Vix. me contineo quin capillos involuem tuos
jettent (les boules de neige aux carreaux des jolies femmes. Les vieilles se chauffent autour du feu. Sur la route de l'église, les étudiants attendent les lilles, les accostent et leur offrent des violettes. Il est question de robes de brocart, de vin de Trebbiano, de poireaux. On dirait du Boccace; et de fait, comme Poggio nous avait donné du Sacchetti en latin, ^'Eneas-Sylvius nous donne du Boccace en latin. Tous deux ont fait œuvre populaire, d'autant plus populaire qu'ils ont copié directement de la réalité. Nous savons que les facéties de Poggio furent contées par les secrétaires apostoliques, et que l'histoire d'Euryale est arrivée ^
C'est ainsi que ces deux petits livres des Facetue et de Vllisloria de Eiirialo et Liicretia marquent sans s'en douter une date : la réhabilitation par la littérature savante de la littérature populaire.
Et, à Naples, le fait est constant chez Pontano.
A Naples, comme nous l'avons dit, le peuple triomphe.
Le peuple envahit tout, absorbe tout, occupe toute la scène'. Infini et grouillant, il représente une foule énorme, tlottante, encombrante, bariolée, qui crie, chante, gesticule, bourdonne, naît, vit, aime, meurt en plein air, remplit la rue qui remplit la cité.
Et en dépit de ses mélanges et de ses croisements, ce peuple est antique. Il est foncièrement et naturellement antique. Il n'a point fait l'expérience de la commune, comme Florence. Il n'a point accueilli l'Eglise comme Rome. Il garde dans ses veines du sang grec. Il gardé
1. Voir: Cortesi, La Storia di due awanli. Preludio, Ancona. 1882. — G. Zannoni, l'er la slovia di due amanli. Rendironti dei Lincei, Home, 1890, p. IIG. — G. Zannoni, Per la storia d'una sloria d'amore, Cultura, Milan, 189(t, p. 85.
2. « Le peuple de Naples est plus peuple qu'autre part. » (Monte»* quieu.)
dans ses paysages des temples grecs. Il dit encore : « Saint Virgile, priez pour nous! » Il se prosterne toujours devant sainte Vénus. Son âme, sa religion, ses mœurs, furent à peine altérées par les âges.
Pontano est né de ces deux influences, de la prédominance du peuple dans la vie et de tout ce que ce peuple a gardé du paganisme heureux. Il y faut joindre l'influence de Beccadelli, qui fut son créateur spirituel et lui donna la hardiesse et la note dans son poème de VHermaphroditiis.
\J Hermaphroditii.s , qu'on lit d'une journée, la première partie avant déjeuner, la seconde partie après table, n'est point pour les femmes honnêtes, et quoi qu'il soit dédié à Gosme de Médicis avec une singulière licence de propos, il n'est point davantage pour les honnêtes gens; le sujet traité y est proprement l'amour grec^ Les moines et les moralistes, Antonio da Rho, Maffeo Vegio, Marianno da Volterra, Alberto da Sarteano, essayèrent bien d'élever la voix : ils ne savaient pas ce que Guarino se chargea de leur apprendre, que la vie est une chose et que l'art en est une autre.
D'ailleurs, il ne faut pas attribuer de plus grande importance à ce petit livre, éclos dans les festins. Beccadelli, encore étudiant, l'a fait à Sienne en se jouant et pour se jouer^. Il l'a fait au milieu des coupes remplies et des filles dégrafées; il l'a fait pour Ursa, Aida, Nichinina, Giannetta, Claudia, « aux mamelles peintes, » pour les belles créatures de chair qui couronnent leurs cheveux de roses, se montrent folles de leur temps et de leur corps, savent danser, savent chanter et savent le latin. Ursa pleure parce qu'elle croit que Beccadelli l'a trahie dans ses vers. « Ne pleure pas, Ursa... je te