Luciole, quid agit pater
— Cum matre litigal. Accessit ad eum adolescentulus cum inandatis, putat illum mater missum a pellice. Eam vociferantem quo magis ridet pater. eo vehementiiis irritât. Ego e cubiculo me proripiii. atque eo libentius. quud sacerdos ad eum ingressus est. Vult enim maler sacerdoti se ut pnrget, ac peccata nndet, rem sane iniportunam ; sat enim scio niatrem et sua et patris peccata nudius tertms sacerdoti ordine aperuisse. Xam cum ipse ad confitentis matris genua assedissem, maternam confessionem, autrectius questum, attente aucupatus sum. Bone sacerdos. niaritus meus amat ancillulas. si quas facie liberali vidit: sectatur ingenuas puellas. Anne superiori, Tnrenti cum esset, cognovit non unam. Anno ante in Hetruria, cum Gaditanula depreiiensus fuit. Jncatur etiamdomi cum .Etiiiopisis. Nec pati possum ejus inteiuperantiam. Ille ridet, ego dirumpor. Perrectat urbem ac principum aulas. Ego domi inter pedissequas partior pensa... Quid igitur opus palrom errores iterato confiteri, quos mater tam apcrte e.xplicaverit ?... Ipse carmen decantare evomium cd'pit.
— Scitum puerum I Sed obsecro, carmen evomium quod sit, edoce.
— Qui carmen tlicit in uiuUerem furore percitam conversus, ter despuit. illa statim bilem evomit...
— Miriim huic carmini vim tantam inesse?
— Ipsa res docet. Sed desine, obsecro. Mater est in fencstra, cujus conspeclum vereor. » (P. 1261.)
l'eau est tiède et abondante, le bassin est grand et propre, la liqueur de la liqueur de Vénus môme, les parfums semblent l'Arabie qu'Eudémon apporta avec lui. Je ne désire rien de plus, si ce n'est que tu restes bien tranquille, ô mon bijou, tandis que je te lustre et que je t'oins. Mais voici que tu te montres caressant; tu dresses la queue ; tu agites la tête, tu te portes vers moi de tout ton corps, mon âne. Ah! amour, je m'en vais te rendre plus clair que la clarté ! Halte. Tendsmoi la queue pour que l'ayant bien lavée, je la peigne aussi gentiment que possible, pour que l'ayant lavée je la parfume plus gentiment encore. Qu'est-ce donc? Est-ce pour que je le lave que tu me tends ton séant? Tu remues trop les pieds. Mais peut-être que tu es pris d'un chatouillement. C'est ça, ma petite âme. Vraiment, je suis plus bête que toi do n'avoir pas commencé ma lotion par la tête. Tu as vu mon erreur, et c'est pour ça que tu agites les oreilles et que tu me présentes le chef. Allons, mon joli, que cette friction te délecte, cette bonne friction tiède, si menue, si légère... Cette fois tu me rends heureux ; tu serres les dents ; tu me mordilles gentiment pour rire... Aïe! arrête! idiot d'animal! 11 m'a presque arraché les mains d'un seul coup^»
1. « Atqui ego te pro pomitentia ista, vel sapone Arabicis odoranientis condito totiim perluerim. caputquo et pedes laverim. Pelvem afferte, in eaque tepidiiisculam plurimani, niyrteo cum liquore, Arabicisque condimentis,quibusmeasdelicias moremeo inungam. Benehabet, aqua tepidiuscula est et niulta, pelvis bene ampla et nitida, liquor quem ipsius Veneris dicas, condimenta quaî Arabiam illani quidein Eiida-monem hiic secuiii pertulisse videantur. Quod ultra desiderem nihil est, nisi te ut agas mansuetissimuin, duui te perluo, duni te inungo, delicium meuui. »
Pardus. Expecto videre, quo res hœc tandem sit evasura.
Pontanus. Et jiini blandiris, Jam caudam surrigis, jam capite micas, totusque toto etiarn corpore, meus asine.mihi gesfis. Euge deliciai, ut ego te nitore ipso nilidiorem rcddam. Sistc, âge caudam ad me, dum bene lotam depecto quam lepidissime depexamque miilto lepidius inungo. Quid hoc? (|uod clunes mihi lavandas, asine, vix porrigis? Non satis placet ista pedum tam frequens agilatio. An fortasse titillatus ipse te cepit? Hoc iilud est. mea animula. Verum ego longe te ineptior sum, qui non a capite ioturam cœperim. Sensisti erratum: hinc mihi caput obiicis. hinc auricnlis micas. Euge, lepidissime, ut delectat tepidula, ut frictio tam minuta et lenis! Nunc me béas, dura dentés restringis, (lum morsiunculas tam urb^nas ludis. Apage, apage, animal inertiss^-
Ailleurs, Poatano se représente au milieu des siens. Ailleurs, Pontano 9.\^ne avec son jardinier, à propos de la femme de ce jardinier, un contrat tout intime. Ailleurs, Pontano trace sa propre silhouette. Il se dit : « De stature bonne et droite, de front large, de crâne chauve, de sourcils un peu descendants, de nez aigu, d'yeux glauques, de menton proéminent, de joues décharnées, de bouche modique, de teint rouge, du reste du corps carré'. » Et partout Pontano se trahit.
Cependant, comme Beccadelli, Pontano est surtout poète.
Son vers naît, monte, tombe naturellement, à la suite de la pulsation de son cœur. Il chante comme il respire, pour se répandre, pour se continuer, se soulager; d'ailleurs presque absolument dépourvu d'idées, quasiment vierge de sentiments, et seulement épris de belles formes et de musique.
« Gythère peignait ses cheveux, elle séchait sa chevelure mouillée. Et autour les Grâces chantaient des chants choisis.
— A la chanson des Grâces, les Satyres se hâtent ; à la chanson, les Nymphes; de la haie silencieuse, ils boivent les chants qu'ils recueillent.
— Un impertinent ose et s'approche; il regarde Dioné, alors qu'elle embellit son visage d'une main savante.
— Pudique, Dioné a rougi : la rougeur a couru sur son visage ; une pourpre charmante occupe ses joues délicates.
nium, bestiam ingratissimam, ut inibi pêne manum utramque morsus abripuit ! » (P. 1587 )
1. « Bona et recta statura, fronte latn, calvo capite, superciliis demissioribiis, acutd naso, ginucis oculis, luento promissiori, inacilentis nialis. producla cervice, ore modico, colore rufo, adolescens tauicn perpalluit, reliqiio corpore qiiadrato. » (P. 1261.)
— Cependant, entre les roses, entre les rosiers, bientôt elle a fui ; elle se cache, et, de sa bouche, elle expire des iris légers.
— Elle expire et répand des iris; elle resplendit de pourpre; et la terre ingénieuse recueille le souftle de la déesse.
— C'est ainsi que les fleurs ont pris leur couleur de pourpre; c'est ainsi que la rose, jadis candide, s'est empourprée.
— Cueillez ces roses; ornez-en, belles jeunes filles, vos cheveux. Que votre chevelure brillante reluise d'une rosée de Pœstum !
— Déesses, en été, au printemps, éparpillez des roses ; que les temples exhalent des roses, que vous-mêmes vous embaumiez les roses ^ »
Et Pontano chante ce qu'il voit, Naples, les quartiers de Naples, les fontaines de Naples, les villas de Naples, les collines de Naples, les paysages de Naples; les princes qu'il cultive; les lettrés qu'il fréquente; les maîtresses qu'il étreint; sa femme Ariadna, sa concubine Stella, ses filles, son fils, son jardin, son âne, sa maison. Il chante la joie païenne, la beauté sensible, l'ivresse des couleurs et des formes, l'accouplement splendide, la volupté heureuse. L'amour qu'il magnifie est l'instinct physique déposé à l'origine des humanités, non sa vie intérieure et l'infini de ses nuances
« Peclebat Cytherea comas, madidumque cnpillum
Siccabat, Charités carmina lecta canunt... Ilinc ali(jiiis petulans ausus prodire Dioneiii
Intuitur. doctaduui linit ora inanu.
Erubuit pudibunda, riiborqne per ora cucurrit,
Occupât et teneras purpura fjrata ^enas. Mox intenjue ro-as, interqne roseta reiugit,
iJelitet, et molles spirat ab ore crocos. Dum spirat, funditf|ue erocos, dum purpura fulget,
Goncipit ntllatus Diedala terrii dea;.
Hinc et purpureum flores trnxcre colorem,
Qufeque prius candor purpura facta rosa est. lias legite, his teneras crines ornate puella\
Pestano niteat lucide rore coma, Vere rosas, festate rosas ditlundite, divœ,
Spirent templa rosas, ipsœ et olete rosas. »
d'Ame, mais ses combats matériels, ses étreintes passionnées, ses fièvres, ses baisers et ses spasmes. « 0 vous, bienheureux endécasyllabes, combien de baisers n'aurez-voiis pas à énumérer, combien de morsures légères, combien de soupirs et combien de duels, et de murmures, et d'éclats de rire^!» Les Madonna des anciens poètes, qui, comme les ligures giottesques, ne vivaient que dans le front oX dans le regard, n'étaient jamais trop recouvertes de voiles : les Faniella, les Stella, les Batilla, les Phocilla de Pontano ne sont jamais assez nues-. Aucune pudeur méchante ne les complique, aucun triste scrupule ne les retient; d'ellesmêmes, elles dépouillent leurs mousselines légères et leurs brocarts pesants; d'elles-mêmes, elles jettent loin les lils de perles et les chaînes de préjugés qui les lient; elles offrent leur gorge de rose; elles ouvrent leurs bras de troène, heureuses et naturelles, belles d'être nues, rudimentaires et prêtes, étendues sur la plage en des attitudes de nobles animaux. La poésie de Pontano éclose et grandie au soleil, — « 0 soleil, tout devient par toi; par toi, toute espèce est produite, et croît, et s'éternise; et c'est vers loi que se lèvent les bosquets, et vers toi les herbes, les graines et tout-' ! » — est somptueuse, fastueuse, magnifiquement déréglée et exubérante; elle garde jusque dans l'obscénité je ne sais quelle splendeur et quelle allure royale; on dirait de la pourpre et de l'or qui étincellent sur le fond de cobalt de la mer.
Dans l'églogue de Lcpidimi, une des plus charmantes choses de Pontano, i^epidina et Macrou, qui sont deux
1. « Timc vos henriecasyllabi beati, Quot, qiidt oscilla, inorsiunciilnsque, Quoi, quoi enumerabilis diiell.i?
Quot slispiria, imirmuni et cachinnos ?.»