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ait été le promior à appliquer ces principes, plus faciles à reconnaître qu'à servir.
Sans doute que ses lacunes sont innombrables, et qu'on n'en est plus à relever ses erreurs, et qu'on pourrait opposer, à tous les progrès qu'il réalise, autant de manquements qui le rattachent au passé'. Mais ce qu'il y a d'intéressant dans un esprit semblable, ce ne sont pas ses défaillances, ce sont ses pressentiments. Par son loyal effort à la vérité scientifique, Flavio Biondo a déblayé la voie où l'avenir va marcher ; comme on l'a dit excellemment, chacun de ses ouvrages signale un fait scientifique. Ses Décadea initient la méthode historique; son Italia illustrata fonde la géographie ancienne; sa Rotmi iiixtain^ata est la première topographie rationelle et systématique de la Ville éternelle, et sa Roma trkimphans est notre premier livre d'antiquités latines'-.
De telles qualités se sont toujours payées. Flavio Biondo est un latiniste peu orthodoxe, et un écrivain malhabile. Cependant, malgré la pauvreté de ses périodes et le manque d'éclat de ses développements, de son vivant déjà il avait dépassé les frontières. « Je sais, écrit-il, et beaucoup le savent à la cour, que le roi de France actuel a lûmes histoires, achetées pour 45 ducats à M'''' le révérend archevêque de Milan... et qu'elles doivent durer beaucoup, j'en ai encore une preuve qui est à considérer, à savoir que parmi la chrétienté, dans chaque nation et province, il ya beaucoup de mes histoires qui ont coûté plus de cinquante à qui les a voulues... outre que parmi la gent moyenne, il y en a beaucoup d'exemplaires et de copies^. » Et comme il était connu
teinporibu<!i|iie conveniant, qu)H leguntiir. Neque Iu(|uenti. neque scribenti, passiiii credendum est. » (.-Enkas-Sylvius, /^/«/of/as. Koiiie, 1475.)
1. Pour n'en citer qu'un exemple, les Décades manquent de la perspective historique la plus élémentaire. Les deux premières Décades embrassent un espace de mille années; la troisième Décade, un espace de quarante ans.
2. Alfred Masius, Flavio Biondo, sein Leben und seine Werke. Leipzig, 1879.
3. « Lo so e sanno molti in corte el serenissimo re di Franza pre-
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de l'Etranger, Flavio Biondo sera connu de la poslérifd. Machiavel, ayant à écrire l'histoire de Florence, pensait la reprendre au point oii Bruni et Poggio l'avaient interrompue dans les deux umvres historiques qu'ils nous ont laissées; mais s'étant aperçu «que des discordes civiles et des inimitiés intrinsèques et des ell'ets qui sont nés délies, ils avaient tu complètement une partie, et décrit l'autre trop brièvement' », il jette loin ces exercices de style; au contraire, arrivé à l'œuvre sans attraits de l'historiographe modeste, il s'en inspire, la copie, et va tout uniment jusqu'à la plagier'-.
Flavio Biondo était un inconscient, qui peut-être enviait, dans le secret de son cœur, les beaux orateurs prébendes de la cour de Nicolas V.
Au contraire, Lorenzo Valla agit dans la plénitude de sa responsabilité. C'est lui qui a proclamé ce principe : « Laissons les exemples et employons notre raison », et qui eut le mérite d'y subordonner toute sa vie.
Une chose le caractérise, l'irrespect : « Tu ne respectes, lui reproche Bartolommeo Fazio, ni les personnes, ni les lieux, ni les temps. Tu t'introduis dans les cercles et tu y prononces des sentences. Tu ne reconnais l'autorité ni des vivants ni des morts. Tu dis chargées d'erreurs les œuvres de tous les écrivains,
sente havere lecte dicte mie historié, comp.irate in Roina dal reverendissimo inio signore arcivescovo de Milaiio per ducali 45... et del dover durar assai o no, ho pur un argomento da extimare molto, che per la cliiistianitate in oiiini natione et provintie sono molli volumi de mie Historié de quali oltra cinquanta sono gosti a chi li ha voluti... oltna elle fra la mezzana génie ne sono moltissime copie et exempli. » (Gal)otlo, Op. cil.)
1. « Ma délie civile discordie e délie intrinseche inimicizie. e degli elletti che da quelle sono nat i averne una parte al tutlo taciuta, e (]ueiraltra in modo brevemente descritta. che ai leggenli non puole urrccare utile o place rè nlcuno.» 'Maciii.wem.i, S/o)'ie fiorentine^prœmio)
2 Pasqiiale Villari. MacliiuveUi e i suui lempi, Milano, 1893-1897. 3 vol. Vol. 111, p. 207.
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et les miennes, à moi le plus petit entre les plus petits', » Le front fièrement levé, la langue prompte à la riposte, les mains gesticulant avec vivacité, il va.
Dans cette époque de soumission servile, on aurait peine à s'expliquer une telle attitude, si, de l'excès même du mal, le remède n'avait dû surgir. On avait tellement abdi(jué sa propre indépendance, tenu si longtemps en charte son propre jugement et si longtemps servi le principe d'autorité qu'une réaction était nécessaire. Une envie maligne de lancer des pierres «levait poindre à quelqu'un. Ce quelqu'un sera Valla. Et de fait Valla s'amuse à briser les vitres. 11 parle moins en faveur de la raison que contre le préjugé; moins qu'un apùtre, c'est un hérésiarque; la vérité, qu'il exagère et qu'il brandit, lui plaît surtout à cause du scandale qu'elle soulève. Ses opinions ressemblent à des coups; il faut non qu'il prêche, mais qu'il morde; et lorsqu'il mourut, on dit qu'il mordit la terre, n'ayant plus rien à mordre '.
Irrégulier, frondeur et batailleur, d'emblée il prend le contre-pied de l'opinion courante.
On assurait, et nous avons vu avec quel ensemble, que le dieu de l'éloquence était Cicéron. Valla, qui est un inconnu, qui a courbé sur les manusci its sa jeunesse studieuse, sans joies, sans femmes, arrive et dit que c'est Quintilien^.
On pouvait rire du monacat; mais, si l'on s'attaquait à la corruption de ses nueurs, on respectait son principe. Valla arrive, et dans son Dr Prnfi's-
1. « Potcst ne esse, aut exco^itari (|uispiaiii ex oiiiiii hominiim uiiuiero magis temerarius .. ut niillo respectu, niilla ralione person.x', loci et temporis linhita. inter colloquentcs serio te in^'cras, interpelles, sermonerii Teras, sententias enictes... I)eni«|iie nec vivo, nec ninrluo cniqiie partis... .Ne vero. ut aliquid eliani de nie dicnni. qui iiiillain til)i injuria») fecernui. quod sciani, conviciis insectaris. ininutissiuiuni appelliDs inter uiinulissinios. « 'Bartolommuo Fazuk Ifieclira' in l.milenliuin Vallain. Misceltanea Lazzaroni ; N'enise, 1740. \ II, 3:i4./.asv//« )
2. «Oti! corne tace il Valla soliti) a non risparniiarealcuno.Sedoniandi cosa fa, morde anrhe adesso la terra. »
.■}. L'écriture intitulée De Comparatione Ciceronis Qvintilianique est anjourd'liui perdue. Par I7/it;ec/(ï'e de Poggio, on peut se rendre coiupjle du bruit qu'elle fit.
sione reIigiosori(m, conteste tout mérite, toute raison d'être aux ordres religieux, affirmant que, devant Dieu les hommes sont égaux, allant jusqu'à prétendre que ceux qui restent dans la vie, exposés à toutes les tentations de la vie, sont plus dignes de récompense que les poltrons, qui s'en défendent par le cloître et par les vœux. Les vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, ne sont que des phrases; il vaut mieux commander qu'obéir, savoir régir sa fortune que mendier, être marié que rester célibataire. « Plût au ciel, plût au ciel que les évêques, les prêtres et les diacres fussent les maris d'une seule femme et non de préférence, révérence parler, les amants de plus d'une courtisane 1 ! »
On assurait que le souverain bien était la vertu des stoïciens, dont la morale offrait le double avantage, d'abord de ne pas rompre trop ouvertement, comme Epicure, avec le dogme, ensuite de se prêter avec excellence au déploiement de l'éloquence. Les humanistes, d'ailleurs parfaitement couards, se professaient, en paroles, disposés au sacrifice. Ils possédaient une ample provision de passages, de sentences et de citations sur la caducité des faux biens, sur la fragilité de la vie, sur la nécessité de la mort, sur le mépris des richesses, et sur l'oubli des injures, et sur l'inconstance de la fortune, et sur la fuite du temps, sur la médiocrité dorée, sur le déclin des bonnes mamrs, sur la méchanceté humaine, sur la solitude, l'amitié, la pauvreté, l'exil, la sottise. Ici encore Valla arrive, et, dans son dialogue De Voluptate, en face de cette phraséologie creuse, il met la fm de la vie dans la volupté. « Hé! quoi, diras-tu que la volupté soit le vrai bien? Je le dis et je l'aflirme. Et j'affirme que je ne poursuis aucun bien, sauf celui-là 2, »
1. « Utinam, utinam, episcopi, presbyteri, diacones, essent nnius uxoris viri, et non potius, venia sit dicto, plus quam unius scorli aniatores. »
2. << Quid tu, ais ne voluptatem esse verum bonum? Ego vero aio
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La scène du dialogue est à Rome, sous un portique du mont Giordano, où plusieurs secrétaires apostoliques, Poggio, Rusticci, Rinuccini, écoutent leurs amis disputer de l'honnêteté et du bien. Leonardo Bruni défend la doctrine de Zenon; Antonio Beccadelli, celle d'Epicure; Niccolo Niccoli, celle du Christ'. On y entend partir les paradoxes comme un feu de file de mousquets.
Selon Beccadelli, il ne faut point se dresser contre la nature qui ressemble à la plus tendre des mères. Elle nous a placés au milieu d'un paradis de délices, et rien de ce quelle a produit n'est mauvais. S'il est vrai, comme le veulent les stoïciens, que le souverain bien soil celui qui doive être recherché pour lui-môme, la volupté, qui réside dans la délectation du corps et dans la délectation de l'esprit, est le souverain bien. Chacun reconnaît la volupté, chacun la poursuit et la rencontre dans la somme de joies infinies répandues sur la terre. Nos sens sont des messagers de volupté; puissions-nous en avoir cinquante 1 Le tact, la vue, se réjouissent de nobles métaux, de l'ivoire, des étolfes, des chiens, des pierres fines; l'oreille, de la musique, que Platon jugeait nécessaire ;\ un homme civil; le palais, du goût du vin ; l'odorat, du parfum des aromates et des fleurs. Tout ce qui porte atteinte à la volupté est un crime. La virginité n'est pas seulement le pire des tourments, c'est une honte à rejeter au fond des terres*; au lieu de condamner les jeunes filles à la continence des couvents, on devrait les introduire dans les maisons de Vénus*. La loi qui proscrit
atque affirmo, et ita affirnio. ut nibil aliud prœter hanc bonum esse contcndaiii. » (Valla, Opéra, p. 896.)
i. Dans la première édition du dialogue (Loviano, 1483), la scène se passe à Favie dans le jardin de Gregoriano-Antonio Bernerio, vicaire lie I archevi-que de Milan. Antonio da lUio remplace Leonardo Bruni; .Malfeo Vegio, Beccadelli ; Giuseppe Brippi, Niccolo Niccoli.
2. « Nullum in rébus humanis intolerabilius tormentum est. » (P. 924.)
3. « Tamcn dico quod sentio. scorta et postribula melius nierentur de génère humano (juaui sanclinioniales et virgines. >> (p. 922.)
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Tadiiltère est sacrilège; il faudrait que les femmes soient communes, comme Platon Teût désiré^; si Ménélas avait cédé pour un mois Hélène à Paris, la guerre de Troie aurait été évitée; qu'une épouse aime son mari ou qu'elle aime son amant, peu importe. Le dévouement, l'héroïsme, la mort pour le prochain, autant de fautes lourdes. « Ma vie est un bien plus précieux que la vie de l'universalité'-. » « Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi quelqu'un désire mourir pour sa {)atrie; tu meurs parce que tu ne veux pas que la patrie meure, comme si, pour toi expirant, elle n'expirait pas aussi -^ » Le sacrifice des Codrus, des Decius, des Curtius, des Regulus, des Caton, des Lucrèce, a été fait à la volupté, placée dans la gloire, mais la gloire, lille de l'ambition, n'est désirable que loi'squ'elle apporte de l'argent et des places, elle reste un leurre lorsqu'on la place dans l'avenir : à quoi sert que votre nom s'éternise quand vous-mêmes n'êtes plus là pour en jouir? Partout la volupté demeure la fin suprême, encore qu'il appartienne à la vertu, qui n'est que la juste notion de notre propre intérêt, de la servir. L'homme qui aura compris où est son vrai profit, et qui, ayant prévu les conséquences fâcheuses de ses actes, aura reconnu qu'il ne convient point à sa tranquillité d'être mauvais, sera vertueux et sera heureux, pareil à un animal qui naît, se propage et meurt, sans s'attrister de vaines pensées. Il n\ a rien après la mort. L'Elysée est une fiction; fût-il une réalité, les Epicuriens qui, sur la terre, l'ont déjà recherché, seraient les premiers à y entrer. Jouissons! La nature nous y pousse, et la raison nous le conseille. (( Aux stoïciens, les labeurs gratuits, à nous la joie! A eux les tourments; à nous les plaisirs!
1. « Omnino nihil interest utruin ciim marito coeat mulier an cuiu ainatore. » (P. 92.).)
2. « iMajiis bonuui est inea vita quain iinivcrsoruin. » (P. 929.)
3. « Non queo satis inlelligere, cur quis pro patria mori velit. Tu moricris, f|iiia non vis ut patria moriatiir, quasi vero tibi perenti non et patria occidatur. » (P. 929.j