‹ Le quattrocento (volume 2)Chapitre 6 sur 77 · Bern.vhoino Cohio. op.. cit., II. p. 62(i · texte numérisé non relu

Bern.vhoino Cohio. op.. cit., II. p. 62(i

',i. « Ubi ventum est ad colloquium, pluiibus verbis, multa rerum et cxemplorum copiaet ralionibus efficacissimis Régi persuadet, ut paceiu qiiam bellum malit, et Italiœ patroniis niiliius perniciem. sed omnium salutem velit. » (Xk^colo V.\LOnr, Laurentii Medicei vita, Florence, 1736, p. 34.)

LA SIGNORIÉ 3è

(jiielques mois de pratiques le renvoie dans son pays, comblé de présents et porteur d'une paix avantageuse. C'est grùce à des arti di governo de cette sorte que le prince établit et maintient la signorie. La signorie n'est point l'état moderne, tel que nous le concevons ; elle est du moins une forme de gouvernement qui se rapproche de notre concept. Le prince italien s'appuie sur le peuple menu contre le peuple gras, comme ailleurs le monarque s'appuie sur le tiers état contre l'aristocratie. Il établit l'unité dans la servitude. 11 met les épaules à niveau et monte dessus. Le peuple n'est plus rien. Il n'existe plus, ne compte plus, ne vaut plus. « C'est une sottise évidemment, écrit Matteo Palmieri, que le cordonnier conseille de quelle manière on doit faire les lois civiles, comment la République s'administre et comment la guerre se conduit'. » Palmieri oubliait l'humble sonneur de cloches, Antonio Pucci qui, volendo consigliare il comiine per cierte cose, descend sur la place et se met à chanter; et il ne se rappelait plus le simple cardeur de laine, Michèle di Lando, qui ne sachant ni lire, ni écrire, mis à la tète des affaires par une révolution, les dirige avec une telle sagesse qu'il y demeure trois ans. Palmieri partageait l'idée de son époque. « Le peuple, assure Guichardin, est véritablement un fou, parce que c'est un monstre plein de confusions et d'erreurs, dont les vaines opinions sont aussi éloignées de la vérité que l'Espagne de l'Inde selon Ptolémée-. » Le prince a absorbé toute vie publique et toute conscience nationale. Le peuple n'a plus d'autre inij)orlance que celui de facteur politique. Philippe-Marie Visconti lui donne ses favoris à

1. « Sciocca cusn è certo che il calzolaiu consij,'li in che modo si diano le leppi civili, corne s'ainminislri la reniiblica od in che modo si facciano le guerre. » iMATTEo Palmieri, UeÙa VUa civile. Milan, 1830, p. 12.)

2. « Chi disse un popolo disse veramente un pazzo, perché è un inostro pieno di conuisione e di errori, e le sue vane opinioni sono tanto lontane dalla verità quanto è, secondo Tolonieo, la Spagna dalla india. » (Giicciakoim )

adorer'. Ferrante d'Aragon lui donne des cochons à nourrir; « et s'ils mouraient, ditCommines, fallait qu'ils les payassent- ». Laurent de Médicis l'endort dans la volupté et l'orgie. « Qui veut être heureux le soit, de demain point n'est de certitude^. » Que le peuple dorme, lui veille ; que le peuple s'abrutisse, lui pense ; que le peuple meure, lui vit. Il n'y a que lui. Le peuple, l'Etat, c'est lui. Machiavel n'intitule pas son livre de sagesse gouvernementale, la Commune^ laRéjntblique, VEtat; il l'intitule le Prince. Dans tout organisme public, on ne voit que le prince et on ne pense qu'au prince ; et le prince suffit à sa destinée et à sa mission. C'est un excellent administrateur. Il organise les services publics, donne à la police, à la justice, aux finances, une meilleure assiette, établit l'ordre, la régularité, la sécurité. Florence, sous Laurent le Magnifique, brille d'un éclat à illuminer le monde, travaille, chante, produit, impose ses volontés et ses caprices, et, dit un contemporain, « belle, noble par ses victoires, ses œuvres, ses métiers et ses maisons, elle jouit de l'abondance, de la salubrité et de la paix^. » La Romagne, que César Borgia a conquise, à coups de fraudes, d'incendies et d'assassinats, est gouvernée dans un esprit de sagesse et de prudence ; le Valentinois l'apaise et l'unit, y édicté des mesures charitables

1. « Hi (adolescentes) denique erant iu quibiis consisteret majestas status sui, quos populus tamquam Deos aliquos coleret. » Pier Gasdiuo Decembrio, ov. c.

2. <\ .laiiiais n'avoit eu aucune pitié et compassion de son pauvre peuple, quant aux deniers. Il faisait tout train de marchandise en son royaume, jusques à bâiller les porceauxà ^^arder au peuple, et les leur faisoit engresser pour mieux les vendre. S'ils mouroient, falloit qu'ils les payassent. » (Comjii.nes, Mémuiren. VU, 11).

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