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Esto felix, Plorentinui estol » Epist. VIII

l'académie platonicienne. LES HOMMES 91

Tïicnt, avait dû passer la frontièro, avec un sourire. Laurent le défend auprès d'Innocent VIII, accepte la dédicace de son Apologie et, avant de mourir, veut reposer son regard sur son visage de jeune dieu ; les érudits, les poètes, les sages, se réunissent autour de sa beauté; en 1489, la Signorie lui donne la bourgeoisie d'honneur. Arrivé au port, Pic reprend ses chères études orientales : l'hébreu auquel il s'adonne avec une telle ferveur qu'au bout d'un mois il peut écrire une lettre sans faute* ; le chaldéen; l'arabe; jusqu'à la Kabbale que des maîtres appelés de loin, payés à prix d'or, enveloppés de mystère, lui enseignent à mi-voix, portes closes, verrous tirés. En dehors de son Heptaplus et de son traité De Ente et Uno^ qui paraissent en 1489, il travaille à son livre Contre V Astrologie et à sa Concordance de Platon et d'Aristote^ qui devait être le grand œuvre de sa pensée et de sa vie. « Je lui donne tout le matin, et je réserve l'après-midi aux amis, à la santé, quelquefois aux poètes et aux orateurs, et lorsque l'occasion s'en présente, aux œuvres plus légères. Quant à la nuit, elle est répartie entre le sommeil et les Saintes Ecritures^. » Il est fervent, attendri, scrupuleusement religieux. « Le comte de la Mirandole, mande Laurent de Médicis, s'est établi chez nous où il vit saintement et comme un religieux. Et il a fait et il fait continuellement des œuvres de théologie très dignes. Il commente les Psaimies. Il écrit d'autres choses théologiques et dignes. Il dit l'office ordinaire des prêtres, il observe les jeûnes et une très grande continence. Il vit sans pompe et grande cour. Il n'use que du nécessaire, et à moi il me semble un exemple aux autres hommes^. »

1. « In qiia possum nondum quidem cura laude, sed citra culpam, epistolam dictare. » Pic de la Miuandole, Opéra, epist., 20.

2. « Do ilii justum niatutinum, posl meridianas horas amicis, valetudini, interdum poetis et oratoribus et si quœ sunt studia operae leviori ; noctem sibi cum sonino sacne littera» partiuntur. » Pic de la MiRANr)OLK, Opéra, epist., 5.

3. « il conte délia Mirandola s'è fermo qui con noi dove vive molto santamente e corne uno religioso e ha fatto e fa continuamente dignis-

Tantôt à Florence même, tantôt clans sa villa de Quarceto près de Fiesole, il préfère « aux faveurs de la Curie, aux affaires de l'Etat et aux palais des rois, sa cellule, ses études, les rayons de sa bibliothèque et la paix de son âme ^ ». Lorsque cette àme est triste, il la guérit de quelqu'une des douze sentences qu'il a composées et qu'il tient à sa disposition : Vita sommts et itmhra... .Sternum j^rœmwin, alterna pœna... Crux Cliristi... Mors instans et improvisa. Et il meurt le 14 novembre 1494, le jour même oii le roi Charles VIII faisait son entrée à Florence. Alors on le revêtit d'un bonnet rouge, on l'habilla d'une toge blanche et on le coucha dans une tombe du couvent de Saint-Marc. Il n'avait pas encore trente-deux ans.

ni

La vie de ces hommes si divers, que ne réglemente aucun code, que ne légifère aucune oflicialité, est charmante. Une tendre causerie, une lettre suave, une longue promenade le long des chemins bordés de roses de Fiesole, un banquet servi dans quelque salle de palais ou de villa accueillante, tels les actes de l'Académie platonicienne. Nous ne savons pas ses registres et ses lois, nous savons ses voluptés et ses fêtes.

Lorsque le vieux Cosme taille sa vigne dans sa villa de Careggi, il appelle à lui le jeune Marsile, qui lui lit du Platon et lui touche de la lyre'^ ; et c'est sur une lecture de Platon qu'il rend l'âme, en prononça^nt des

«ime opère in teologia : comenta i Paahni, scribe alcune altre cose degne teologiohe. iJice l'orficio ordiiiario de' preli, osserva il digiuno e grandissirna coiilinentia; vive sanza molto fainiglia o pompa; solanienlc si serve a nécessita, e a me pare uno exeniplo degli altri uomini. » Fabroni, op. c , p. 2'Jl.

i. « (!eliiilani meam, mea sludia, meorum librorum allactamenla, iiicain aniriii pacem. re^iis aiilis, publicis ncf^oliis, vcstris aucupiis, curiii! favitribiis antepono. » l'ic dk i.a Miiiamiole, Opéra, cpist., 36.

2. « Conliili heri me in aj^riim (Miaregium, non agri, sed animi colendi

f:ralia, Veni ad nos, Marsili, quamprimum. Ker lecum IMalonis nostri ibrum de Suuimo bono... Vale et veni non absque orphica lyra. » Fici:». KpUt. 1, 608,

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paroles de Xénocrate. Sous les mêmes arbres de Careggi, Laur<mt et Marsile disputent de la félicité suprême, et leur dispute est si aimable qu'ils en veulent consigner le souvenir, Marsile dans un petit traité en prose que nous trouvons dans ses lettres, Laurent dans un petit poème en vulgaire, qui s'appelle ÏAllercazione^. Pic de la Mirandole et Ange Politien s'en vont de compagnie visiter à Fiesole le chanoine Matteo Bosso, et le propos de cet homme aux saintes mœurs, les ravit à ce point qu'au retour, se trouvant seuls, ils n'ont plus rien à se dire-.

C'est l'été ; le soleil rend la ville insupportable ; le vieux Cristoforo Landino s'est réfugié dans la fraîcheur sylvestre des Camaldules ; une compagnie montée de Florence vient le rejoindre, Laurent et Julien de Médicis, Rinuccini, Parenti, Canigiani, Arduini, et Leone Battista Alberti ; alors, tous ensemble, autour d'une fontaine, dans l'aménité des montagnes et l'odeur des sapins, sacrifient à la volupté de Tàme, en discutant de la vie active, de la vie contemplative, du souverain bien, des vérités platoniciennes, des symboles chrétiens; chaque matin, Mariotto dit la messe de meilleure heure afin que la journée soit plus longue 3.

Les platoniciens sont encore amis des banquets, « nourriture de l'àme, argument d'amour, condiment d'amitié ^ » ; le ciel qui offre la Voie lactée, la Tasse de Bacchus. l'Ecrevisse, les Poissons, les Oiseaux, ne semble-t-il point se commander les banquets? Xénopbon, Varron, Justin, Apulée, Macrobe ont loué le banquet. Jésus rompit le pain, et Platon lui-môme mourut

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