‹ Le quattrocentoChapitre 20 sur 151 · Candor erat iliilci sullusus sariffiiine, qualeiu · texte numérisé non relu

Candor erat iliilci sullusus sariffiiine, qualeiu

Alba l'erunt rubris lilia mixla rosis.

Utnitiduni lirti radiabant sidiis ocelli,

Si'pe Aiiior accensas rettuiit inde faces. Solverat ellusos quoties sine lege capiilos,

Infosta est trepidis visa Diana l'eris ; Sive iterum adduotos fulviim collegit in aurum,

Compta cytheriaco est pectine visa Venus. Usque illain parvi furtiin componere Amores

Sunt soliti, et facili Gratia blanda manu, Atque honor et teneri jani cana modestia vultus... »

2. « ... Gravedinosam, vietam, oientem, rancidaui, Gadavcrosani, fronte ruf,'osa, coma

Cana atque rara, depilatis palpebris, Glabro supercilio, iabeilis delluentibus, Oculis rubentibus, eenis lachryniantibus, Edentulanujue (ni duo nigri et sordidi Dentés supersint), auriculis exsanguibus Flaccisque, mucco naribus stiliantibus, Rictu saliva undante, tetro anlielitu... »

ment la cornemuse à la poche gonflée; tantôtils chantent des chansons; à l'envi ils chantentdes chansons ; tantôt d'une baguette rebondissante ils jouent du tambour et battent des cymbales; et ils dansent dans la joie, et ils frappent l'airain, et le souple chalumeau au bout de corne retentit, et les cris s'élèvent à l'unisson, et les éclats de rire montent'. » Voici le portrait d'un coq : « Au sommet de la tête, la crête aiguë rougeoie ; au sommet de la tète, son aigrette resplendit dans une palpitation légère, et cette splendeur se répand le long de son cou doré et de ses épaules qu'elle recouvre d'honneur et de beauté ; sa barbepassedu rouge au blanc ■et s'accroche à sa poitrine comme un ornement barbare : le bec dresse sa pointe crochue ; les yeux gris, fièrement, jettent des flammes; les pattes, hérissées de poils, se roidissent, très courtes, la jointure et l'ergot à peine distants ; les traces qu'il imprime sur le sable sont armées de grifles ; les plumes de ses ailes saillantes se déploient dans l'espace; et les pointes de sa queue fendue et recourbée comme une faux s'élancent vers le ciel '-. »

1, « ... CoUucetque focus ; coeunt vicinia simplex Una otnnes, juvenesque probi malcrque severa Conjuge cum duro et pueris et virgine grandi, Convigilîiiilque hilares, et prima; teiupora noctis Decerpunt, molli curas abigente lyœo.

Miituaquc inter se liidunl : timi tibia folle Lascivuiu sonat intlato; tum carmina caiitunt, Carmina certalim cantant; tum tenta reçusse Tynipana supplodunt baculo, et cava cymbala puisant, Et la'ti saltanl, et tundunt uribus a>ra,

Et grave consi)irat cornu tuba ilexilis unco : Conclaniantque altum unanimes, tolluntipic cachinnos. »

{lô., p. 322.)

2. « ... Vertice purpurat alto Fastigatus ape.x ; dulci(|ue errore corusciu Splendescunt cervice jubtu, perque aurea c<dla

Perque humeros it pulcher fionos ; palea ampla dccenler Albicat ex rutilo. atque torosa in pectora peiidct Harbarum in morem ; stat adnnca cuspide ruslrum, Exiguum spatii rostrum ; I1agrant(|uc tremendum Havi oculi ; nivcas(|ue caput latc explicat aureis; Crura pilis liirsuta rigcnt, juncturaque nodo Vix di.stantc sodct ; (Juriis vustigiu mucro Aruiat; in iiumeusum pinniuquu hirlicpic luccrti

Avec les mots latins, que Barzizza pesait, que Bruni flairait, il joue. Politien joue avec les mots. Marsile Ficin a écouté la messe, Domizio Calderini a oublié d'y aller: Atidil Marsilius missam; missam facis illam, tu^ Domiti. Qui est le plus croyant? C'est Domizio, dit Politien, quanto aiuHre mimis est bona qiiam facerc. En lalin il dit ce qu'on veut, et non seulement le mécanisme d'une horloge, comme nous avons vu, mais desjambons appendus dans la cheminée, des champignons secs, un chapeau de cardinal, un mortier de guerre, le Borgo Ognissanti de Florence. Dante avait écrit : Amor chc a imllo amato amar perdona, joliment Politien traduit : Cri'de milù, pretiuin est solus amoris amor. 11 est agile, adroit, discret. Il est retenu et contenu. Rien chez lui n'est livré au hasard. Tout est agencé, dominé par une main prompte et exercée. La ligne est pure comme aux silhouettes ornant les flancs des vases étrusques ; l'impression évidente et circonscrite comme en une petite sculpture de camée ; la couleur limpide, également distribuée, de qualité fine et forte ; et cela partout, toujours, dans toute son œuvre, dans les quatre SylvesA'xMiQ, invention si ingénieuse, la Manto^ le Rusticus, V Ambra, la Nutricia, avec lesquelles il inaugure ses graves leçons ' ; dans le Prologue qu'il écrit en 1488 pour la représentation des Ménechmes ; dans ses traductions de V Iliade et de VAntfioloyie ; dans les élégies,, les odes, les épigrammes malicieuses et les hymnes sacrés qu'il écrit au fur et à mesure des événements et

Protenti excurrunt, duplieique horrentia vallo Falcatd! ad cœlum toUuntur acumina caudœ. »

1. La Manlo (1482), qui introduit une lecture des Bucoliques de Virf,^ile, penche la fille de Tirésias sur le berceau de Virgile, dont elle prédit les destinées et raconte l'œuvre. Le Huslicus (1483), qui introduit une lecture des Géorgiqiies d'Hésiode et de Virgile, e.xalte, comme nous l'avons vu, la vie champêtre. L'Ambra (1485), qui introduit une lecture de ï Iliade et de V Odyssée, et prend son nom à la villa de Poggio a Caiano, où elle fut composée, exalte Homère. Dans la Nulricia{{'kM), Politien s'acquitte d'une dette : il paie des gages à la Poésie, qui fut sa nourrice, en énumérant la foule de ses serviteurs.

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qui prêtent à ces événements un éclat neuf. Les mots sont triés avec soin ; les épithètes choisies avec art ; personne n'a possédé encore à un degré si exquis celte élégance sobre, cette précision minutieuse, cette grâce tout attique. C'est du joli ouvrage, de l'ouvrage précieux, brillant, frotté à la pierre ponce. Ilélas! ce n'est presque que cela. Car, on doit le dire, si Politien est le plus pur artiste du Quattrocento, ce n'est point un poète; ouvrier impeccable, il a fait ce miracle d'accoupler des vers jusqu'à sa mort, à peu près complètement dénué d'idées et de sentiments.

C'est ici que les premières atteintes de la néfaste discipline mentale et sociale qu'accepta l'Italie se font douloureusement sentir. Nous nous en sommes déjà aperçus chez Pontano, dont la poésie est surtout une magnificence verbale; nous nous en apercevons davantage chez Politien et chez la pléiade des poètes qui l'entoure. L'heure de l'éclosion a sonné, et cette éclosion est marquée d'une stérilité précoce. Le fruit n'est pas encore mûr, et déjà un ver ronge la pomme verte. 11 semble que le génie ait l'âge de la jeunesse, mais anémié par une trop grande lecture, appauvri dans l'atmosphère raréliée de la bibliothèque et de la cour, il porte au front la lassitude distinguée du vieillard.

En réaliti», en cette Italie agonisante, que menace déjà l'expédition du roi de France, Charles VIII, au sein de cette Florence raffinée, scei)tique et égoïste de Laurent, à quel sentiment véritable et vivant retremj)er et rehausser son aspiration? (Comment connaîlre un de ces souffles généreux et primordiaux qui font les héros comme ils font les j)oètes? Lenlciiient la vie s'est retirée du peuple pour s'amasser sur le prince. Il n'y a que le prince qui soit, comme il n'y a dans l'Ame populaire que la dévotion au j)rince qui vaille. Les deuils publics s'appell(;nt la mort d'une favorite ou l'enterrement d'une jolie lille ; les joies j)ul)liques s'a|)pellent une eutn-e triomphale ou un speclacle bien réussi; on

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a mis une liorloge à Saintc-Marie-Nouvelle ; le musicien Squarcialupi a défimté ; une joute est ordonnée à Santa-Groce; on représente une comédie de Plante. Alors, à la suite des autres, comme les autres, Politien dit l'horloge, écrit l'épitaphe du musicien, pleure la jolie fille, célèbre l'entrée triomphale, prologue la comédie en hexamètres, comme tout à l'heure il magnifiera la joute en octaves. Et il apporte à chacun de ces menus faits le service inditFérent d'un talent toujours dispos et toujours égal. Au demeurant, la matière lui manque. Il ne sait pas quoi dire de son chef, il n'a rien à dire. 11 ne chante point mû par la nécessité infrangible de l'être intérieur, il chante par occasion. Il lui faut un thème. Qu'on lui donne un canevas où poser sa broderie précieuse, un motif propre à développer sa rhétorique charmante, peu importe le texte ou le prétexte, ce qu'on voudra, du grec h traduire, des bas-reliefs à illustrer, des devises à porter sur sa mancbe, on sera content de son industrie savante ^ De lui-môme il ne peut rien, son cœur est vide. 11 conlinue jusqu'il la fin « cet exercice de style », où le cardinal Jacopo Ammanati réduisait tout le mérite de sa traduction d'adolescent de V Iliade''.

Nous sommes dans une civilisation désormais trop avancée pour qu'elle engendre une véritable poésie. Elle voudrait, naître qu'avec le servilisme en cour, et l'abdication de toute conscience morale et politique, l'érudition l'étranglerait au germe. Politien, et autour de lui tous ces latinistes, irréparablement séparés du p;mple, de la nature, de la vie, gardent dans la mémoire trop d'exemples et de réminiscences littéraires,

1. Voir la lellre où il ollre ses services au roi de Ilon<rrie. Il lui propose, entre autres choses, irillustrer ses peintures : « Et ista ergo possuinus. te jubente, non erubescenilis illuslrare carminibus. » Episl. X, 1.

2. « Censeo tamen, lui écrivait-il, operam inchoatam non deserendain, hocque exercendi styli studiuui colendum assiduo, a veleribus quidem laudatum et ad coiupienduui pectus maxime necessarium. » Politiex, Ëpisl. VIII, 7.

connaissent par cœnr trop de maîtres grecs et latins, restent trop saturés de leçons pour apporter k la représentation des choses la virginité d'àme qu'il faudrait. Leur lourd bagage, tel un lest encombrant, surcharge et retient le char de colombes. Ce que nous avons dit de l'humanisme et de la déformation livresque qu'il impose se vérifie cruellement dans cette poésie latine de la fin du siècle, oîi tous, depuis Sannazaro qui pourra se vanter « de n'avoir jamais fait chose non observée chez les bons auteurs' », jusqu'à Politien,. dont la «bibliothèque monte jusqu'à son toit », ne savent rien voir, rien connaître, rien éprouver directement. Certainement que Politien est au fait de la vie champêtre; il l'a menée; il possède une villa à Fiesole et pratique les paysans qu'il interroge, écoute et dont il a retenu, comme nous le verrons plus tard, les chansons. Dans son Rmticiis qui célèbre cette vie champêtre, il ne semble point s'en souvenir. Il décrit la grue, l'hirondelle, la cigale, à lui familières, d'après Hésiode. Le « vilain cochon » est emprunté à Pline, le désespoir de la vache qui a perdu son veau à Lucrèce. Sans doute que son portrait du coq, que nous rapportions tout à l'heure, est mieux enlevé, plus vivant que celui de Varron; le significatif est qu'au lieu de regarder dans son poulailler il ait été chercher dans le De re ruslica de Varron. S'il raconte par le menu les astrologies et les superstitions campagnardes, il suit Pline mot à mot. C'est l'automne : « Le paysan tenant à sa main gauche un panier de semences les répand de sa droite économe, mais pour que les oiseaux avides ne pillent point les grains jetés, ni ne ravissent au ciel cette proie, un petit gan^on, portant un mince sarcloir, l'accompagne et recouvre de terre la récolte'^. »

1. < Non credo aver fatto cosa che non l'abbia osservata in buoni autori n, écrit-il k Tebaldco.

2. « Tum plénum farris lœva «ervante canistrum, Seinina diiiponsat parca cercalia dcxtra :

Quu5 ne jaclu aviau; populentur graaa vulucres

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(Cf. Hésiode, "Epya -/.al -qyr-pai, V, 565-567.) C'est l'hiver : <c La nuit, près de la lampe, le paysan tisse d'un jonc souple, ou un panier, ou une claie de branches vertes, ou des corbeilles d'osier; il fend du bois et les chênes de la vallée, il raccommode ses tonneaux cassés, il chasse la rouille de ses outils'. » (Cf. Vïme, Naiiirée historiaruin, XVIII, 26.) Properce diï piniis amata, Politien pinus amala. Pline dit inorus sapiens^ Politien, monts sapiens, Yïr^We dit gelidâ^pruinâs, PoViiiengelidaspriiinœ. Claudien termine un vers par cette chute: et gbebas feciindo rore marital, l'altérant à peine Politien répète : et glebas fecundia roribus implet. Il trouve chez Columelle : flameola caltha... conniventeis ocalos violaria solcunt... lumina calthœ, il en i^\i,nec jam flammeolee connivent lumina calthœ. Virgile a dit : et cum frumenta in viridi stipula lactentia turgent, et Lucrèce a d\\, favonius genita/is, l'hexamètre devient : et genitalibus awis Pervia turgescunt lactentis hordea cid?}us~. Pas un tableau, pas une image, pas une épithète qui n'ait son origine savante. L'émotion n'est plus humaine, elle est littéraire. L'art ne consiste plus dans la vivacité du sentiment de la nature et dans la fidèle traduction de ce sentiment ; s'inspirant non plus des arbres, mais des livres, il est dans l'élégante adaptation des poètes qui ont chanté la nature. Ce n'est plus de la poésie : c'est de l'érudition.

Mu/la et remota lectio, multa illum formavit opéra, avait dit Politien d'un de ses ouvrages. Il aurait pu le dire, à côté de ses sylves qui sont surtout

Et predam sublime ferant, it pone minutus Sarcula parva tenens puer, et fruf^ein obruit arvo. »

(Politien, éd. Uel Lungo, p. 310.)

1. « Nocte autem ad lychnos aut junco texit acuto Fiscellain. aut crates virgis, aut virnine qualos Rusticus, iiifinditque faces et robora valli, Dolia quassa novat, ferrainentisque repellit Scabritiein, tritaque docet splendescere cote. »

2. Voir les Commentaires au Huslicus de Nicolas Beraud (Bâle, 1518) et d'Isidoro Del Lungo, dans l'édition citée.

des textes à commentaires, de toute sa poésie latine.

Aussi bien, au moins en latin et dans l'histoire de l'humanisme, l'apport véritable de ce moment de culture est, moins qu'un apport de poésie, un apport d'érudition.

Politien n'est pas un poète, c'est avant tout un érudit ou, comme il s'en vante, un grammairien. H professe depuis 1480 l'éloquence grecque et latine au Studio, où ses maîtres d'hier s'assoient parmi ses disciples d'aujourd'hui et oii il introduit ses leçons substantielles, non que par des sylves et des poèmes, mais par des prœlectiones en prose qui embrassent une singulière somme de connaissances : la Prœlectio in Hot?ieri(m fait d'Homère le père de toute science ; la Prœlectio in Persium traite de l'origine et du caractère de la satire ; la Prœlectio in Suctonium tisse l'éloge de l'histoire et ébauche une vie de Suétone; la Prxlcctio in Stativm^ qui défend les auteurs de la décadence, revendique la liberté d'un style puisé à toutes les sources et non à Cicéron seulement, formé au moyen « d'un exercice continu, d'une lecture immense et d'une érudition profonde' » ; dans le Panrpistnnon il dessine un vaste projet de classification des sciences, et dans la Lamia, dont nous rapportâmes le début, il montre le lien étroit qui unit la grammaire et la philosophie. II émende les textes, les élucide, les explique à l'aide des monnaies

i. Cr. la lettre que Politien adresse h Paolo Cortese. où il reprend la question et, avant Krasnie, attaque le cicéronianistue : « Mihi certe quicuinque tantiiin coinponunt ex niiilatione similes esse vcl psitaro, vel pirti' videnlur, prftferenlilius quii- nec iulellifîunt... Non expriniis (inquit aliquis) Ciceioneui. Quiii luui? Non cniiii siun Cicero, me tanien (ut opinor) expriino. Sunt r^uiilcni pni'terea, uii l'aulc, qui styliun (|uasi paneni fruiilillatim niendicant, nec ex die soluui vivnnt, scd et in dicin .. Judicare quoqiic do doclis inipudenler aiidentes, hoc est de iliia quorum «tvluwi recondita eruditio, nuiltiplex lectio, longissiuius UMU8 diii quasi fcrtiientavil. » Politikn, Efjist. VI II, li>.

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et (les inscriptions de la riche galerie Médicis, met à profit ses voyages à Rome, à Vérone, à Venise pour s'en procurer de nouveaux. Marsile Ficin l'appelle « l'Hercule qui tue les monstres des textes antiques ». 11 traduit les prosateurs grecs en latin, et particulièrement les Histoires d'Hérodien qu'en 1487 il dédie au pape Innocent Vlll. Il commente le précieux manuscrit des Pandectes que possède Florence et qu'il attribue encore àTribonien^ 11 se joue dans ses douze livres de Leilres d'abord, ensuite dans la centaine d'observations grammaticales qui composent ses Miscellanea parues en 1489, des plus ardues questions d'orthographié, d'archéologie, de philologie. Lorsqu'il élève la voix, c'est pour des affaires d'érudition et contre des érudits, contre Domizio Calderini qu'il malmène, quoique mort depuis douze ans, dans ses Miscellanea^ contre Giorgio Merula qui prétendait que ces mômes Miscellanea l'avaient volé, contre Bartolommeo Scala qui met au féminin culex. Politien avait tort, dans sa sylve de la Nutricia^ de payer des gages de nourrice à la Poésie ; il a été plutôt nourri par la science, où il s'est jeté à corps perdu « comme les chiens dans le Nil ». Et autour de lui, à Florence d'abord, dans le reste de l'Italie ensuite, ceux qui prévalent sont des savants.

A Florence, c'est le vieux maître Gristoforo Landino (1424-150ir), qui, né dans le Casentino, a trouvé à Florence l'appui des Médicis et la faveur d'Eugène IV, et qui, depuis 1 i58, enseigne la poétique et la réthorique au Studio. Ses élégies de Xandra n'ont été qu'un épisode de jeunesse. Autour de son autorité, se groupe toute la jeunesse savante que, de Politien à Marsile et de Marsile à Laurent de Médicis, il a formée aux belles lettres de ses mains augustes. «0 précepteur

1. Brencmann, Hhloria pamleclarum, Utrecht, 1722. — Bandiai, Ragionamento sopra le coUazioni délie Florentine Pandette, Livourne, 1762. — Buonamici, Il Poliziano giureconsulto, Pise, 1863.

vénérable, s'écrie Ugolino Verino, quel poème pourrait embrasser tes louanges? Toute la jeunesse de Sylla a bu à ta source la liqueur d'Eonie '. » On peut dire de lui « qu'il parle le latin comme un enfant de Rome et le grec comme un enfant d'Athènes ». Il commente Virgile, Horace, les classiques, et laisse une œuvre considérable, en partie inédite comme ses traités De l'âme et De la vraie noblesse^ en partie imprimée comme ses Dialogues des Camaldules et ses précieux commentaires à Dante et aux poêles latins. Aux historiens Benedelto Accolti (1415-1464) etDonato Acciajuoli (1428-1478) qui, dans les loisirs d'une existence adonnée à la chose publique, ont trouvé le moyen d'écrire, le premier une Histoire des Croisades et le second une Histoii^e de Charlemagne, succède le chancelier de la République Bartolommeo Scala, dont l'œuvre reste, en dépit de ses Eglogites, ses Apologues^ son Poème delà Ctiltivatioii des arbres^ une Histoire de Florence qui devait comprendre vingt-cinq livres et dont cinq seulement furent accomplis. Bartolommeo délia Fonte (1445-1513) et Bernardo Rucellai (1449-1514) laissent des mémoires de leurs temps, Fonle, dans ses riches Annales, Rucellai dans son De bello itaiico et dans son son De bellopisano, qu'Erasme jugeait l'ouvrage d'un autre Salluste. Tous deux recueillent des antiquités, à l'exemple de Fra Giocondo de Vérone, qui mande à Laurent de Médicis une collection d'inscriptions « uniqueau monde ». Bernardo Rucellai élève dans son livre intitulé/)*? Urbe Romana un précieux monument d'archéologie. Bartolommeo délia Fonte est maître d'éloquence au Studio. Naldo Naldi est maître de poétique au Studio. Lorenzo Lippi est maître de belles-lellres de l'Université de Pise, qu'en 1472 Laurent de Médicis a reconstituée et qui, sous le patronat

\. € Quo, F.andine. tuas pcrrurram carminé landes,

Pnfreplor vencrandc? Tiio de fonte lirpiore» Ebiiiil AonioH munis Syllana jiivcntiis... »

(U. Vkbi.no, De UluKtraliune tirhia Florenlim, p. 96)

LA COUR DE LAUBENT DE MÉbICIS Tl

des P.idolfi, des Rinuccini, des Acciajuoli, prend la tête d'un brillant mouvement. L'élève et le successeur de Polilien au Studio, Pietro Crinito, donne vingt-cinq livres de miscellanées érudites De honesta disciplina, des Vies de poètes latins, De poetit^ latinis et dans ses Lettres, demeurées inédites, raisonne de tout au monde, des dieux, des villes, des familles romaines, des magistratures romaines, de l'origine et signification des verbes, des sortilèges, des théorèmes sacrés, des hiéroglyphes '.

A Rome, où en 1486 le jeune comte de la Mirandole s'offre de défendre neuf cents thèses embrassant tout le éavoir humain, Domizio Galderini (1448-1478) trouve dans l'espace d'une vie de trente années le loisir de professer à la Sapienzia, de publier des classiques, de commenter Ovide, Perse, Suétone, Silius Italiens, Cicéron, en même temps qu'il traduit Pausanias, corrige les tables géographiques de Ptolémée et témoigne d'un esprit excellent dans les mathématiques, la jurisprudence, la philosophie platonicienne; à côté de Domizio Calderini, Paolo Gortese (1465-1518) s'occupe de théologie dans son Compendium, de la fonction du cardinal dans son De Cardi/talatu, du. style des latinistes qui l'ont précédé dans son De hominibus dovtis. A Venise, Girolamo Donato et Ermolao Barbaro passent à bon droit aux yeux de Politien pour les esprits les plus solides et les plus sagaces du moment. A Bologne, où Codro IJrceo, à qui Politien soumettait sesépigrarames grecques, est porté en terre en 1500, sur les épaules de ses disciples en larmes, Filippo Beroaldo, qui se distingue dans la jurisprudence, la philosophie, la médecine, retient chaque jour autour de sa chaire d' 'loquence une foule de six cents auditeurs. A Milan, Merula brille dans toute sa gloire.

L'érudition que sert et que propage tout ce monde

1. Fabricius, Bibliolheca lalina medix et infimae aetatis. Florence, 1858, 3 vol., I, p. 402.

s'est épurée, précisée, débarrassée en partie du fatras de rhétorique qui l'embarrassait jadis. Elle a bénéficié de l'exemple qu'a donné Lorenzo Valla. Elle bénéficie surtout de l'invention de l'imprimerie, qui, introduite en 1465 à Subiaco, près de Rome, par les deux moines allemands Schweinheim et Pannartz, n'a pas tardé à envahir toute l'Italie, oii, en même temps qu'elle répand la science, elle la révolutionne. Elle crée une nouvelle industrie littéraire qui peu à peu détrône les anciennes et donne aux âmes érudites avec une autre attitude une autre occupation. Grâce à l'imprimerie, les vieuxhumanistes, tels que nous les avons connus, loquaces, sonores, tenant boutique d'immortalité et ornant chaque endroit de leur présence, disparaissant plus rapidement de l'horizon intellectuel. Ils cessent de remplir l'office de poètes, d'orateurs et de sages pour remplir l'office de protes; ils ne sont plus employés par des maisons princières, ils s)nt employés par des maisons d'édition. Leur affaire principale est désormais de fournir un public, qui chaque jour se fait plus grand, « de livres en forme », comme ils disent, c'est-à-dire de textes imprimés, clairs, nets, corrects, qu'ils doivent corriger en un espace de temps très restreint, de manière à satisfaire les nombreux imprimeurs qui les emploient et de manière à soutenir la concurrence qui s'établit. A Rome, à Venise, à Bologne, à Milan, à Florence, tous sont plus ou moins occupés à cette besogne ', et c'est à leur diligence, à leur émulation joyeuse, h leur préparation savante que l'Italie doit d'être la patrie des

1. Schweinheim et Pannartz occupent Gianandrea Bussi; Uldrich Hahn occupe Gianantonio (^ainpano. Poniponio Leto édite Salluste, Coluinelle, Varron, Pompée Fcstus, Nonnus Marceilius; Battista Guarini commente Lucain, (îatulle, les lettres de Ciccron ; Giorgio Merula publie les auteurs de la chose rustique, les Comédies de IMaute, les satires de Juvcnal, les Kpigrnnimes cic Martial, les Poésies d'Ausone, les Déclamations de Quintiiicn ; Doniizio Galdcrini illustre Martial, Juvénal, Vircile, Staco, Properce; Marcantonio Sabellico annote Pline le vieux, Valèrc Maxime, Horace, Justin, Flore; Kranccsco Putcolano .donne les grammairiens; Filippo Bcroaldo, un des plus occupés par cette besogne, donne tout uu monde.

(éditions princeps d'à peu près tous les classiques de l'antiquité. En 1469 paraît à Rome Virgile, Tite-Live, C(';sar, Lucain, Apulée, qu'édite Gianandrea Bussi ; la môme année, et toujours à Rome, paraît Suétone et Quintilien, qu'édite Campano, et Yarron, et Nonus Marcellus, qu'édite Leto. A Bologne, en 1471, paraît l'Ovide de Francesco Puteolano; à Venise, en 1472, paraît, avec l'Ausone do Grogorio Tifernate, le Martial et le Plante de Giorgio Merula; en 1475, paraît à Romele Stace de Domizio Calderini. A Venise, Aide Manuce, que nous retrouverons ailleurs, rêve de publier tout ce qui a été écrit dans les quatre disciplines latine, hellénique, hébraïque et chaldaïque.

Désormais l'espritcritique, dont nous avons examiné les pénibles débuts, constitue l'outil intellectuel par excellence. A l'école d'érudition, qu'on appela «impressionniste^», a succédé l'école scientifique. Les qualités de rigueur, de précision, d'exactitude sont de jour en jour plus courantes et plus essentielles. On s'attarde de moins en moins aux développements brillants et aux bagatelles de la porte pour courir sus aux faits qu'on discute d'une manière sèche et serrée ; on ne se paie plus de mots; on n'accumule plus de phrases; on s'asservit à la règle d'une bonne méthode. Et à cet égard les Miscellanea de Politien otfrent toute la valeur d'un modèle et montrent la nouvelle direction des esprits. Si de temps à autre, cédant à sa nature d'artiste. Politien se plaît à conter avec sa sobre élégance une délicate fable antique, il ne confond plus ce qui ne veut pas être confondu; il ne surcharge pas d'une éloquence hors de propos la recherche purement philologique ; il substitue au commentaire, qui trop souvent encore accumulait sa redondance autour du point à élucider, une critique froide, nue, aride. Il se montre incisif et minutieux; il procède directement, avec clarté et netteté ; et, soit qu'il condamne une interprétation ad-

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