Nos sumus electœ gentes, nos sancta propago
Scribere lascive credimus esse nel'as. »
(Lazzari, op. c, p. 89.)
4. « In qua prœclara simul optlmarum arlium, morumque precia, conlra pertinacissimas animi sordes, vitium atque insciliara conspiraverunt. » Politie.n, Episl. II, 12.
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de Saint-Marc, prêcher le Christ par les terres : « Le crucifix à le main, s'écrie-t-il, les pieds nus, courant l'univers, j'irai prêcher le Christ par les châteaux et par les villes'. » Giovanni Nesi, dans son Oraciilumdenovo ScPCiilo, introduit l'ombre de Pic qui exalte et magnifie « le Socrale de Ferrare». Et c'est Girolamo Benivieni qui compose la chanson que les enfants de Flore; ce, vêtus de robes blanches, couronnés d'olivier, entonnent en procession, le dimanche des Rameaux de 1496; c'est lui qui compose la laude, au rythme de laquelle on bnile les images profanes, les livres impurs, les ornements mondains, le mardi-gras du carnaval de 1497; et c'est lui qui compose cette recette qui donne la joie de devenir fou pour Jésus : « Au moins trois onces d'espérance, trois de foi et six d'amour, deux de larmes, et mets le tout au feu de la peur'-. »
Religieux, fervents, pieusement et tendrement exaltés, ces hommes ne se préoccupent plus des questions puériles qui agitent le siècle. Que leur importe l'éloquence, la grammaire, l'érudition? « C'est une chose élégante, dit l'un deux, que l'éloquence, et, nous l'avouon , une chose charmante et délicieuse; mais elle n'est ni belle, ni décente chez un philosophe^. » «Nous avons vécu dans la gloire, écrit Pic de la Mirandole à Ermolao Barbaro, et nous y vivrons dans l'avenir, non dans les écoles des grammairiens, mais dans les assemblées des philosophes, dans les réunions des sages, où l'on ne dispute pas de la mère d'Andromaque, des fils de Niobé etd'aulres inanités, mais des raisons des choses
1. « Cnicifixo munitus, exertis nudalisque pedihiis, orbem peraprnns, per caslella, per urbes. Chrislum pra-dicabo. » Pic de la Mihanuui.e, Opéra.
2. « To tre' once almen di speme, Tre di fcde c sei d'ainore,
lUie di pianto o poni insicine Tulto al foco dei tiiiioro. »
(Mknivif.m, Opère, p. liC.)
'A. « K»t devins res (fatcmur hoc) facundia, plcna illecebru! et voluptati», «cd in phiiosopho nei; décora, nec grata. » Pic de la Mihandoi.e, Opira, epist., 4.
l'académie platonicienne. LES HOMMES 101
divines et humaines; et à les rechercher, les méditer, les débrouiller, nous sommes devenus si subtils, aigus et pénétrants que nous semblons parfois peut-être angoissés et moroses, si tant est qu'on puisse être morose et plus curieux que de raison en recherchant la vérité ' . » Marsiie Ficin qui, s'il est poète, est en quelque sorte poète malgré lui et s'en excuse par la fréquentation des anciens et l'habitude de la lyre, assure que «la vérité n'a pas besoin du fard des paroles, ni delafoçce des machines humaines ~. » « Vouloir orner d'une robe terrestre, ajoute-t-il, celui qui est revêtu du divin soleil de la céleste vérité, je pense que ce n'est rien d'autre que d'entourer la pure lumière d'une grosse obscurité de nuages. » Et selon Girolamo Benivieni, la poésie est de peu d'utilité à l'homme, même lorsqu'elle est grave et honnête.
Pour eux, placés en dehors « des chambres remplies d'or et de faussetés », au-dessus de cette Florence de marchands et de banquiers, les nombres qui valent ne sont point les arithmétiques vulgaires du marché, mais celte science des proportions à laquelle Pythagore attribuait l'univers et qui faisait dire à Platon que l'homme est le plus sage des animaux, puisqu'il sait compter. Les accidents qui les touchent ne sont point les accidents de la fortune, mais les purs phénomènes de la contemplation. La beauté qui les éblouit n'est pas celle des formes, des couleurs et des lignes, mais le ravissant spectacle de l'infini. Ils vivent dans une région supérieure. Ils se rencontrent et s'unissent au sommet de cette colline mystique de Fiesole, dont on
1. « Viximus célèbres, o Ilermolae, et posthac vivemiis, non in scolis grammaticorum et paidagogiis, sed in philosopliorum coronis, in conventibus sapientiuni, ubi non de matre Andromaclies, non de Niobes flliis atque id genus levibiis nugis, sed de humanarum divinaruinque rerum rationibus agitur et disputatur. In quibus ineditandis, inquirendis et enùtandis ita subtiles, acuti, acres fuimus ut anxii quandoque nimium et morosi fuisse forte videamur, si modo esse morosus quisquam, aut curiosus ninuo plus in indaganda veritate potest. » Ib.
2. « Neque veritatem ipsain verborura fuco, neque vim divinam humanis machinis indigere. » Ficin, De chiHst. relig., p. 9,
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a voulu faire leur patrie, qui ressemble à la fois à la Tour d'Ephèse, d'où Heraclite pleura sur l'humanité douloureuse, et au jardin des Oliviers, d'où Jésus-Christ lui pardonna.
Encore que grave, réfléchie et mélancolique, leur humeur n'est point vilaine; s'ils souffrent, c'est qu'ils se sentent exilés de leur patrie qui est le ciel, et que, comme l'a dit Solon, la tristesse est la compagne des sciences ; mais ils ne portent nulle haine dans leur cœur, si ce n'est de détester Aristippe de Cyrène qui attribua des obscénités à Platon. Unissant Mercure et Jupiter, et préférant Lycurgue à Carnéade, ou autant dire le bien vivre au bien parler, sachant que la langue est à l'esprit ce que l'esprit est à Dieu, et que ce n'est pas la langue qui parle, mais l'esprit, ils vivent bien, et n'entendant point leurs paroles, ils frémissent aussi inconscients que des lyres'. Ils se reconnaissent à ces trois signes manifestes de l'âme sublime, de la religion et de l'éloquence de l'esprit, qui sont les marques du vrai platonicien; et ils s'estiment divins, puisqu'ils savent les défauts de ce monde et qu'il leur est donné d'en imaginer un meilleur. Ils assignent le but suprême de la vie à la contemplation qui impartit la paix à l'âme, comme le soleil impartit la lumière au ciel. Et ils s'efforcent d'atteindre à Dieu, qui est unité stable et stabilité unique, et répand ses bienfaits et verse sa lumière et ses pluies indifféremment sur les bons et les méchants.
Platon ! Platon ! Platon l ce mot revient constamment sur leurs lèvres. Cosme de Médicis meurt sur une lecture d'un dialogue de Platon. Laurent de Médicis assure que, « sans la discipline platonicienne, personne ne peut être ni bon citoyen, ni bon chrétien ». Marsile Ficin prêche Platon h l'église degli Angeli. Et ce mot de Platon acquiert dans leur bouche toute l'impor-
1. « De virtiilc lomiontcH lyrm instar sonum proprium non audivi- Dius. » Ficin, Epinl. 1, 6il.
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tance, tout le mystère et toute la beauté de celui du Christ sur les lèvres de saint Paul.
C'est ainsi quMls suivent de concert les routes des chemins et les routes de la vie, disputant gracieusement de quelle partie du ciel les âmes sont descendues dans les corps, ou du style poétique dans les aphorismes d'Hippocrate, ou fie savoir pourquoi les dieux ont représenté la sagesse, qui est la plus grande des vertus par Mercure, qui est le plus petit des dieux.
Selon eux, l'amour vulgaire naît d'une espèce de vapeur ou fascination du regard ; et il ne leur est d'aucun doute que cette opinion de Chrysippe, qui fait de l'àme un point brillant de la qualité, ne soit erronée. Ils élaborent des apologues. Ils élucubrent d'aimables fictions poétiques et secrètes. Ils emploient des façons ingénieuses et détournées de s'exprimer. Ils se livrent à des jeux de mots remplis de philosophie, qui éclairent leur sagesse d'un sourire.
Cependant, autour d'eux, le soleil resplendit, les roses sont fleuries, les oliviers de paix verdoient dans les champs, tout est parfum, lumière, beauté : à cette splendeur, ils reconnaissent l'ouvrage de Dieu qui créa le monde, non iivecson intelligence, maisavecson amour. Et, pour lui rendre grâce, dans les nuits étoilées où cheminent au ciel les astres qui contiennent nos destinées, iMarsile saisit sa lyre et exhale son i\me mélancolique dans une musique qui est une prière.