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CHAPITRE VII

I. Le latin oratoire. — Son caractère universel et éternel. — Les humanistes l'ayant pris pour modèle ont composé une littérature anonyme.

II. Coins populaires dans l'œuvre des humanistes. — Leurs lettres, leurs invectives, leurs naïvetés. — Genres populaires ramassés par le latin. — Les Facéties de Poggio. — \/Hisloire de deux amants d'^]neas-Sylvius.

III. Naples. — Caractère à la fois populaire et antique de Naples. — UHertnaphroditus d'Antonio Beccauelli. — L'œuvre de Pontano. — Ses dialogues.

IV. La poésie de Pontano. — L'églogue de Lepidina. — Ses autres vers. — Son poème de V Amour conjugal. — Ses berceuses.

V. Pontano est à la fois le plus classique et le plus populaire des poètes. — Jusqu'où il conduisit le latin.

Le latin, le beau latin, le latin classique, le latin oratoire n'est pas qu'une langue, c'est une attitude.

Il parle non devant un seul pays, mais devant le cercle entier des terres ; non pour un seul moment, mais pour la totalité de l'avenir. Sa tribune se dresse au forum, entre Vumhi/icus iirbis Romx et le milliaire d'or, d'ovi partent et où conlluent les routes du monde civilisé, qui est le monde romain; et il faut qu'on l'entende jusqu'aux confins de ce monde, et faut qu'on le comprenne jusqu'à la révolution des siècles, et il s'efforce dans ce but de jeter sa voix à l'univers et à l'éternité. Il hausse le ton, il amplifie le geste, il universalise sa pensée. Il la dégage de tout ce qu'elle garderait de trop local, de trop fortuit, de trop contingent. Il s'exprime en idées faciles, nobles et générales. Il raisonne par périodes équilibrées, majestueuses et contiguës. Il tient la pose. 11 reste, en toute occurrence,

public, officiel, togé. 11 officie en une cérémonie d'apparat, devant tous et pour tous. Et les humanistes d'Italie, ayant adopté le latin, ont obéi à la règle souveraine du grand latin. Il en résulte que leur littérature est une littérature anonyme.

Se traînant dans l'ordre médiocre et moyen d'expressions admises, de vérités courantes, de lieux communs de morale acquis et consacrés; évitant comme des fautes de style et des manquements au modèle le détail trop précis, la notation trop contemporaine, la couleur trop locale, tout ce qui assignerait une date à la pensée et la ferait déchoir de son caractère universel ; sacrifiant légèrement les qualités nationales et les facultés maîtresses de l'esprit italien, si pittoresque, si réaliste et si charmant ; se décolorant à plaisir et se démarquant par devoir, cette littérature se propose d'abdiquer son empreinte originelle.

Ouvrons ces morales, ces philosophies, ces histoires, ces harangues, tout ce fatras latin qui gît dans la poussière des bibliothèques : nous restons dans les généralités. De spécifique le terme devient classique; le mot noble supplée au mot propre; l'espèce remplace le type ; la correction prohibe la sincérité. Guarino ayant à qualifier une voix dit une voix de cijgnc^ vo.c cygnea^ non que cette qualification soit juste, mais parce qu'elle est belle ; il l'a trouvée dans le Dr Oraton\ et cela suffit pour qu'il l'applique à tout venant. Leonardo Giustinian, le patricien de Venise, qui improvisait de jolies canzonette sur le luth, a une voix do cygne; le vieux maître Chrysoloras, qui enseignait à l'Université de Florence les rudiments du grec, a une voix de cygne ; le condottiere Carmagnola, qui jetait des ordres à ses soldats d'aventure, a une voix de cygne. Le modèle classique s'interpose entre la nature et l'écriture que seule l'exemple latin détermine. Il ne s'agit plus, pour un latiuisie, do dire ce qui est, de peindre ce qu'il voit, de prolonger l:i réalité de

sa vie intérieure, le monde des impressions et des sensations qui le sollicitent; il s'agit d'obéir au modèle, de rester fidèle à la langue, de ne pas trahir la forme et Fesprit de la latinité; et s'annihilant lui-même, il en arrive à n'être, à ne penser, à n'observer que lorsque le latin a été, a pensé, a observé avant lui. Nous possédons une biographie latine moins atténuée que les autres : celle de Philippe-Marie Visconti, par Pier-Gandido Decembrio. Jamais Decembrio ne l'eût écrite, s'il n'eût eu devant les yeux le Tibère de Suétone.

D'une telle conception littéraire, il s'ensuit que, le siècle étant absent de l'œuvre des humanistes, leur œuvre n'apporte aucune contribution à l'histoire de ce siècle. Prétendant à l'absolu, elle échappe à l'accident; visant à l'éternité, elle renie le moment ; s'adressant à tous, elle ne s'adresse à personne ; écrite pour toujours, elle n'est écrite pour jamais'. En vain chercherait-on dans cet amas de tirades et de symétries, sous cette couche de vernis uniforme et lustré, dans la monotonie de ces proses lavées et délavées, la petite touche qui décèle l'âme et l'homme. Ce qui fait qu'une chose est ainsi et non ainsi, la physionomie d'un prince, le pli d'une conscience, la ligne d'une draperie, la gravure d'une cuirasse, le détail d'un bouton ou la silhouette d'un palais, le profil d'un personnage ou le dessin d'un meuble, la série infinie des petits faits, d'une valeur si considérable pour la signification d'une époque et à l'aide desquels on reconstruit l'histoire, cela manque.

Si j'ouvre un Diario de marchand, si j'écoute un rispetto de garçon, si je m'assieds le dimanche devant une sacra rappresentazione, je les trouve. Je sais le costume des gens, la forme des bijoux qu'ils portent, le détail des prières qu'ils disent, le prix du pain qu'ils mangent; j'entre à l'hôtellerie, à la boutique, au con-

1. « Quas scribimus ea non nobis scribimus^ humanilati scribimus. » Leone-Battista Albekti. Opéra inedila, p. 293. — « Notre religion est éternelle et telle sera la littérature latine. » ^^Lorenzo Valla, Opuscula tria^ publiés par G. Vahlen. Vienne, 1869.)

seil, à rog;lise ; j'assiste à l'entrée triomphale d'un souverain ou à l'exécution d'un criminel ; je pénètre dans les métairies, dans les cloîtres, dans les intérieurs de bourgeois ; je participe à la vie réelle et réaliste de ces gens, dont je connais les propos, les recettes, les menus, les jeux, les chansons, les superstitions, les amours. Si je feuillette les humanistes, je ne sais rien. L'époque est pourtant grouillante, riche de sève, remplie de figures, fertile en accidents, toute mouvementée et tissue de surprises; elle est le creuset oii de mille amalgames en fusion va sortir l'àme contemporaine : les humanistes se sont donné la tâche de ne pas s'en apercevoir.

Et pourtant, comme le dit J^^neas-Sylvius, celui qui écrit beaucoup se trahit. Les humanistes se sont trahis.

A la réflexion, il était impossible qu'il en allât autrement cl que ces hommes, constamment la plume à la main, restassent unanimement fidèles à un idéal littéraire, sans rendre un écho du bruit qui passait sous leurs fenêtres. Aussi bien retrouve-t-on dans leur œuvre, ici et là, quelque fragment du siècle.

On en retrouve dans leurs lettres familières qu'ils écrivent ou prétendent écrire la bride sur le cou et dont quelques-unes sont jolies, presque sans apprêt. Bruni nous raconte son voyage dans les Alpes jusqu'à Constance, ses folies d'écolier dans la villa d'Alamanni, et comment il allait regarder avec les autres les filles de Florence au sortir de l'église. Beccadelli dépeint la joyeuse vie des étudiants de Pavie, les prés fleuris du parc ducal, les maisons seigneuriales pourvues de bon vin. Guarino dépeint un cuisinier ot le tohu-bohu de sa maison remplie d'enfants et désorganisée par la peste. Poggio décrit les bains de Baden, le procès de Jérôme de Prague à Constance, les repas des Anglais,

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rentrée triomphale de l'empereur à Rome. Il rapporte les balbutiements de son nouveau-né, du berceau duquel, en dépit du conseil d'un prélat, il ne songe pas encore à écarter les amorces des voluptés, illcccbraii voluptatiim. l\ relate comment deux filles s'amusent de lui, alors qu'il est courbé, sous le soleil, à relever une inscription romaine. Il fait de petits récits, dessine des silhouettes, conte des goguenardises, lance des malices. Ce sont là autant de traits arrachés à la réalité. En outre, la colère a vite raison de la couche artificielle qui revêt les humanistes. Leurs trop fameuses invectives ne sont pas, comme on l'a dit, que des cornes d'abondance d'ordures; elles sont des confessions'. Le flot de bave, de boue et de bile qui y coule dénonce, avec le naturel de ces hommes, le moment contemporain tout chargé de passion. « C'est là, écrit Valla, que se manifestent pour ainsi parler les dons de notre discours, comme le sang, la couleur, la beauté, les forces, l'agilité de notre corps ^. » Les humanistes se prennent de gueule en latin ; comme des voyous de carrefour, ils se disent /?(/lio d'un cane, figlio di porco^ accidenti alla tua madré en latin. A croire Filelfo, Poggio est un sac à vin au ventre énorme, qui laisse traîner son hernie sur les tables, qui, lorsqu'il est repu, se met le doigt dans la bouche. A croire Filelfo, Marsuppini imite dans ses vers le coassement des grenouilles et le cri plaintif des rats. Sa bouche pue. Il asperge les assistants de sa bave et garde l'habitude àeventriis pellere ventos. A croire Poggio, Filelfo est un satyre puant, aux yeux chassieux, un baudet de louage, un bouc infect, un cornard fétide, un ennemi des hommes et des dieux. Il est digne d'une couronne d'excréments. Pavie l'a coiff"é d'un pot de chambre comme d'un casque. Sa mère est

1. V. Charles Nisard, Les Gladiateurs de la République des lettres. Paris, 1860, 2 vol.

2. « Hic enim cutis ut sic dicain,et candor orationis nosterduntaxat est. Hic etiam sanguis, color, pulchrltudo, vires, velocitas, et coelerae bene componendi ïamquam corporis dotes. »

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une vendeuse do tripes de Riraini; son père est un curé de village aux mains aussi calleuses que des étrilles. Il est rempli de poux. A croire Poggio, Valla est chargé de tous les crimes et a commis toutes les ignominies ; dans le royaume de la bôtise où il est roi, on le promène le front ceint de lauriers et de saucisses, parmi le braiement dos unes et les solécismes des enfants. Arrivé au Gapilole, sur un char qui est traîné par des éléphants, pour que de grosses bêtes en transportent une plus grosse, il offre à Jupiter une tôle de bœuf, symbole de son génie. Descendu en enfer, il s'agenouille devant Salan à qui il baise le séant. Le concile dos diables s'apprête à le juger; mais, se rappelant les crimes du sycophante,au lieu de le condamner, il l'acclame, et pour en accabler le monde, il l'y renvoie. Voilà bien la verve bouffonne, l'imagination grotesque et l'énorme caricature de la fin du moyen âge ' .

Les humanistes ont beau faire, ils ne peuvent toujours se tenir. Et si la familiarité des lettres ou la violence des invectives leur soutirent des vérités, la nouveauté de leur culture leur arrache des candeurs -. Le vêtement d'emprunt dont ils sont revêtus n'est pas encore bien adhérent. Derrière l'écorce et le vernis, le vieil homme transparaît; l'expression locale et populaire remonte aux lèvres 3; la nature fraîche, franche et fruste, aftleure par les trous de la robe latine. C'est

1. Et pourtant, ici encore, l'antiquité ne perd pas ses droits. Comparer, par exemple, la quatrième Invective de Poggio avec l'Apokolo- Jeyntosis de Sénèque.

2. Guarino voulant ajouter quelque chose de son cru à la préface du De Inventione de Cicéron, qui montre combien l'éloquence est nécessaire à la politique et à la philosophie, la réclame pour la médecine. Selon Guarino, la médecine a besoin de l'éloquence « pour disposer les malades aux opérations douloureuses, en alléger les souB'rances et les préparer à la mort *.

3. Platina raconte que Pomponio Leto, mis en procès à Rome et interrogé sur les causes qtti lui ont fait adopter un nom antique, répondit à ses juges : « Que vous importe que je m'appelle Pomponio ou F«nocc/ito, pourvu que je n'y mette ni fraude, ni tromperie?» — Finocchio, qui littéralement signifie « fenouil,» est justement une de ces expressions populaires intraduisibles.

ainsi qu'ici et là, dans leur œuvre uniforme, on trouve quelques notes, quelques touches, quelques accents qui, s'ils constituent à leurs yeux autant de défaillances, nous sont précieux, puisqu'ils sont autant d'échappées sur l'âme et la vie contemporaines.

Mais il y a plus. Pour se divertir et sans songer à rien, les humanistes ont été quelquefois ramasser dans la rue les genres de la rue et, comme exercice de style, se sont complu à les hausser jusqu'à la dignité du latin. Initiant à leur insu la ligne de la Renaissance, ils se sont appliqués à mettre la noblesse antique aux pauvres choses du peuple ; la laude dévote, la poésie alla burchia^ la stoi'ia du cantamhanco ^ inspirent, comme nous le verrons plus tard, quelques-uns des meilleurs latinistes de la cour de Laurent de Médicis; de telle sorte que nous avons, grâce à l'influence italienne, pour ainsi dire de nouveaux genres latins, comme nous aurons et comme nous commençons à avoir, grâce à l'intluence latine, de nouveaux genres italiens. Et ce sont les seuls qui nous intéressent, puisque ce sont les seuls qui représentent une littérature originale, autochtone, non plus anonyme, mais signée d'un moment et d'un pays.

Il appartient à Poggio Bracciolini et à iEneas-Sylvius de l'avoir inaugurée dans la première moitié du Quattrocento.

Poggio Bracciolini y était merveilleusement disposé par sa nature joviale. Né un siècle plus tôt, il aurait débité des contes pittoresques à côté de Boccace; né un siècle plus tard, il aurait rivalisé avec les dialogues de l'Arétin ; né au Quattrocento, oij l'on écrit en latin, il écrit en latin; mais ce latin garde le tour, l'accent, la spontanéité du vulgaire. Poggio l'accommode à ses qualités florentines de réalisme coloré et de trait pointu. Son dessin est plus serré, sa couleur plus grasse, sa prose ouverte à toutes sortes de gaietés, de détails et de licences, que réprouverait le bon usage. Et si, dans le

restant de ses œuvres, il a agi sans parti pris, dans ses Facetia^ il introduit résolument l'esprit contemporain et populaire au cœur de la langue impériale et savante. « J'ai voulu expérimenter, confesse-t-il, si beaucoup de choses qu'on croit difficiles à être dites en latin y peuvent s'écrire non bêtement'. »

Les Faceti<v, reprenant le genre tout populaire des Facfzie, ne s'en distinguent que par le fait qu'elles emploient le latin. Les personnages sont des personnages contemporains, qu'on nomme, qu'on cite et qu'on connaît, des princes et dos humanistes, et particulièrement les héros de la geste populaire, toute la foule qui peuple les nouvelles et les contes d'Italie, frocards, usuriers, paysans, marchands, honnêtes dames, maris déçus, hôtes, médecins, juges, cavaliers, meuniers, passeurs de gué. La scène est la taverne, le palais, la place, la rue, la chambre de l'accouchée, l'alcôve des bourgeois ; on y parle de chapons rôtis, de sacs de blé, de melons, de chausses, de souliers neufs, de pilules à trouver les ânes; les garçons chantent des sérénades aux filles, les commères citent des adages en cours : tout cela en latin. C'est du Sacchetti en latin, Poggio, comme Sacchetti, recueille des bons tours, des bons mots, si faibles souvent qu'ils durent être prononcés; il les entremêle de recettes, de miracles, de prodiges, qui lui paraissent remarquables, comme ils paraîtraient remarquables au Diario d'un marchand. « Le célèbre Ugo de Sienne, qui est le premier médecin de notre temps, m'a raconté qu'à Ferrare il est né un chat avec deux têtes et qu'il l'a vu '^. » Le train, l'esprit, sont tout contemporains, tout populnires. On croirait lire les débuts des nouvelles qui courent les rues : <* Deux lilles étaient à la fenêtre de leur maison, qui donnait sur un jardin, quand le jardinier vieux et chauve sortit pour

1. « Epo quidcm experiri volui an muUa, qua> latine dici difficulter exislimantiir. non absurde scribi posse viderentur » (Face//ap. préf.)

2. « Vir insij^nis, Hu^'o senensis inedirorum nostri toniporis inihi quoque relulil, iiatuuiFerrariit>caUiinibicipiteui seque id conspexisse. »

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aller prendre son repas'... » « Un certain garçon de Florence portait à l'Arno les filets, dont on lave les laines, quand il rencontra un gamin-... » « Un paysan, étant monté sur un châtaignier pour en secouer les fruits, se rompit une côte en tombant ■^... » Et le ton se continue jusqu'au bout : « Il y avait une fois une femme qui reprenait toujours les paroles de son mari; elle y faisait opposition et s'obstinait dans ce qu'elle avait prononcé, comme si de la sorte elle se montrait supérieure. Un jour, ayant eu avec lui une grosse dispute, elle l'appela « pouilleux. » Le mari, pour lui faire retirer un tel mot, se mit à la battre et à la frapper de coups de poing et de coups de pied. Mais plus il la fiappait, plus elle l'appelait « pouilleux. » Alors notre homme, las de battre, s'avisa, pour triompher de l'entêtement de sa femme, de la lier à une corde et de la plonger dans un puits, la menaçant de la noyer, si elle ne s'abstenait de propos pareils. Cependant la femme, ayant de l'eau jusqu'au menton, persévérait de plus belle et l'appelait toujours « pouilleux. » Si bien que lui, pour Tobliger à se taire, la plongea tout à fait dans l'eau, voulant voir si le danger de la mort la pourrait au moins détourner d'une telle obstination de paroles. Mais la femme, ne pouvant plus parler et sutîoquant déjà, exprima avec les mains ce qu'elle ne pouvait plus dire avec la langue, car, ayant dressé ses bras au-dessus de sa tête et joint les ongles de ses pouces, du geste elle lui montrait des poux. Chacun sait en effet que les femmes ont l'habitude de tuer les poux avec les ongles de leurs doigts '\ »

1. « JuvenculiB duœ cum essent ad fenestram domus supra ortum sitani, exibat ortolanus senex et calvus ad sumendum cibum... »

2. « Adolesceus quispiam Florentiie delerebat ad Arni fluvium retia quibus lavantur lana^ huic obviam dicax puer... »

3. « Rusticus cutn castaneam arboreni ad excutiendos fructus ascendisset, decidens ex ea costaai pectoris eli'regit... »

4. « Mulier quaedam e nostris admodum viri contraria semper verbis ejus objurgando refragabatur, perstans in eo quod cœperat, itaut superior esse vellet. Habita semel cum viro gravi altercatione, niaritutn pediculosum vocavit. llle, ut verbum retractaret uxor, verberibus

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Quant à iEneas-Sylvius, que nous avons vu mêlé à tant d'affaires, il nous raconte tout simplement une des innombrables histoires auxquelles il assista ou qui lui furent contées. Seulement comme, d'aventure, c'est le latin qu'il emploie, au lieu de nous la conter en italien ainsi que l'aurait t'ait son compatriote Illicino, il nous la conte en latin.

A Sienne, alors qu'en l'année 1433 l'empereur Sigismond y était de passage, Euryale, gentilhomme bavarois attaché à sa suite, a remarqué Lucrèce, jeune femme d'une merveilleuse beauté : cheveux pareils à des lils d'or, front haut, grand et sans rides, sourcils arqués et légers, noirs, séparés à bonne distance, nez droit, joues égales, « et lorsqu'elle riait, il se creusait de chaque côté de son visage une petite fossette si aimable que personne n'aurait su les voir sans désirer les baiser' ». Lucrèce, bien que mariée à Ménélas, « citoyen très riche, mais digne d'être trompé et fait, comme nous disons, cerf cornu* », s'éprend de son côté du jeune gentilhomme qu'elle regarde passer à cheval de son balcon, et pour rendre neutre, si ce n'est favorable, le vieux Sosie, ancien domestique de la maison, spontanément elle lui confie son amour. Euryale,

contendebat, pugnis cedens ac calcibus. Quo inagis cedebatur, eo plus illa pediculosum appellabat. Vir tandem verberando lassus. ut uxoris pertmaciam superaret, per funem in aqua> puteum demisit, suffocaturum se dicens. nisi verbis ejusmodi abstineret. Mulier instantius perseverebat etiam in aqua mentum usque conslituta, verbum illud continuans. Tuin vir, ne ainpiius loqui posset. in puteum demersit, tentans si eam mortis periculo a verborum pertinaciam posset avertere. At iila, loquendi facultate adempta, etiam dura suBocaretur, quod loqui nequabat, nam manibus. digitis exprimebat super caput ereclis, atqueunpulis utriusque pollicis conjunctis, saltem quod potuit gestu, viro pediculos objiciebat. Unguibus enim eorum digitorum pfediculi a fœminis occidi consucverunt »

i. € ComiL' illi copiosae et aureis laminis simiies... frons alta spaciiquc decentis, nulla infecta ruga; supercilia in arcum tensa, pilis paucis nigrisque. debito intervalle disjuncta... N'asus in filum directus roseas gênas equali niensura discriu)inabnt, nihil bis genis amabilius. nihil delectabilius visu, qua* cum mulier risit in parvam utrinque dehiscebant foveam .. Nemo bas vidit qui non cupcret osculari. Quid dicam menti speciem?» (.Kneas-Sylviis, Opéra, p. 624.)

2. ( Sed digne nuem uxor deciperet, et sicut nos diclmus, cornutum quasi cervum redaeret. »

lui aussi, ne perd pas son temps; il apprend l'italien, s'cnquiert d'une entremetteuse et la dépêche munie d'une lettre à la bien-aimée. Lucrèce, qui sait feindre, menace la vieille de lui « crêper le chignon ^ » et lui déchire la lettre au nez, quitte à en rejoindre les morceaux après son départ et à y répondre aussitôt. Désormais l'intrigue est nouée. Les amoureux se parlent la nuit, Lucrèce de la fenêtre de sa chambro, Euryale de la lucarne du cabaret voisin. Un jour, il se déguise en paysan, et, un sac de blé sur le dos, arrive jusqu'à l'appartement de sa maitresse, oùMénélas, survenu àl'improviste, interrompt l'entretien. « Entre là, dit Lucrèce à Euryale en le cachant précipitamment, tu seras sûr dans les ténèbres; ne bouge pas, ne crache même pas. » Mais le mari vite éconduit, déjà dévêtue, elle se donne à lui pour toujours : « 0 mon lys, ô mon bouquet de roses! » La nouvelle n'est plus dès lors que le récit des ruses que les amants inventent, des dangers qu'ils courent, des plaisirs qu'ils goûtent, jusqu'à ce que l'empereur, quittant Sienne, emmène Euryale, que Lucrèce en meure de chagrin et qu'Euryale épouse une lille de sang ducal.

Evidemment le fond n'est rien, même ennuyeux dans sa longueur. Il reste que le latin vient de ramasser une histoire contemporaine et un genre national. Des personnages de la réalité du jour sont mis en scène, l'empereur d'Allemagne, un mari avare, une jeune femme de Sienne, une entremetteuse, des valets, des paysans, des étudiants, tous cueillis dans la vie et tous appartenant au moment, quoiqu'ils s'appellent Lucrèce, Ménélas, Euryale, Sosie, comme Piccolomini s'appelait J^neas. Autour d'eux, c'est la ville de Sienne, avec ses églises, ses hauts palais aux grosses serrures, ses ruelles si étroites qu'en s'aidant des pieds et des mains, Euryale peut grimper jusqu'à la fenêtre de sa maîtresse. On crache par terre. Les garçons

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