Vergehio, De Infjeiiuis moribus
3. « Délia fauiiliarc iconouiica nulla sentono, ma isprezzato il santo matrimonio vivono mattamente sanza curare che sia l'onor paterno, il bénéficie dei figliuoli... Non sanno quai reggimento si sia migliore, o quelle d'uno o quel di più, o quel di molti, o quel di pochi eletti ; fuçono la fatica alfermando che chi serve a comune serve a niuno, ne colla guarnaca consigliano la republica, né con Tarnii la difendono. Ne si ricordano che quanto il bene è più comune, tanto à più del divino. » (Gino Rincccini, dans W'esselofskv, // Puvadiso der/li Alberti, I, 2, 314).
LA DÉFORMATION PKOFESSIONNELLK 333
pour no rien ontendre; ils se réfugiant dans l'antiquité, comme dans une église, et ils se claquemurent dans la solitude, comme dans un rempart. Et tandis qu'audessous d'eux riiumanilé lutte, souffre, espère, tombe, se relève, engendre dans la douleur, s'achoppe et s'acharne à un but qu'elle ignore et qu'ils n'éclairent plus, eux se bercent à la musique des périodes et se grisent à la contagion des exemples. Ils ne sont pas des gens de forum ou des personnages de marché; ils sont des philosophes et des sages. Ils cultivent « le loisir studieux », le « loisir des lettres » le « loisir avec dignité, » qui est leur douce manie. Ils méprisent l'avarice, les négoces, les trafics, les révolutions et les affaires. Leur raison n'est point atteinte par le détail fortuit de conjonctures éphémères et d'accidents transitoires; mais leur âme, inclinée à la seule contemplation de la vérité, se tourne vers le passé comme la plante vers le soleil. « Adonne-toi au passé, dit Poggio, qui te soustraira à ces ennuis'-. » Bruni confesse que les temps de Démosthènes et de Gicéron lui sont plus familiers que les événements contemporains ^ Et Filelfo ajoute : « Tout notre zèle est avec les muses et avec ces arts et ces disciplines qui, éloignés du fracas des armes, tendent à vivre bien et à vivre heureux *. » A cette attitude mentale, ils perdent la notion la plus élémentaire de la réalité. Ils deviennent aussi magnifiques que superflus. Ils fournissent une carrière de luxe et de décor. Comme un orchestre qui rehausse une solennité de ses musiques, ils illustrent la vie qu'ils accompagnent de leurs llonflons oraloires, qu'ils ne créent pas et ne déterminent pas. A Norcia, dit
1. « Mihi quidetn Ciceronis. Demosthenisque tempora iiuilto magis nota videntiir qiiam illa qiuK fuerunt jam annis sexaginta. » {Commentarius, n. 13.)
2. « Vaca prœteritis quœ te ab his molestiis paulutn abducent. » (Poggio, Episl., IV, 16.)
3. « Totum nostruDi sludium est cum inusis et cuiii iis artibus atque disciplinis qua; semotiP ab omiie armoruin strepitu ad bene perlineat, beateque vivendum. » (Filelfo, Epist., V.)
Simonella, « alors que les citoyens étaient pour se réunir dans les conseils de la commune, le héraut criait : Dehors tous les sages et les lettrés i » !
Vivre, n'est plus faire acte de conscience ou d'humanité, gagner son pain ou son salut, procréer des enfants ou des exemples, élever sa famille ou son âme, servir son pays ou son Dieu, être citoyen, soldat, homme ; vivre, c'est écrire des proses châtiées, c'est prononcer des discours sonores, c'est ajuster des vers délicats, c'est traduire du grec on latin. « Ceux-là seulement peuvent dire qu'ils ont vécu, avance Poggio, qui ont écrit des livres latins pleins d'éloquence et de savoir, et traduit du grec en latin 2. » Pour lui, l'essentiel n'est pas d'avoir conquis les Gaules, mais d'avoir écrit les Commentaires de la conquête des Gaules, et le grand écrivain est supérieur au grand homme qui, sans le grand écrivain, ne serait point avenu •^. Le mérite se transporte de la beauté de l'acte dans la beauté du style. Sera magnanime qui aura bien discouru de la magnanimité ; sera valeureux qui aura bien disputé du courage ; et lorsqu'on un morceau oratoire soigné au point de ne blesser la délicatesse d'aucune oreille, on aura flétri vertement l'hypocrisie et l'ambition, on passera soi-même pour loyal et modeste. Et que si Pétrarque, nourri de saint Augustin et de saint Jérôme, s'était aperçu de cette tricherie de l'intelligence et l'avait signalée au banc de l'opinion ■', les humanistes, à qui leur pauvreté morale ne fut jamais dévoilée et qui sont insincères parfaitement sincèrement, ne s'aperçoivent de rien. De bonne foi ils se croient
1. Giovanni Simonetta, De rehiis Fr. Sphorlise. Muratori, Rerum, XXI, 270.