‹ Le quattrocentoChapitre 124 sur 151 · V. Rossi, H Quallrocenlo, op. c, p · texte numérisé non relu

V. Rossi, H Quallrocenlo, op. c, p

que les chante-histoires, au début de leurs chants, bredouillaient une prière à Marie ou à Apollon, Boïardo ne pense qu'à son roman et qu'à son auditoire; il salue gracieusement les cavaliers estimés et les dames charmantes qui « honorent la cour et la courtoisie » ; il adresse des compliments choisis à « la belle baronie », au milieu de laquelle il se sent plus fortuné qu'Arion dont la douce voix attirait les dauphins de Sicile; il décrit des paysages de printemps; il dit la jeune fille qu'il vit chanter au milieu des roses, sur une colline, près de la mer, « qui tremblait toute de splendeur^ », ets'il évoque quelqu'un, c'est la déité de sa jeunesse, c'est Antonia Gaprara : « Lumière de mes yeux, esprit de mon cœur, pour qui je chantais unej fois si doucement les rimes délicates et de beaux vers] d'amour, que ton aide m'inspire en cette histoire pré-l sente " I »

Son poème, divisé en chants de bonne longueur et de\ longueur pareille, n'est un plus fouillis. Son imagination' n'est pas empêtrée. Sa vision reste claire et fine/ L'obscurité de la rue s'est dissipée, comme la vapeuri des landes bretonnes s'est évanouie. Chaque trait' comme chaque épisode, chaque détail comme chaque' aventure, une arme, une broderie, une figure, un paysage, apparaît d'une netteté parfaite et d'une précision' admirable. L'amour qui domine le poème et en remplit chaque page n'a rien d'alambiqué, de pétrarquesque, de platonicien; c'est l'instinct jeune et sain qui couche Brandimarle et Fiordelisa au bord du pré. «J'en de-' mande pardon, s'écrie le poète; mais je crois qu'uni

1. « Già mi trovai, di inaggio una mattina, Entro un bel prato adorno di bei fiore Sopra ad un culle a lato a la marina Che lutta treuiolava di spiendore. »

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