‹ Le quattrocentoChapitre 125 sur 151 · II, IV · texte numérisé non relu

II, IV

beau baiser à bouche ouverte conquiert chaque âme par sa douceur ' ». Régnant en souverain absolu ; implacable, ardent, pareil ; plongeant les uns et les autres dans les mômes crises aiguës, il s'explique par des philtres ; si, à la seule apparition d'Angélique, la cour entière s'énamoure, c'est qu'Angélique est magicienne, si ellemême s'éprend de Hanaldo, c'est qu'elle a bu au Fleuve d'amour, si Ranaldo lui résiste, c'est qu'il a bu à la Fontaine d'oubli. L'infini du mystère, encastré dans le format de l'octave limpide et rapide, s'est réduit, allégé, clarifié. Nous sommes près de terre, dans une réalité concrète et brillante qui discipline la fantaisie, pondère l'illusion, fixe l'apparence. Le sens est immédiat, parfois allégorique, jamais symbolique. Cela court, glisse, d'une cadence facile, dans la lumière et dans la certitude. Boïardo chante la gigantesque épopée française et la profonde âme bretonne sur une flûte d'argent.

VOriando innamorato n'est pas un roman de caractères, c'est un roman d'aventures, car seules les aventures distraient. Cependant quelques-uns de ses personnages émergent de la foule et sont fixés dans leur silhouette mentale.

Si Boïardo, respectueux en cela de la tradition, a conservé aux héros de l'épopée française la couleur que l'Italie leur avait prêtée, si son Carlomagno allonge de << grandes bâtonnades », si son Astolfo se montre l'adolescent hardi, vantard et pour rien désarçonné qu'on connaît, si son Ranaldo demeure l'antique chevalier à la vieille mode, haïssant la femme et ignorant qu'il est beau, l'imagination du poète s'est donné plus libre carrière dans le camp des Sarrasins, où les types étaient moins consacrés par la sympathie italienne et où naissent autant de créations originales.

C'est la figure exquise de Brandimarte, le chevalier

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