Fir.iN, Episl. I, p. f
2. « Ci ha colla sua cortesia, dit Politien, e co" suoi soavi ragionamenli rapiti per modo che partendo da lui, e restando presso clie soli io e il Pico, cio che prima appena mai accadeva, sembrava che non fossimo più capaci di trattenerci insieme l'un l'altro. > G. Tiral)oschi, Storia délia letleratura ilaliana, Modène, 1772-1781, 12 vol., VI, p. 329.
3. CiusTOFORO Landino, Camaldulensium disputationum opus, Paris,
4. « Ingenii pabulum, amoris et magniricentia- argumentum, esca benivolentiœ, amicitiae condimentum. » Ficin, Episl. 111, 739.
couché dans un banquet, à Tàge de 81 ans, nombre parfait, puisqu'on l'obtient en multipliant 9 par 9,
Aussi bien l'usage perdu depuis Plotin et Porphyre de célébrer cette mort, survenue le 7 novembre, est repris, A Florence, le festin d'un magnifique apparat est servi chez Francesco Bandini, « homme excellent pour l'esprit et la splendeur' » ; avant le repas, entre les invités qui s'appellent, entr'autres, liindaccio Ricasoli, Giovanni Cavalcanti, Marsile Ficin, le propos roule déjà sur la nature de l'âme; «car rien n'importe davantage à l'homme que de savoir ce qu'est l'àme, ainsi qu'il appert de l'oracle d'Apollon rendu à Delphes : Connaistoi toi-même-». A Careggi, dans la villa de Laurent,, autour des calices antiques et au pied du buste du maître grec, le discours aborde le Sympoaion avec une telle ardeur qu'on résout aussitôt de le commenter. Les convives sont au nombre de neuf, comme les Muses : Marsile et son père, Carlo et Gristoforo Marsuppini, Landino, Aglio, Xunzio, Tommaso Benci et Giovanni Cavalcanti, si beau de corps et d'âme qu'on peut bien l'appeler le « Prince du festin ». Cavalcanti commente les discours de Phèdre et de Pausanias ; Landino, celui d'Aristophane ; Carlo Marsuppini celui d'Agathon ; Tommaso Benci, celui de Socrate; Cristoforo Marsuppini, celui d'Alcibiade-^
Princes, gonfalonniers, prieurs, marchands, artistes, tous sont unis par une douce familiarité, qui efface les différences d'âge, de condition, de profession, de position, faites pour les séparer sur la terre. Ils se cultivent, se recherchent, se sourient. Marsile, Pic^ Politien, possèdent autour d(î Fiesolede petites maisons voisines, où ils aiment se retrouver et disputer des
1. « L'rbana(FM(ilonis nalalitia) vero Florcntia^ smiiptii recio celehravit PranciscuH Uandinus, vir ingenio niagniriccntia((uc cxcelïeas. » Ficin, Epiât. I, 6;n.
2. « Nihil cnim magis ad homineiii pertinet quam qu<£ de anima disptitaritur... » //>.
3. In ninviviuin Platonis de aniore coaiinentarium. Ficin, Opéra, II, p. 1321.
l'aCADÉMII^ platonicienne. LES HOMMES 95
nobles sujets qui constituent le fondement de la vie. « Quelles délices ! mon Ficin, écrit Politien à Marsile, ne crois-tu pas que je ressente quand je le vois, toi et mon Pic aussi bien unis par les sentiments que par les goûts,... et que je réfléchis que je ne vous suis pas moins cher que chacun de vous l'est aux deux autres. Nous sommes un en ceci que nous cultivons la science de toutes nos forces, non émus par le gain, mais sollicités par l'amour... Pic de la xMirandole s'est voué à la science ecclésiastique et combat les sept ennemis de l'Eglise ; en plus il est l'intermédiaire entre ton Platon qui est toujours ton Platon et Aristote qui fut jadis mon Aristote. Toi, tu revêts excellemment d'habits latins Platon et tous les vieux platoniciens, et tu les enrichis de commentaires féconds. Moi qui ne suis qu'un catéchumène dans votre philosophie, j'ai choisi les lettres qui, si elles ont moins d'autorité, n'ont pas moins de charme ^ » Une telle amitié accueille des éléments de poésie, de tendresse et d'amour qui donnent à ces relations une nuance charmante. Gavalcanti envoie à Marsile des tourterelles, comme à une jeune fille ; lorsque Laurent le Magnifique n'a point reçu de lettre de Marsile, ce silence lui pèse au point qu'il ne se fie plus à personne '"; Pic de la Mirandole n'est jamais rassasié de Marsile, « car il a faim et soif de Marsile, ainsi que, de la joie de sa vie et du plaisir de son
1. « Quanta me voluptate, quantoque putas affici gaudio, Marsile Ficine, cum te Picumque ineum sic esse concordes video, non modo ut idem velitis invita, sed et idem sentiatis in studiis? Quanta rursus ubi me vobis non minus esse cliaruni perspicio quam vos estis uter utrique? Quid quod omnes in hoc incumbimus, tu recta studia pro virili inuemus? ac non uiio praemio, sed operis amore soliicitati... Etenim Picus ipse Miranduia sacras omnes litteras enarrat, adversus ecclesiiE septem hostes directa fronte decertat, inter Aristotelem jam meum, Piatonemque semper tuum, caduceator incedit. Tu Piatonem, quamquam et alios veteres, sed Platonem ipsum maxime,
filatonicosque omnes, et latine loqui dices, et uberriinis eommentariis ociipletas. Mihi vero (quamdiu catechumenos in philosophia vestra sumj varietas ista cerle litterarum cessit, qua> non mmus habent jucu»ditatis eliam si minus auctoritatis. » Politien, Eiiist. X, 14.
2. « Ut nemo supersit cui fidem deinceps adhibere posse videar. » FiciN, Epist. 1, 623.
esprit^ », Marsile écrit à Bembo : « Mon Bernardo, je pensais m'aimer tellement que je n'aurais pu maimer davantage; mais je fus heureusement trompé dans cette opinion, parce qu'ayant su que tu m'aimais ardemment, j'ai commencé à m'aimer plus ardemment moi-même', » Politien est épris du regard de Laurent; il échange avec l'aimé des lys et des corbeilles de roses, et, lorsqu'il rentend la voix, revoit le visage de Buoninsegni, son cœur tressaille « comme celui de l'époux gravissant la couche de la vierge promise'^», Giovanni Gavalcanti et Marsile Ficin sont à ce point confondus qu'ils n'ont plus qu'une seule âme et signent de leurs deux noms les mêmes lettres, Benivieni appelle Pic de la Mirandole son Signore ; il lui adresse de tendres sonnets pétrarquesques ; il pleure la mort d'un de ses familiers ; sous le couvert du berger Thyrsis, il lui envoie des déclarations : « Je brûle quand le ciel blanchit aux collines ses épaules et je brûle quand le soleil se couche : car soleil et amour jamais ne se fatiguent. J'ai pleuré d'une ombre jusqu'à l'autre ombre; j'ai pleuré d'un jour jusqu'à l'autre jour; et c'est de pleurs éternels que mon triste cœur alourdit mes yeux. Peut-être que quelquefois tu mires ton image dans une claire fontaine, et que, superbe comme Narcisse, tu te ris à toi-même et que tu me méprises; malheureux que je suis : ah ! c'est trop de confiance en ta beauté splendide! Déjà nues au soleil se dressent les épines que je voyais, hier, ornées de blanches fleurs'', » Pic de la Mirandole donne son argent à
1. «Te solalium meœ vitœ, tneie mentis delitias, inslitutorem monun, disciplinjp inagistrum, et esurio semper et sitio. » Ficin, Epist. VIII, 889.
2 « Opinabar, Bernarde, me sic amare Marsilitim, ut magis eum aliquanifo airiare non possem... Sed lieri niea ha-c me fœliciter nimiuin fefeliit opinio. Tune cnim primum ardentius quain consueverain amare cœpi. quum primum certissime agnovi abs te ardenter amari. » Ficin, Eptsl. 1, 6o2.