Diario f'errarese, p
;i. « Si fa noto, a chi desiderasse operarsi per virtude o eagliardia andare là oUre per liportarse el premio de la valorosità sua. che sarano bene veduti e accarezzati. »
Les livres de France et de Bretagne entretiennent cette noble passion. La bibliothèque ducale abonde en romans de chevalerie qui, comme les registres du palais nous l'apprennent, sont fort de requête : Tristan^ Lancelot^ Saint-Graal^ Merlin^ Meliaduse. Bianca d'Esté détient le Gothofred de Boion; le comte Lodovico da Gano lit Galeot/i le Brun; Borso d'Esté, pour son compte, achète ia Spagna, VAspromonte^ le Meschino^ commande d'orner de miniatures Tristan et Lancelot, ordonne de traduire en italien le Maine tto che traita délie storie di FraticiaK Isabelle d'Esté prie son mandataire à Venise de lui acheter des livres «qui contiennent batailles, histoires et fables, aussi bien de modernes et d'antiques, et principalement des paladins de France ». En 1491, sur une barque qui les emporte, Galeazzo Visconti et elle disputent pendant la traversée des mérites respectifs d'Orlando et de Rinaldo^. Selon Michèle Savonarole, «les hommes se complaisent moins aux vêpres qu'à écouter chanter de roman •^)). Les femmes portent à leur manche des devises empruntées à des phrases de roman. Les princes font remonter leurs origines jusqu'aux paladins de la Tabhi ronde. Les noms de la matière française ou bretonne sont courants : Rinaldo, Ginevra, Meliaduse, Tristano, Isotta.
Pour le chevalier, le bourgeois elle peuple n'existent pas. Le peuple estle vilain, taillable, corvéable, sujet à la dîme, celui qu'on pressure, celui qu'on taxe d'impôts arbitraires, celui qu'on oblige à célébrer l'anniversaire ducal, comme il célèbre la Fête-Dieu, qu'on arrache à
i. Pio Rnjna, Picordi di codici posseduti dar/li Eslensi nel eco o XV. HoiTJfini.'i, l'/iris, 187;}, p. 49 et sq. — A. Venliiri, L'AvIe a Ferrarn nel periodo di Horso d'Esté. — « Che contengaiio batalie, historié e fabule, cossi di moderni comme de antichi, c massiine de li paladini di Kranza...» (Luzio et Hciiier. l'recutldrid'lsubclln d'Esté, AncAiie, 1887.)
2. Liizio et Henier, Délie relazioii'i d'Isubellii d'Esté Gonzaf/a cou Ludovic/) e lienlrice ^sforz/i, Milan. 1890.
3. « Più che ai vespri ^li iiomini si cotnpiacevano a sentir cantare di romanzo. » (A. Venturi, L'Arte a Feiraranel periodo di Uorso d'Esté, Turin, 188G.)
la lene, à ses récoltes pour l'employer dans les parcs et dans les jardins à des travaux de pure fantaisie, dont il ignore le but, et qui accepte, tête baissée, cœur soumis ^ « Nous sommes, conf'esse-t-il à Borso d'Esté, les chiens et les brutes de Son Excellence -. » Il n'y a que le palais, et ce qui se rattache au palais qui compte, les maîtres d'armes et d'écurie, les officiers de bouche, les sénéchaux, les écuyers, les pages, les veueurs, les nains, les bouffons, les musiciens, et dans cette foule brillante et chamarrée, les princes, les ducs, les demi-ducs, les marquis, les gentilshommes, les cavaliers, les seigneurs de tours et de terres \
Joignons-y les femmes, moins reléguées qu'autre part^, faibles, fines, délicates, partout présentes, intervenant partout, et mêlant aux jeux, aux joutes, aux chasses, aux courses, aux spectacles, à la vie, leur sourire et leur parure. Elles sont la tendresse du sombre palais bâti en château-fort. Elles sont la grâce et la douceur. Elles sont l'élément aussi charmant que nécessaire de l'existence. Déjà le vieux Niccolô d'Esté a « plus de huit cents donzelles à son plaisir"")). Rinaldo, abbé-commandeur de la Pomposa, ne se contente pas de mille femmes. En 1472, plus de cinq cents nobles se portent à la rencontre de Madonna Riccarda, mère du duc Hercule. En 1473, le duc Hercule donne tin bal à cent-soixante-six jeunes filles à marier pour célébrer ses noces avec M""" Eleonora d'Aragon, d'où naîtront ces deux incomparables princesses de la Renaissance, Béatrice d'Esté et Isabelle d'Esté, « la belle et
1. « CaBi e scherani fli Sua Eccellenza. » (A. Venturi, L'Arlea Ferrara nel periudo di Borso cl'EsIe, Turin, 188().)