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CHAPITRE IV

l'académie platonicienne. LA PENSÉE

I. La pensée de l'Académie platonicienne est la pensée de Marsile Ficin développée par Pic de la Mirandole. — Qualité de cette pensée. — Marsile Ficin, placé entre la théologie et riiumanisme.

IL Le De Christiana religione. — i^a Tlieoloçiia platonica. — Comment Marsile réconcilie Jésus et Platon. — Platon, serviteur de Dieu et prophète chrétien.

III. L'œuvre de Pic de la Mirandole. — L'aristotélisme italien et laristotélisme de Pic— Pic réconcilie Aristote avec le Platon chrétien de Marsile. — Pic unit et accorde toutes les philosophies et toutes les religions. — Jésus s'est révélé de tout temps.

IV. Méthode de l'Académie platonicienne. — La symbolique. — Il libro deli Amore de Marsile. — Les Dispulaliones camaldulenses de Landino. — L'Heptaplt/s de Pic.

V. L'œuvre de l'Académie platonicienne a échoué. — Sa puérilité et son syncrétisme. — Beauté de son efl'ort de pensée. — L'équilibre des facultés mentales commence à se rompre. — Idées nouvelles et généreuses. — La science sacrée religion. — Rapprochement de Dieu : l'Académie platonicienne et la Réforme.

La pensée de l'Académie platonicienne est la pensée même de Marsile Ficin, que Pic de la Mirandole complète et conduit jusqu'à ses extrêmes conséquences, dont il n'altère ni la méthode ni le sens. Cette pensée, qui ne se suffit ni ne s'impose, n'est pas une pensée originale; elle reste en tutelle, s'appuie, se réclame avec une constance, une déférence et une humilité presque touchante. Néanmoins c'est déjà une pensée, et si l'on réfléchit que, depuis Pétrarque, on ne pensait guère,et que Gennadios pourrait dire, avec plus de raison que n'aurait cru Pléthon, « les Italiens s'entendent à la philosophie comme moi à danser », on comprendra le progrès'.

1. F. Fiorentlno, Il Risorgimento filosofico nel Qualtroceiilo, Naples,

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Marsile Ficin ne sp tourmente plus du bien dire. Il écrit dans un latin gros, compact, sans air et sans grince. Au lieu d'enchaîner des phrases, il enchaîne des conséquences, préoccupé jusqu'à l'angoisse de l'absolu de la vérité et animé du noble désir d'accorder les actes de sa vie spirituelle à la rigueur de principes librement reconnus.

Ainsi qu'on l'a vu, sa position est particulière. Grandi sous l'égide qu'on lui imposa de Platon, c'est-à-dire dans l'intimité d'un génie qui ne s'arrête pas au simple examen du sensible et agite les plus hauts problèmes de l'humanité, Marsile a été amené à briser avec l'indifférence doctrinaire de son siècle pour descendre au fond de sa conscience et prendre positionvis-à-vis du dogme. Il a passé par dix années de doutes, d'angoisses et de soullrances, que ni l'amitié, ni la musique, ni même Platon ne pouvaient guérir. De cette crise il est sorti chrétien. A l'âge de quarante-deux ans, il s'est converti. En même temps il a lu trop de livres, absorbé trop de latin, trop de grec, appris trop de leçons, sondé trop de problèmes, conquis trop de science pour renoncer au siècle et s'adonner à une foi, pure sans doute, mais dont « les perles très précieuses sont maniées par des ignorants et foulées aux pieds par des pourceaux ^ » Il a trop vécu dans l'atmosphère saturée de beauté et d'intelligence des Médicis, pour qu'exilé dans la tristesse d'un couvent, il retourne à la pauvre science d'école et s'associe à l'œuvre des théologiens barbares, et des docteurs en droit canon, dont le proverbe disait gran canonista^gran asinista. Il ne peut pas faillir à la glorieuse mission que rêva pour lui le vieux Gosme. Il ne peut pas renier le cercle érudit de Via Larga, où il a grandi et où il est aimé. Il ne peut pas trahir la cause de l'antiquité splendide. D'un côté il voit des poètes exquis, des

1. « Marfraritae autem religionis preciosissimse saepe tractantur ab ignorantibus, atque ab his tanquatn suibus conculcantur. » Ficin, Opéra, p. 1.

lettrés suaves, qu'émeuvent les impérissables modèles antiques, mais que ne tourmentent point les divines questions et dont rindilTcroncc ne témoigne qu'une adhésion extérieure à l'Eglise ; et d'un autre côté, il voit des frères prêcheurs, des docteurs en droit canon, des maîtres de Sorboune, qui possèdent la religion, mais qui, esprits encroûtés et figés, demeurent insensibles a la pure lumière de la Grèce. Lui-même dans ranarchie intellectuelle du moment, sillonné de courants d'idées opposées à en être ennemis, resté indécis et anxieux.

Alors, guidé par l'exemple des Grecs, enhardi par les platoniciens d'Alexandrie, il rêve de concilier. Il compose une petite théologie laïque à l'usage des honnêtes gens. Assurant que « la philosophie antique n'est rien autre qu'une savante religion ' », il met au service du christianisme tout ce qu'il a accumulé de science et de beauté. 11 rendra la foi savante et l'humanisme pieux; l'antiquité sacrée et la sainteté érudite; la philosophie religieuse et la religion philosophique. Il confirme la Bible parl'autorité des anciens, et il sanctifie les anciens aumoyendes Saintes Ecritures. De ce platonisme -d'où il est parti il fait une théologie, et de ce Jésus où il est arrivé, il fait un platonicien.

D'ailleurs, ici et là rigoureusement orthodoxe, car dans toutes les choses qui ont été traitées par moi ici ou ailleurs, écrit-il en tête de ses ouvrages, je ne veux rien avancer qui n'ait été approuvé par l'Eglise"^ ».

La pensée de Marsile Ficin se trouve enfermée, à côté de ses lettres, dans les deux seules œuvres personnelles qu'il ait composées: le De Cliristiana re/ir/ione et la Theolofjia j)lalonic(i.

1. « Qiiamobrem tota priscorum Philosopliia nihil est aliud <|uam docta rcligio. * P. 8o4.

2. « In omnibus, (|iin; aiit hir, mit nlibi n nie tractantur, tantum 4ul serlum esse volo, quantum ab Ecclcsia coinprobatur. »

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Dans le De Chrisliana religione, qui est le premier en date de ses ouvrages, Marsile Ficin se propose de « délivrer la religion d'une ignorance exécrable ' ».

Selon lui, la religion chrétienne se prouve par l'autorité : celle des Sibylles, celle des Prophètes et celle des païens qui, comme on peut le voir de l'oracle d'Apollon et de la réponse d'H 'Cate, ont reconnu la bonne raison du christianisme. La religion chrétienne se prouve encore par les miracles, dont le principal est Tapparilion des apôtres, qui ont conquis le monde en prêchant la pauvreté, l'humilité, l'oubli des injures, et qui, en étant des illettn's, emploient un style remarquable de profondeur et de majesté. « Que peut-on trouver, dis-le moi, de plus majestueux que les lettres de Pierre, de plus vén('rable que l'épître de Jacques et de Judas? Que penserons-nous de l'Apocalypse de Jean, qui a un visage céleste et autant de sacrements que de paroles? Et de ses lettres où, sans fard, sans ornement de paroles, se trouve la suavité d'un très doux breuvage? Son Evangile semble écrit non de main d'homme, mais de la main de Dieu, et, l'ayant lu, Ameliiis platonicien jura par Jupiter que ce barbare avait compris ce dont Platon et Heraclite avaient disputé, sur la raison divine, le principe et la disposition des choses'^. » La religion chrétienne se prouve enfin par elle-même. Elle est sainte. Elle n'a trompé personne. Elle ne dérive point des astres, mais de Dieu. Elle impartit le bonheur par la foi, l'espérance et la charité. Elle a mis tin aux

1. « 0 viri cœlestis patriic cives, incolaeque terrîe, liberemus obsecro quandoque philosophiam, sacrum Dei niunus, ab impietate si possumus, possumus autem, si voiutnus, religionem sanctam pro viribus ab execrahili inscitia redimamus » P. 1.

2. « Quid Pétri epistolis auj,fustius, quid venerabilius epistola Jacobi alqiie Judœ? Quid de Joannis Apocalypsi dicemus? qui liber cœleslem

Êrefcrt faciein, totque habet sacramenta, quot verba. Quid de hujus pistoiis? quibus inest absque verborum fuco nectarea dulcedo, sensusque divinus. Evangelium ejus videtur Dei maaibus scriptum esse, non hominis, quod cum legeret Auielius platonicus, per Jovem juravit virurn illuin Barbarum, id est Jud;euin. breviter comprehendisse, ause de ratione divina, principio, dispositioneque rerum Plato et Ileraclius ■disputaverunt. » P. 71.

exploits abominables des Massagètes et des Caspiens. Elle contient en elle-même son explication et son sens. Dieu, au sommet de toute vie, avait d'abord engendré une conception parfaite de lui-même et en lui-même, conception qu'Orphée nomme Pallas, que Platon nomme Verbe, que Mercure Trismègiste nomme fils de Dieu, conception éternelle, toujours auprès de Dieu et Dieu même, par qui Dieu se parle et par qui les siècles furent créés. Mais les hommes mis au monde pour imiter la vertu de Dieu faillirent par leur propre faute. Dieu dut donc les créer de nouveau. Il les créa par le Verbe. Grâce au Verbe, il unit une certaine âme rationnelle d'homme à un délicat fœtus qu'avait conçu une vierge fécondée par le Saint-Esprit, et du coup le Verbe devint humain; il devint Christ, composé d'une âme et d'un Dieu, comme l'homme est composé d'une âme et d'un corps. C'était à Dieu à refaire, puisque Dieu seul avait fait. Il avait fait par le Verbe insensible, il devait refaire par le Verbe devenu sensible. L'homme ne pouvait être relevé que par Dieu : Christ est Dieu, il agit. Mais seul l'homme pouvait expier (;t souffrir. Christ est homme, il pâtit. Les hommes avaient péché par la volupté ; il leur fallait expier par la douleur. L'humanité avait péché une seule fois et en un seul homme ; elle devait être rachetée une seule fois et en un seul homme. Le supplice devait être infini pour laver la faute infinie. Christ est donc logiquement nécessaire au rachat du péché. Il est rationnellement compris dans la Genèse. Il est le terme et l'explication de la loi. Son avènement n'apporte pas seulement le salut, il explique les Saintes Ecritures en donnant des yeux pour fouiller leurs arcanes, et il explique les mystères de Platon, (|ue Platon prévoyait bien ne devoir se manifester aux hommes qu'après des siècles d'obscurités et d'errements. Si Numénius et Philon commencèrent les premiers à en découvrir le sens subtil, c'est qu'ils connaissaient l'œuvre des apôtres et des disciples, et

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qu'ils employèrent la divine lumière de la loi chrétienne à interpréter les livres du divin Platon. « J'ai certainement trouvé, écrit Marsile, que Numéniiis, Philon, Plotin, Jamblique, Procul, ont puisé leurs principaux mystères dans Jean, Paul, Hiérotée, Denys d'Aréopage, parce que ce que les platoniciens disent de resj)rit divin, des anges et d'autres choses de théologie, ils le prirent à eux'. »

La Theolocjia platonica est comme le vaste corollaire du De Christiana rei'ujione. Après avoir fait la 'religion philosophique, Marsile va faire la philosophie religieuse. « Mon dessein, explique-t-il dans sa préface, est d'arriver à ce que les esprits pervers de beaucoup de gens, qui cèdent mal volontiers à l'autorité de la loi divine, acquiescent au moins aux raisons platoniciennes, dans les suffrages qu'elles apportent à la religion, et d'arriver à ce que tous les impies qui séparent l'étude de la philosophie de la sainte religion reconnaissent que leur aberration n'est autre que celle de celui qui se séparerait du fruit de la sagesse par amour de la sagesse'. » Il ajoute : « Je voudrais que les malheureux qui croient seulement à ce que leurs corps sentent et qui préfèrent aux choses vraies les ombres de ces choses, avertis par la raison platonique, contemph'ut les vérités qui sont au-dessus des sens 3. » La Theologia ptatonica est donc, au sens large, un commentaire théologique de la doctrine de F*laton. Au sens étroit,

1. « Ego certe reperi pr;t'ci;)ua Niimenii, Philonis, Plotini. Jamblici, Proculi mysteria, ab Joanne, Paulo, llierotheo, Dyonisio Areopagila accepta fuisse. (Juic(|ui(l eniin île mente tlivina, anj^elisque et ca-teris ad theolof,'iaiii spectatilituis magnificu.u dixeie, iiianifesle ab illis usurpaveriint. » P. 2a.

2. « Ut et pcrversa inultonun ingénia, quae soli divina' legis auctoritati haiid facile cednnt, Platonicis salteni ralionibiis religioni adniodum sutl'ragantibus acquiesçant, et <|uicumque Philosophia-. studium impie nimium a sancta religione sejungunt agnoscant aliqnandn se non aliter aberrare, quam si quis vel amore sapientiae a sapientiiB ipsius honore, vel in intelligenliam veram a recta voluntate disjunxerit. » P. 1%.

3. « Deniqiie ut qui ea soluni cogitant, quœ circa curnora sentiuntur, rerum(]ue ipsarum umbras rébus veris infeliciter praferunt, piatonica tandem ratione commonili, et pra'ter scnsum sublimia conteniplentur et res ipsas umbris féliciter anteponant. » Ih.

no LE QUATTROCENTO

elle est une théorie de l'immortalité de Fàme. l/homme, selon le dogme et selon Platon, s'il n'avait pas une autre vie devant les yeux, serait la plus malheureuse des bctes, à cause de l'inquiétude de son esprit et de la faiblesse de son corps ; heureusement qu'il possède une àme et que cette âme est immortelle. Au-dessus de la masse corporelle, qui n'a d'aulre qualité que d'être étendue et d'être aflectée, qui n'agit pas, mais est soumise aux passions, Marsile reconnaît une certaine qualité et vertu qui est la forme divine unie à la matière. Les cyniques et les stoïciens ne savaient aller au delà, Marsile s'élève davantage. Il découvre au-dessus de cette forme qui, s'unissant à la matière, devient, de simple divisible, d'activé sujette à la passion, d'agile inepte, un degré supérieur, immortel et véridique, qui n'appartient pas au corps, mais lui distribue ses qualités : la troisième essence, l'âme rationnelle. L'âme rationnelle, en partie mobile, en partie immobile, mobile quant à son acte, immobile quant à sa vertu, laisse, par sa double qualité, supposer une qualité simple. Puisqu'au-dessus du mouvement, il y a le repos, au-dessus de l'âme il y aura les anges, qui sont ces recteurs intellectuels immobiles dont a parlé Zoroastre, êtres sans corps, purs esprits, innombrables parce que, l'univers étant disposé pour le bien, le mieux doit dépasser en (juantité témoins bon. Enlin, au-dessus du nombre, il y a l'unité et, au-dessus des anges, il y a Dieu. Ainsi que le veulent les pythagoriciens, le corps est la multitude, la qualité, la multitude et l'unité, l'âme, l'unité et la multitude, l'ange, l'unité multitude, Dieu l'unité. Dieu est la simplicité parfaite, la puissance infinie, le plus grand parce que le plus simple. Principe de tout, on ne peut rien concevoir au-dessus de lui. II n'a ni maître ni égal ; il n'y a pas, comme l'assurent les Manichéens, un Dieu du mal l't un Dieu du bien, car le Dieu du mal serait privé du bien el ne saurait être Dieu. Dieu est éternel, universel, présent au monde,

l'académie platonicienne. — LA PENSÉE lit

comme Tàme est présente au corps. H est dans tout, parce que tout est dans lui; il fait tout et il conserve tout, agissant puisqu'il est bonté, agissant toujours puisqu'il est bonté souveraine, agissant dans tout, puisqu'il n'est pas déterminé quant à l'espèce. Etant le pUis éloigné de la matière, il est celui qui comprend le plus et le mieux ; son intelligence saisit non seulemsnt les genres et les espèces, mais les individus et l'infini. Il veut : s'il ne voulait pas, il ne prendrait pas de plaisir, et si le plaisir n'était pas en Dieu, il ne serait nulle part ; il veut d'une volonté qui est à la fois libre et nécessaire, qui est à. la fois providence et amour. Dieu se plaît, et, se plaisant, il aime le monde, qui est merveilleusement beau.

Entre ce Dieu qui est acte pur et la matière qui est pure passion, l'âme sert d'intermédiaire. Elle est, comme disent les platoniciens, la troisième essence, parce qu'elle est au milieu de tout et troisième de tout côté: au-dessus de ce qui est dans le temps, au-dessous de ce qui est hors le temps, mobile et immobile, divisible et indivisible, aspirant aux choses supérieures, descendant aux choses inférieures, attachée à Dieu et produisant la connaissance, attachée au corps et produisant la vie. Ce n'est pas l'ange qui incline vers Dieu, ce n'est pas la qualité qui incline vers le corps, c'est Tàme qui unit ces degrés. Cette âme rationnelle comprend trois degrés : l'âme du monde, l'âme des douze sphères, l'âme des êtres contenus dans ces douze sphères. 11 y a donc trois sortes d'âmes distinctes ; le feu, la terre, l'air, l'eau auront chacun leur âme propre, différente de l'âme des animaux qu'ils contiennent ; de ces âmes, les unes seront rationnelles (les Néréides dans l'eau), les autres ne seront pas rationnelles (les poissons dans l'eau fangeuse).

Ayant établi et défini de la sorte l'âme rationnelle, Marsile Ficin prouve son immortalité par des « raisons communes », des « argumentations particulières » et des

« signes ». L'âme n'est pas le corps, ou la forme dans le corps, ou quelque point de telle forme ; elle est la forme tout entière dans une partie du corps ; ce n'est pas le corps qui sent, c'est l'âme ; ce n'est pas le corps qui comprend, c'est l'âme; l'âme répugne au corps; plus elle s'en détache, mieux elle se comporte et plus elle est heureuse ; elle n'est pas un habitant de la terre, elle n'est qu'un hôte de la terre, le citoyen d'une patrie céleste à laquelle elle doit s'efforcer de retourner; étant le dernier degré de l'ordre intelligible, elle est incorruptible, comme la matière, qui est le dernier degré de l'ordre corporel ; percevant les espèces absolues et les notions éternelles, elle est éternelle ; créée par Dieu, elle a été créée sans intermédiaire et non par le moyen de parents, comme le veut Panœtius. Et ce sont là les « argumentations particulières». Les signes sont ceux de la fantaisie, de la raison, des arts et des miracles. La fantaisie témoigne dans ses effets qui sont l'appétit, la crainte, la volupté et la douleur, combien les mouvements de l'âme échappent au corps; la raison, dont les affections sont si extraordinaires chez les philosophes, les prêtres, les poètes, les présages et les prophètes, arrivant à se libérer de leurs corps, confirme le môme témoignage ; l'excellence si parfaite de nos arts et de nos gouvernements rivalise avec l'œuvre de Dieu; l'âme vouée à Dieu fait des miracles. L'âme s'efforce d'atteindre les douze perfections de Dieu; elle veut être le premier bien et la première vérité; elle désire tout accomplir et tout surpasser, être partout et toujours, posséder les quatre vertus divines de prévoyance, de force, de justice, de tempérance, jouir de l'opulence et de la volonté, se cultiver elle-même et cultiver Dieu; et, ayant ce désir, elle a la possibilité de le réaliser, elle peut être à son gré végétative, sensuelle, humaine, héronjiic, (l('monia(jue ou divine.

Lnlin Maisile combat les opinions erronées d'Averroès et d'autres sectes perverses, qui se demandent s'il

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