorino put la concevoir et la réaliser, parce qu'il n'était pas humaniste. Cet homme, qui arriva à se créer physiquement et moralement, grâce à une lutte tenace contre sa propre nature, et qui voyait sans doute, dans cette victoire remportée sur lui-même, la meilleure des conquêtes, voulut bien entretenir des rapports excellents avec la plupart des érudits de son temps ; il n'épousa jamais leurs manies i.
Il n'écrivit rieîi, disant que les anciens avaient bien assez écrit. 11 méprisa l'éloquence, car « de son vivant, dit Prendilacqua, il détesta toute pompe, tout ornement, toute montre de parole ; et quoique assez éloquent et habile à discourir, il ne voulut jamais apparaître orateur, aimant mieux la pureté de la vie que l'ambition et la faveur du peuple'». Il ne fut qu'une chose : maître d'école. Il le fut essentiellement et parfaitement, et cela parce qu'il avait lu Platon, Plutarque, Quintilien dans le texte et qu'il avait fréquenté l'école de Guarino. S'il s'était abstenu de celte discipline, il n'aurait été qu'un grammairien de collège et qu'un pédagogue de cour, comme le moyen âge en présente de si nombreux exemples; du môme coup s'il n'avait été que lidèle à celte nouvelle discipline et que les mathématiques ne l'eussent pas arraché à la tyrannie du beau style, il aurait échoué dans le traité de morale et dans le discours fleuri. C'est parce qu'il pratiqua l'antiquilé, mais qu'il ne tomba pas dans l'humanisme, qu'il vit
1. II aime Dante, Pétrarque, les peintres contemporains « ita perfecti atque expoliti in fmgendo, pingendo... ut cum veteribus contendere posse videantur. »
2. « Il quale in suo vivante aborri per guisa da ogni pomposità, da ogni adornezza e da ogni sfoggio del favellare.che, sebbene assai fosse éloquente ed abile a sermonnre, non mai voile apparir oratore. amando lanettezzadel vivere più che l'ambizione ed il favore di popolo. » (Fran- CEsco Prendilacqua, trad. par Brambilla, p 23.)
l'école de l'antiquité 249
clair, qu'il vit juste et qu'il lui fut permis de réformer l'éilucation.
Et l'antiquité, ainsi comprise, va réformer la vie.
Car, grâce au ciel, il n'y avait pas que des humanistes dans l'Italie du Quattrocento. Les humanistes étaient même rexception.
11 y avait des fils de famille, des gens de loisir, des g-ens de condition, des bourgeois, des marchands, des maîtres de médecine, des politiciens, des princes, des capitaines, des prélats, des artistes. Et ceux-là avaient autre chose en tête que de plagier Sénèque et que d'imiter Cicéron. Ils avaient à gouverner l'Etat, à vendre leur drap, à conseiller la république, à livrer des l)atailles, à créer des chefs-d'œuvre, à inventer des machines, à courtiser les femmes, à se divertir : ils avaient à vivre. La vie les ayant préservés de la tirade, ils grandirent loin de l'éloquence ; en môme temps ils grandirent près de l'antiquité qui, imposée par l'humanisme, constitue désormais une règle intellectuelle dont il serait malséant de s'abstenir.
Aujourd'hui, personne ne saurait paraître honnête homme, alors qu'il ne possède pas ses auteurs. « Il y a autant de dilférence, dit le marchand Parenti, entre un homme qui sait les lettres et un qui les ignore, qu'entre un homme vrai et un homme peint'. » « Les lettres, ajoute Landino, apportent autant à l'homme que l'eau aux lupins-.» «Tout gentilhommequ'on soitde sang, dit Alberti, sans les lettres on passera toujours pour rusticjue *. »
1. « E tanto differenzia si faceva tra uno che sapesse lettere e uno rhe non le sapesse, qiianto è da un uonio dipinto a un vero. » (Ai.es- SASDBA MACiNr.Hi, l^ltere, I). •242.)
2. Landino. In Horalii lihros interprelationes. Florence, 1482, p. xcv.
3. « Per gentiluomo che sia di sangue. senza lettere non sarà mai .sç non rustico reputato. ■» (Alherti, Opéra rolff.. II, p. iOl.)
Et le môme Alberli reconnaît, parmi les objets de première nécessité d'nne villa, parmi cenx « qni servent aux besoins, » non seulement les habits, les armes et les chevaux, mais les livres.
S'il est permis de ne point imiter les chefs-d'œuvre antiques, il est pareillement défendu de les ignorer. L'usage veut qu'on en garnisse sa maison, qu'on les emporte dans sa corbeille de noces, qu'on les épelle dès qu'on sait l'alphabet; aux heures de vacances que procure toute existence bien ordonnée, on les lit à haute voix, à table, pendant les veillées; on les cite. Sacchetti nous montre déjà le citoyen Coppo di Borghese, qui, un samedi soir, après VAve Maria, pour se récréer, se plonge dans Tite-Live^ Le pape Pie II et le condottiere Federigo d'Urbino, alors qu'ils font route ensemble, escortés de leurs troupes, disputent de compagnie des armements des anciens, de ce que les poètes Homère et Virgile en ont dit, des origines et des vicissitudes de la guerre de Troie-. « Je rappelle, écrit le banquier Filippo Rinuccini dans ses Souvenirs, comment aujourd'hui, ce 14 de mai 1503, j'ai promis à Andréa notre frère, de lui donnerune paire déchausses neuves, s'il me lisait chaque matin et aussi le soir,àtable, quelque leçon en latin et en vers, et au bout de deux mois, j'ai à lui donner lesdites chausses etc'estainsi que j'ai conclu avec lui'^ » Voilà de nobles passe-temps, d'aimables