Die mihi cur longo, Lupi, vestiris amictu
An vitium surae vis operire toga?
Nihil agis, o démens, humeri, lateraque moventur, Ut lumida nullo remige lembus aqua. » (P. 5.)
3. Voir, dans Vespasiano, la jolie anecdote du cardinal Cesarini et de son secrétaire qui lisait YHermaphrodilus, (Vespasiano, Vite^ p. 134.)
L ESPRIT POPULAIRE DANS LE LATIN 30o
coller des dactyles ensemble. » Cet exemple ne sera pas perdu. Pontano va le recueillir et IT'largir.
Gomme Beccadelli, Pontano est avant tout artiste. C'est un artiste pittoresque, abondant et joyeux. Il ressemble à Naples, où il est arrivé à vingt ans et dont il respire et expire la licence, la passion et la gaîté. 11 a de la fantaisie, du comique et du brio. Il sait raconter et accommoder le latin au tour, à Tallure de l'anecdote recueillie. Il sait voir, dessiner un personnage d'un trait, ramasser une scène en quelques mots, trouver la ligne unique qui souligne, accentue, fixe à jamais. Il a le mot propre et l'adjectif juste. Il est le premier à s'être aperçu que les Anglais portent leur faste sur leur nez, iiaso faî^lum gerentes. Il rit, cause, s'indigne, s'amuse ; il vit.
Son œuvre est chargée de vie, de tout ce que la vie dépose, comme de tout ce qui produit la vie; d'ailleurs si pullulante, d'une érudition si entassée, d'une fantaisie si gigantesque, d'une veine si exubérante qu'elle échappe à l'analyse. C'est un chaos. Elle a ce mérite, à l'opposite de l'écriture opaque contemporaine, d'ouvrir des jours et des lumières. Gomme ministre, diplomate, soldat, Pontano, ainsi qu'yEneas-Sylvius, a été mêlé à trop d'allaires et introduit chez trop de gens pour faire de la littérature anonyme '. La fidélité de sa mémoire lui est un obstacle à la copie du genre, et l'animation de la cité qu'il habite, un empêchement à l'oubli du moment. 11 a beau se barricader entre les livres : du fracas de la rue, le présent monte.
Les dialogues de Pontano peuvent donner une image raccourcie de son œuvre diverse*. Pontano les commença sur le modèle de Lucien, puis bien vite, assez vaillant pour aller seul, il jeta loin le modèle et suivit son propre chemin. Sans doute que le fond en est
1. « Oinnis inihi vita sit acta aut in castris, aut in percgrationibiis prociil non inoflo a libris, sed a litteratis omnibus. » fP. 1068.)
2. Ils sont au nombre de cinq : Clutroit, .Isinits, Acfius, Antonius, /Eyidius.
grave ; on y raisonne de questions professionnelles ; de la fin de Torateur, si c'est persuader, comme le veut Cicéron, ou bien dire, comme le prétend Quintilicn ; des rapports de la poésie et de l'histoire; du but de l'histoire et de la poésie; des méchantes traductions d'Aristote; des poètes de l'Etna, Virgile, Pindare et Glaudien. On y dispute de logique; du jugement, de la constitution, des ellets des causes; de l'immortalité de l'àme ; de la véracité des songes; du libre arl)itre; des étoiles ; des rapports de la création et de la rédemption ; de la ressemblance des Champs-Elysées avec le Paradis. On y lait la théorie de l'hexamètre, des pieds, du nombre, de l'accent, de la césure, de l'ellipse, de l'élision, de l'allitération ; on se demande si plenus veut le génitif comme l'ablatif; si etsi et qtiamqiiam se construisent avec l'indicatif; si cmisa^ dérivant de cavissa et de caveo, s'écrit caitssa. Telle l'affaire, (^.ependant nous sommes en plein air, devant le Sebetho qui, dans le Charon, s'appelle l'Erèbe, dans la rue, sur la route ; au seuil d'une trattorie; à l'ombre de la maison de Pontano. Le peuple passe, rit, chante; le ciel resplendit; au fond, le Vésuve fume. Le moyen de ne pas regarder? Alors la digression savante s'émiette en dialogue; le syllogisme finit en quolibet; la proposition philosophique se termine en chanson. Et cet imprévu, cet accident, ces surprises rendent la lourde discussion comme avenue en lui assignant une date.
Ici, un notaire de campagne débat en plein vent les conditions du contrat de vente d'une maisonnette et d'un champ, devant deux poètes qui fonctionnent comme témoins. Le paysan acquéreur, retors et naïf, entre dans les minuties et les vétilles. Il voudrait qu'il fût stipulé que le bien lui appartiendra jusqu'au ciel et jusqu'au centre de la terre. En quoi, lui fait observer le poète Saunazaro, il usurperait le droit des prêtres, qui possèdent le ciel puisqu'ils le vendent, et qui possèdent l'enfer puisqu'ils le donnent. Ailleurs,
un cabarctier se rcjoiiil avec les passants de la paix politi(jiie qui vient d'ôtre conclue par l'u'uvre de Pontano. C'est une paix qui donne soif, comme dit Auguste. Qu'offre-l-il? Une tranche de pastèque, pardieu, et du vin le meilleur. Voilà les gens attajjlés et qui trinquent. Le crieur public proclame ses bans. Le messager de la cour annonce l'exécution capitale des barons. Le joueur de guitare fait sa quête. Le moine Egidio da Viterbo proche : « 0 chrétiens, la vieille philosophie n'est pas capable de considérer le bien dans son espèce, ni le bien lui-môme, le souverain bien, le bien consommé. Car Christ ne se révéla pas aux anciens philosophes et ne fut pas connu d'eux, ni entendu. Le bien est Christ, il existe de lui, en lui, par lui. C'est de sa source que toute bonté émane, que découlent les ruisseaux de tous les biens. I^a philosophie ne pouvait pas, tant s'en faut, connaître la vérité, lorsque Christ est lui-même la vérité et que le bien ne peut être vu et compris que par la vérité. Christ est donc la vérité, et il est le bien, et c'est en lui qu'est placée la beauté du vrai et du bien, c'est de lui qu'émanent le vrai et le bien, c'est par lui que la vérité est connue et quelle est la nature, quelle est la beauté, quelle est l'idée du bien '. » Soudain Egidio s'interrompt pour interpeller « un bout d'homme; » et, pour illustrer le récit de la Passion, il cite l'exemple des petits cochons, et de la laie, et de l'évêque de Noies, qui alla chercher en Afrique le iils prisonnier d'une pauvresse. Assez prêché ! Voici le chante-histoires arrivé de France. Il ne manquait que ça aux mœurs délicates de
1. « Xequit, o viri christiani, vetiis illa Philosophia boni ipsius speciem intueri, vcl bonuiii ipsum poliiis et («iiminuni et consunimatum. Quippe cum Chrisliis esset neque ah .iiitiquis philosopliis visas, neque ah illis îiiit audiliis, nul cognitiis llle n.'inique ipsc, ex illoqiie, perque llliiiii, bonum existit ipsum, deque illiiis fonte bonilas oninis manal, detluuntqiic bonoriini otiiniuin rivi.Multo aiilciii minus potuit veritatem agnoscere. quando idem ipse Ctirisliis veritas est, nec bunuiii aut videri aut intcliegi nisi per verilîilcm jxitest. Idem ipse igilur Christiis et veritas est et bonum, in eoque utriusque et veri et boni collocuta est specics. ex coque et verum dcmanat et bonum; ac per eum et veritas ipsa agnoscitur, et lioni ipsius natura qualis sil, quieque etiara sive species ejus, sive idea. » (P. 1402.)
notre cité ! Il est précédé d'un trompette, suivi de la foule, couronné de lierre. Le tréteau est dressé, le peuple assis, le trompette a joué. Avant que le chante-histoires débute, une espèce de pitre fait le boniment. Il interpelle les uns et les autres : « 0 toi qui as le nez rouge ; ô toi qui es assis à droite et tiens le menton bas ! » 11 dit : « Taisez-vous, faites silence ! » 11 dit : « Nous vous apportons une nouvelle fable antique ^ » '< Sertorius a son camp aux confins de l'Espagne; Pompée se prépare à l'attaquer ; mais Sertorius, instruit par les espions, a réveillé son armée ; le combat est atroce, cruel, douteux ; les chevaux, les hommes tombent d'ici, de là ; on lutte avec la fraude, la ruse, l'audace, la force; la nuit et la messagère de Diane interrompent la bataille. » Le boutlon ayant fini, c'est au chante-histoires, qui a caressé sa barbe et ajusté sa couronne, de commencer. « Sertorius en personne, commence-t-il, brillant d'armes dorées, réunissait son armée dans le camp. » Il énumère les combattants qui vont prendre part à la lutte, et parmi lesquels on distingue des personnages napolitains : Pontanius d'où descendront les Pontano, Pardo qui vaut par la lance, Chariteo qui vaut par l'épée. Il raconte la bataille : « Le premier, Veranius, jette sa lance en face de lui, contre (juintilius; la lance, menaçante, la pointe en avant, a pénétré par le bouclier et le flanc du soldat jusqu'aux entrailles profondes du cheval. Le coursier gémit. Et tandis qu'en hennissant il la secoue, et tandis qu'il frappe l'air de ses sabots d'acier, Quintilius glisse sur la lance secouée'-.» Si le chante-histoires s'arrête pour boire un coup et dormir un somme. Polichinelle s'empresse de le réveiller, a Allons, veau,