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CHAPITRE YI

I. Les cours septentrionales italiennes : Mantoue, Urbin. Alilan. — Ferrare, possession des Este, ducs et condottières. — La chevalerie et les mœurs chevaleresques. — Les femmes et leur influence. — Fêtes, divertissements et spectacles. — Le luxe. — La force physique. — La race campagnarde.

II. L'humanisme à Ferrare. — La langue de Ferrare n'est pas le latin, mais l'italien. — Les poètes, iiovellieri et chante-histoires : Francesco Cieco, Niccolo da Correggio, le Pistoia, Antonio Tebaldeo, Xiccolô Lelio Cosmico, Antonio Cornazzano. Sabbadino degli Arienti, Jacopo Caviceo, Pandolfo Gollenuccio. — La littérature dans les banquets, les spectacles et la vie. — Valeur de cette littérature. — Caractère de cette littérature.

in. La Renaissance à Ferrare. — Le comte Matteo-Maria Boïardo de Scandiano. — Sa vie, sa culture et sa fonction de gentilhomme.

— Ses divertissements littéraires. — Son canzonière. — Son Orlando innamorulo. — Différences du Morganle de Pulci et de Y Orlando de Bo'iardo. — La matière de France et la matière de Bretagne accouplées. — L'amour. — Argument du poème. — Son allure et sa grâce.

— Ses personnages originaux. — Orlando et Angélique. — Ses éléments divers. — Sa couleur unique. — VOrlando innamorato, poème de la belle vie seigneuriale.

Dans le Nord de l'Italie ; à Mantoue, ctiez les Gonzague, autour de la bonne marquise Isabelle ; à Urbin, chez les Montefeltro, dans le palais construit par le duc Federigo; à Milan, chez les Sl'orza, où brillent les Gaspare Visconti, les Bernardo Bellincioni, les Baldassare Taccoue, les Léonard de Vinci, les choses se passent autrement.

Pour bien faire, il faudrait étudier séparément chacune de ces signories, étroitement unies par les modes, les sympathies et les alliances, mais gardant chacune sa physionomie et son accent; examiner le théâtre de Mant(»u«' fondé par !\)litien, la cour dTrbin déjà prête à écouter le Casliglione, l'Académie de Milan groupée autour «le Ludovic le More. Bornons-nous à l*'errare,

LA KENAISSANCE A FERRARE 345

la plus splendide de toutes, apparentée avec toutes et où, dès 1474, l'Arioste est né'.

Ferrare est une cour féodale et militaire, où le s Este, qui portaient le titre de marquis, qui maintenant portent le titre de ducs, rognent en souverains aijsolus : Nicolas jusqu'en 14il, Lionel jusqu'en 1450, Borso jusqu'en 1471, Hercule jusqu'en 1507.

Le palais ressemble à une forteresse", la ville à une citadelle, la vie à un perpétuel qui-vive. De père en fils, les Este sont soldats, et tandis que Laurent de Médicis avouait qu'en fait d'armes et de coups il n'était guère remarquable [non molto streiiuo)"^, son contemporain Hercule d'Esté est un condottiere, vivant comme un condottiere, indifféremment à la solde des Aragons et des Angevins, ferraillant pour Venise et contre Venise, boitant d'un coup d'espingarde qu'il a reçu à la clavicule du pied droit, dans une bataille où trois chevaux crevèrent sous lui. Et tandis que les Médicis étaient des bourgeois qui dissimulaient leur puissance sous une grande modestie, les Este sont des princes qui étalent leur puissance au grand jour.

Borso d'Esté n'apparaît que vêtu de brocart et de soie, porte jusqu'à la campagne des colliers do soixantedix mille ducats l'un», fait ériger sa propre statue sur la place, fait peindre ^ses propres gestes contre les parois du palais de Schifanoja, où il est représenté écoutant ses sujets, assistant à des courses, recevant des ambassadeurs, acceptant l'hommage d'un panier de cerises, récompensant son bouffon. En 1452, à la tête de trois gentilshommes qui portent les étendards de sa maison etde quatre centscavaliers qui portent des bannières blanches, il s'agenouille devant l'empereur

4. Sur Ferrare, à côte des ouvrages cités ci-dessous, voir A. Frizzi, Memorie ppr la storiu di Ferrara, Ferrare, 1847, 5 vol.

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